Singulier Pluriel

17 janvier 2017

Leçon de choses

07 janvier 2016 (25)

Les sarments qui brûlent crépitent comme des eaux qui craquent liquide. Les soleils noirs d'Hugo ont des joyeusetés fortes. La fin sent bon. Tirer le volet et sentir son grincement dans son corps rend la vie vivante, surtout celle qui s'en va. Au loin, des bruits de ville s'entretuent sans vainqueur. La campagne attend mon heure. La beauté du sordide sort des sables et l'objectif fait le point en automatique. C'est la vie qui prend corps sans le ranimer. L'essentiel a des parfums de nuits qui ont de l'épaisseur. Les discours des terrasses d'été, chandail sur les genoux, parlent vrai par des visages voilés. 
J'ai marché sur une brindille, en ville. Et un camion a roulé sur ma mémoire, un membre végétal s'est divisé en deux pour se multiplier, en deux. L'arithmétique a des mystères que la nature éclaire. L'enfant de là-bas joue pour les autres des refrains sans vagues depuis toujours. L'humus veille, couve, étouffe et garde au chaud des désirs de conquête. L'étoile est toujours lointaine. Au fond des cœurs battants, des retenues punissent.
L'automne n'est qu'un hiver qui bruisse, il bouge encore un peu. Ses lendemains fleurissent déjà les tombes de corps raidis du froid des ans. Et le monde fait semblant. Il fait semblant de croire qu'il a quelque pouvoir sur l'éternel bouillon. Il réchauffe ce présent, rêvant d'ailleurs, rêvant d'amour, recouvrant l'historiette d'hier d'un manteau réinventé pour un public complaisant.
L'ennui passe la vie comme d'autres passent plats ou murailles. Il fait son numéro et perd à tous les coups. Tous. Car la souffrance est essence au coeur des travailleurs du jour ou de la nuit, des arpailleurs du rien, pour rien.
De la cour au jardin, de temps à autre, fulminent un éclair, deux éclairs, une guirlande et la fête fait sa fête sur fond de décor figé, immuable, paresse. On souffle les bougies et les bougies s'éteignent. La vie n'est que fumée qui s'évapore. Plus légère que l'air, elle s'envole plutôt que s'écrabouiller, mais le résultat est pire. S'effilocher au lieu de s'éclater, n'a pas plus de mérite. Un écran rouge de sang peut être une œuvre d'art, dernier sursaut possible et dernière raison d'espérer. Quand, vieux drap gondolé qui finit en lambeaux, en étirements alanguis vous fait bâiller une foule en chorale mortuaire.
Le matin est tout là, en tapis rouge ou blanc suivant l'action du jour, paillettes ou élan. Mais il n'est que matin qui laissera sa place au zénith temporel et aux dos douloureux pour finir paillasse aux grincements de volets de bois mouillé. Trop tard.
Trop tard, toutes portes se ferment et l'illusion salue son public. Restera une venelle qu'il faudra bien viser pour sortir de ses tripes quelques mots alignés ou quelques gouaches explosées. Rien d'autre. Il vaudrait mieux contempler le cortège que d'en être, c'est une leçon de choses.

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04 janvier 2017

La pipe de Gustave

04 janvier 2017Il a posé sa pipe sur la table de chevet, s'assurant que plus aucune activité n'y bouillonnait. On aurait pu, plus tard, interpréter la situation nouvelle avec platitude. Alors qu'il tenait à laisser un message, certes codé, mais compréhensible aux plus perspicaces.
En la posant, il s'est d'abord demandé si c'en était une, et il a souri et souri de nouveau d'encore sourire malgré les circonstances. Il faillit la casser pour souffler un bon mot à l'infirmière du matin. Mais sa confiance dans l'esprit de la jeune femme étant limitée, il s'abstint.

Gustave avait fait le tour. Le tour de sa vie. Pensez ! A 101 ans, le cadran du siècle n'avait aucun secret pour lui. Et il avait, aussi, fait le Tour de France, le vrai. En vélo, aux tripes et aux boyaux enfilés en huit sur les épaules.
Pour le reste, il refusa même de faire l'effort de compter une dernière fois le nombre de ses enfants et de se remémorer leurs prénoms. Trop long. Pour rien. Plus rien ne l'intéressait. Plus de goût, plus de plaisir et les sens, sinon inexistants plutôt affaiblis. Il n'y avait encore que le grenier là-haut, la machine à comprenette qui sprintait sans cesse entre passé et présent. L'avenir ayant été délégué à quelques menottes soignantes et quelques esprits réconfortants.
Sauf là peut-être. Il préparait la découverte de son être inerte avec minutie et n'avait qu'un regret, c'était de ne pouvoir y assister.
Il aurait voulu être encore là demain pour se suivre de loin, enregistrer le manège des chambres qui se libèrent avec bonheur pour accueillir de nouveaux pensionnaires, le malheur des uns etc. etc. et cela lui faisait plutôt plaisir. Il aurait pu choisir qui dormirait dans son lit, qu'il ne s'en serait pas privé. Mais, on peut difficilement être acteur et spectateur surtout dans ces cas-là. Et le choix ne se présentait pas à lui. Dommage.


Gustave, las sans amertume, usé sans aigreur, avait pris sa décision. Il savait qu'à son âge le chagrin de ses proches aurait quelques ombres de soulagement et leur faire ce dernier cadeau le soulageait lui aussi. Et puis, conscient du chemin rectiligne qu'il avait suivi tout ce siècle durant, il n'avait aucun doute sur la qualité de l'éloge funèbre. Faut bien que ça serve, enfin, à quelque chose de se bien conduire ! A cela, pas plus. Car l'idée d'une demeure céleste aux fruits paradisiaques ne lui avait jamais traversé l'esprit. Une caisse, un trou et un festin pour les asticots était une perspective suffisante pour son grand âge et ce, depuis son plus jeune. Crédule de rien, il faisait de son mieux avec précaution pour son prochain depuis toujours et cela comblait sa conscience.


Ce soir-là, il avait décidé d'accélerer à l'approche de la ligne d'arrivée en un sprint final sans adversaires. Pour le fun, comme disent les plus verts. A sa décharge, on ajoutera qu'il avait, par négligence, laissé envahir son esprit par la guimauve télévisuelle d'une émission de divertissement qui, s'il avait eu l'esprit procédurier, aurait valu quelques compensations financières à sa descendance. Mais Gustave n'est pas homme à rendre les autres responsables de ses inconstances. Il retourna le problème et pensa bénéfique qu'une goutte d'eau mièvre et sirupeuse lui ait fait prendre le chemin d'une victoire décidée, dans les deux sens de l'adjectif.
Depuis longtemps déjà, les moindres détails étaient consignés à l'accueil et il ne se faisait, pour sa famille, aucun mouron, mot qui égaya de nouveau son visage s'il ne relevait dans la même fraction de seconde, l'arrangement avec l'orthographe qui lui permettait de le faire.


Boucle bouclée et grande la boucle, et belle la boucle ! Quel coquin ce Gustave ! Se payer le luxe de se programmer à ce point, sans regrets, sans artifices et sans l'aide d'aucune chimie, c'est la grande classe les amis. S'en aller debout quand on est couché, ce n'est pas à la portée de tout le monde.

Le lendemain, on m'appela au chevet de l'éteint. On refusa de me léguer son cerveau, qui j'en suis sûr bouillonnait encore. Alors je partis avec la pipe. Elle trône sur ma cheminée. Je suis sûr qu'elle pense, car parfois des voluptes de fumée lui passent devant le foyer, semblant en sortir. Le plafond en devient plus intelligent. Ce qui ne lui fait aucun mal, même si, comme nous le savons, tous les plafonds devraient être dotés d'intelligence.

Salut Gustave ! Je te dédie toutes les pages 101 de tous les livres que j'ai déjà lus et de tous ceux que je lirai. Jusqu'à mes 101 ans, bien sûr. Au-delà, faudra pas trop compter sur moi. Je saurai reposer la pipe à l'endroit où je l'ai trouvée.

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03 janvier 2017

Sale temps

08 décembre 2016 (1)Le temps a passé composé et le compost se cache sous la neige encore fraîche. On tirera rideau au premier rayon de bourgeon.
Attendre. Attendre. Dos rond  et reins cassés. Cendres chaudes et tincelle chouchoutée.
Le temps présent s'emmitoufle futur dans l'esprit du possible infinitif.
Le conditionnel n'a pas lieu d'être. Ce qui sera, sera. Arrosons de vouloir sans trop d'impératif qui pourrait apeurer l'éclosion. Souffle doux pour temps long.
L'imparfait est légion et s'use au jour le jour. Son bois se mouille puis s'assèche et pourrit. Le temps lui fait un sort et l'oublie. Le recyclage n'est pas son fort. Il sent le rance et le sépia.
Un présent progressif et perfectible ferait à coup sûr l'affaire de chacun. Mais le pouvoir des saisons a raison des raisons. La roue finit par tourner sur elle-même. Le vent d'espoir s'essouffle.
La tempête, chant du cygne, dans un dernier sursaut, signe, à l'arrache, un paraphe qui griffe et la feuille et l'histoire.
Le temps n'a qu'un temps. Pis, un temps qui finit sale.

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01 janvier 2017

Je vous souhaite...

Même si l'année 2016 a passé son temps à vouloir me donner tort, et avec une force inimaginable qui m'a dépassé vraiment, je n'en démords pas. Je publie de nouveau ce billet, d'il y a un an, sans en changer un mot :

08 décembre 2016 (17)Je vous souhaite de l'intelligence.
Je n'ai pas trouvé mieux. Car il n'y a pas mieux.
J'ai exploré l'histoire et les tréfonds de l'âme, le sordide et le merveilleux, l'éthéré et le paléozoïque, et j'ai rendu mon âme à deux cerneaux de noix, bien nichés sous un crâne et qui sont tout mon moi.
Vous avez beau me dire qu'animal je suis, je n'en crois qu'un demi-mot. Vous pouvez me prouver que des tendons se bougent hors de ma volonté, je suis sourd à vos mots. J'ai épousé ma tête par tous les pores de peau et décidé tout seul de ce que feraient mes os. Je ne crois qu'au grand chef qui trône sous ma couronne, au phare vivace qui luit sous mon bonnet.
Que mes mains émettent du sensuel en caresses lascives, que ma peau en reçoive en exaltants retours, que mon coeur s'enchamade ou ma virilité s'étire, c'est ma tête qui fonctionne, état-major suprême.
Que les coups de tempêtes extérieures et d'ordures ennemies s'attaquent sauvagement à mon corps et mon âme, c'est à moi d'ordonner une réponse mesurée, juste et ajustée. C'est là-haut, au QG que je dois décider.
Que les aiguilles du temps qui passe, piquent un peu plus chaque jour, qu'elles courbent mon échine et ramollissent mes mollets, je n'en décide pas moins, d'en prendre la conscience, d'accepter la sentence et d'en ralentir les effets.

Vous pourriez m'objecter qu'on ne maîtrise pas tout, et, qu'il est bien présomptueux de s'octroyer ce pouvoir sur toute chose. C'est une vision qui se croit humble, mais qui est fataliste. Ce n'est pas qu'on soit frappé de sur-puissance folle, mais qu'on se donne la liberté de choisir à chaque instant, quelle que soit la situation qui se présente à soi. La liberté du choix, c'est la liberté.
Ce serait pure folie de croire freiner les cyclones par un coup de menton du cerveau. Mais, les tempêtes intérieures ont des soucis à se faire si tout en haut du mât, un vaillant capitaine rationalise ses choix.
Car s'il est de bon ton d'affirmer qu'émotions et irrationnel nous guident tout autant que la pensée, il n'en est pas moins vrai, que la réflexion du grenier permet de gouverner. Et c'est bien mieux comme ça.
Et si, à court de pouvoir, on se trouve dans l'impasse, que toutes les clés sont inopérantes, il restera le choix d'avoir l'intelligence d'aller en chercher d'autres, se donner les moyens d'acquérir compétences, ou demander de l'aide au voisin mieux outillé.

Je nous souhaite de l'intelligence. Et je ne la qualifie pas. Trop de petits malins ont voulu la saucissonner pour la vendre en morceaux. C'est de la technique de vente. Aux moins analytiques, on a vendu l'émotionnelle. Rassurés sur eux-mêmes, ils ont sorti la carte bleue. Aux plus logiques, on a collé des barèmes. Pour les plus idiots, on a changé les normes. On l'attribue au coeur, au ventre, aux mains, aux pieds. Ainsi, chacun partant rassuré, on n'aurait plus besoin de travailler la noix au moulin de la réflexion. L'huile qui en sortirait serait à l'aune de son pressage.

A ceux qui ont voulu ranger l'intuition dans la vulgaire caisse à outils du ressenti et du viscéral, j'ai le regret de répondre qu'ils ne s'en sortiront pas avec de l'inné pour élu ou un message divin tout droit tombé du ciel. L'intuition est toute autre. Elle a cette faculté d'amalgamer en un éclair mille messages préalablement intégrés. Elle relève donc de l'intelligence qui permet de mobiliser mémoire, savoir, culture, ressources et vision. Alors seulement, surgit la pensée juste guidant l'action juste. Sans le long travail antérieur, pas d'intuition qui vaille.

Je vous souhaite de la réflexion permanente, donc de l'intelligence. Laissez reposer vos cerneaux et c'est tout votre être qui va s'assécher. Abandonnez les paillettes aux amateurs de vent, ballottés de trop de légèreté. Et, labourez avec méthode et persévérance. Le sillon droit du laboureur vaillant fait les vies dignes, généreusement.
Je vous souhaite de l'intelligence.

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31 décembre 2016

Le Soleil lourd

30 décembre 2016 (14)Certains ont le soleil aussi lourd que le sommeil des autres.
Avoir le soleil lourd, c'est rebondir sans même le désirer. L'effort n'est que pensée de l'effort. Pas plus. Le reste vient tout seul. L'immeuble qu'on croyait toujours destiné à s'effondrer à côté de soi, comme punition pour les statiques, les passifs et les amorphes, un jour, peut s'écrouler sur soi. Certes, on a, un temps, le sentiment d'avoir présumé de ses ressources ou de la luminosité de sa bonne étoile. On est ramené au ras des pâquerettes qu'on dénonçait depuis l'orée de sa propre existence, à la surdité des esprits ordinaires et communs. N'empêche. Tel un scorpion balayé par l'explosion nucléaire, on finit par resurgir du sable contaminé. Le sable, pas le scorpion.
Invicible ? Certes pas. Immortel, encore moins. Mais doté du soleil lourd, porté par lui, comme d'autres sont plombés du sommeil lourd, à vie et de l'esprit sourd, à vide.
Autonomes jusqu'à un certain point, on a aussi besoin de mains généreuses pour nous hisser hors des décombres. Elles viennent, toujours, et elles sont les bienvenues. Mais leur laisser un poids mort à sortir des boues nauséabondes serait pour le moins défaitiste, alors on se tortille, histoire d'alléger le bon samaritain encouragé lui-même par votre propre volonté.
Rien n'est jamais acquis. Et l'astre lumineux peut plonger. Mais il lui faut un plongeon à sa hauteur, si je puis dire. Il ne choisit pas le ru du canton, il vise la fosse des Mariannes et s'y liquéfie. A la stupéfaction de tous, tant il a pu se sortir d'ornières bourbeuses toute sa vie pendant que d'autres se noyaient dans des verres vides. Alors, paupières tombantes et épaules basses, il se flagelle à souhait, présomptueux qui se pensait invulnérable, sûr de l'indéfectible énergie de son mental. Il suffisait, sur ordre, de lui secouer la volonté et le tour était joué. L'orgueil retourné en culpabilité, le scorpion s'apprêtait même à s'inoculer le venin pour en finir avec cet intrus intégré qui se prenait pour je ne sais qui.
Alors, la modestie étalée, il se laissa faire. Qu'on le drogue ! Qu'on l'assomme, qu'on le secoure et le seconde, qu'on lui serve la béquille nécessaire au passage délicat, il n'y voyait là aucun inconvénient, aucune honte déplacée.
Mais la dose qui devait abrutir et peut-être achever un cheval ne lui offrait aucun répit. Les cendres de la cervelle s'activaient, souterraines, et profitaient d'une inattention de sentinelle pour ranimer les braises d'une flamme cérébrale de nouveau prête à l'assaut.
Rien à faire. Les soleils lourds, aussi prétentieux paraissent-ils aux esprits limités, ne seraient jamais des sommeils lourds même si ces derniers étaient éveillés.
On écrase les punaises, pas les scorpions.
Ne croyez pas que cet état les enorgueillisse, ils se passeraient bien d'avoir la machine à vapeur en ébullition jour et nuit et seraient heureux de ne pas s'ennuyer au bout de 2 minutes 30 sur une chaise longue, au bout de 20 minutes devant une télé, au bout de 15 dans un restaurant et au bout de la plage avant d'y avoir posé un orteil. Ils ont des impatiences comme on dit, dans le corps, dans le coeur, dans l'esprit. La machine s'emballe et produit sa propre énergie. Ils poussent parfois le bouchon trop loin et il faut aller les décoller des murs sur lesquels ils se sont écrabouillés. Mais dès que l'action altruiste a eu son effet, ils se remettent en marche. Forcée, la marche, bien sûr. La demi-mesure n'est pas dans leur vocabulaire. Ce monde est au ralenti ? C'est leur mission de tirer la charrue, les boeufs et tous les parasites qui s'en nourrissent
Les soleils lourds mourront un jour, d'un trop-plein de carburant, rarement d'une panne sèche. Ils n'auront rien prouvé, rien laissé en héritage. Seulement quelques préceptes que des mollassons s'empresseront de mettre à jour afin d'en faire une publicité négative. L'inverse leur ferait de l'ombre.
Pendant ce temps-là, quelques morts modestes seront passés, étoiles filantes lumineuses, pour laisser quelque trace de "possible" à des limaces qui ne le méritent guère, mais aussi, aux futurs soleils qui reconnaîtront leurs pères, si j'ose le double sens.

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28 décembre 2016

Bescherelle me poursuit dans mon sommeil

DSC00649Je suis plutôt un amoureux des verbes du 2ème groupe. Je ne sais s'il est des confréries qui se classent, se réunissent ou festoient à la gloire de leur groupe de conjugaison, mais il me plairait, non pas de me liguer (Quelle horreur !) mais pour le moins de chercher une raison à ces préférences conjugales, pour oser un bon mot.
Poulidor de la grammaire, cette deuxième position m'est apparut, comme ça, en pleine nuit : j'étais des amateurs des verbes du 2ème groupe et plus d'un demi-siècle m'avait tu l'information. Qu'importe, je le sais, je le suis et je m'en vais  le clamer haut et fort.
Le Pourquoi je le suis, ne m'intéresse pas, même si l'idée de creuser les questions sans réponse a toujours été de mon goût.
La plupart des verbes en -ir me transportent. Moins primaires que les vulgaires et souvent doux verbes du 1er groupe aux -er légers, ils m'apparaissent plus ambitieux et moins partageables avec le commun des mortels. Certes, me direz-vous, mais préférer "haïr" à "aimer" vous disqualifie, Cher Ami, aux yeux des humbles et des humanistes. L'objection est recevable. Seulement voilà, "haïr" a cette particularité de ne point se conjuguer comme ses confrères de Ligue 2. Il "trema" souvent plutôt que "circonflexer" en équipier solidaire. Il joue un peu trop perso. Prétentieux, il préfère la couronne au chapeau, et, j'accepte volontiers de le poser sur le bord du chemin. Que d'autres le ramassent. J'en connais certains qui en font bon usage dans leur quotidien sans se troubler l'esprit avec mes circonvolutions grammaticales. Ils s'en servent comme une serpette trouvée dans une ornière sans se demander s'ils pourraient la transformer en plume caressante ou noble Laguiole qui ferait un si beau présent si le verbe aimer revenait à la rescousse éclairant le caniveau.
Mais je m'égare.
Le deuxième groupe, plus modeste se cache derrière le rideau, côté cour ou côté jardin, il observe les bateleurs plus extravertis jouer avec des -er faciles devant un public moins exigeant et complice. Le troisième lui, se triture les neurones, tel un savant fou qui se ferait des noeuds pour le seul plaisir de se faire des noeuds. On les lui dénouerait qu'il en serait marri et que l'unique objet de son désir pourrait le plonger dans une profonde dépression. Acceptons néanmoins de sauver de ses éprouvettes quelques verbe en -ir qui, particularités obligent, ont été contraints de jouer en "National" quand leurs bouts de chaussures les destinaient à une L2 plus digne que des projecteurs de L1 et plus humbles que les caves poussiéreuses du troisième groupe. Bref, rire, sourire et sentir pour ne prendre que ceux-là, mériteraient une promotion sans vote du jury.
J'admets néanmoins facilement qu'on puisse préférer le fade et le complexe au noble, si je me fais bien comprendre. Car nos esprits diffèrent et c'est tant mieux.... surtout pour moi.
Cette envolée matinale sur un sujet que les spécialistes auraient traité avec beaucoup plus de rigueur intellectuelle m'a comblé et je n'ai pas l'intention de traquer dans cet écrit une quelconque contradiction. Son écriture m'a ravi. C'est tout. D'autant que mon grenier cérébral a découvert, et compte bien le conserver, un verbe qui m'était jusqu'à ce jour totalement inconnu et qui, à la lecture de ce modeste billet pourrait m'être attribué par quelque lecteur taquin. Il aurait bien raison.
J'ai nommé "vioquir", pour vous servir.
Je vioquis certes, mais c'est toujours mieux que d'en finir dans le même groupe ou d'en mourir relégué au cabinet poussiéreux du savant fou déjà cité.

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27 décembre 2016

Le véritable engagement

08 décembre 2016 (18)Depuis qu'on ne meurt plus de chagrin d'amour, on a perdu le sens de la dignité en même temps que celui du tragique.
On ne risque plus sa vie pour cueillir un myosotis à une fille et il ne nous viendrait pas à l'idée de se coudre un ruban sur la poitrine pour prouver notre amour. Bien entendu, plus personne ne lave son honneur à l'orée d'un bois, au lever du jour et le crime passionnel a recouvert les habits du crime ordinaire, ou presque.
L'époque est à l'aquarelle et pas au Pollock, à la mesure qu'on croit sage et pas au contraste qu'on dit excessif. On emploie du "Je t'aime" à tour de bras, pour ne pas dire à tout-va, et les effusions n'ont plus la valeur que du spectacle éphémère qu'elles présentent.
C'est sans doute la mode du déversement des émotions en place publique qui nous vaut une telle déchéance et une vulgarité qui soulage quand le souffrir-en-silence poussait les créateurs au génie.
Mettre en plein soleil son coeur ou son cul c'est pareil chantait le plus modeste de nos troubadours modernes. Il avait bien raison. Il répondait ainsi, avec la dignité qui sied aux grands hommes qui savent se faire petits, au loup de Vigny  qui "souffrait et mourait sans parler", "creusant lui-même sa tombe en faisant vite en se cachant"
Les temps changent et markettent sans retenue. On croit sauver l'individu du groupe et de l'embrigadement, mettant à jour sa singularité quand on ne fait que mettre en scène son ego et surtout ses blessures mal soignées.
Souffrir sous un bistouri pour exhiber un code barre tatoué par un épicier ou payer pour se rouler dans la boue dans une épreuve sportive et pire encore, risquer sa vie sous les tropiques et des caméras de télévision affrétées par des marchands de soupe, tout cela a ses raisons déraisonnables. On s'inscrit des maximes indélébiles sur ses peaux de débiles sans s'en inspirer dans sa propre vie ce qui aurait au moins permis d'en prouver la véracité.
Ce n'était pas mieux avant, mais si on ne s'attache qu'au sens plutôt qu'aux actions, c'est bien pire maintenant.

L'engagement pour l'honneur, l'amour et la vérité est devenu sépia aux yeux des moins éprouvés. Car quoi ? L'essentiel n'est-il pas de se faire plaisir, de festoyer et de "profiter" de la vie, maintenant qu'on la sait courte, bien qu'elle soit statistiquement bien plus longue justement. On a rajouté du sucre et de l'eau à nos extraits de fruits sauvages pour mieux nous faire durer moins bien.
On dirait qu'on étale sur le temps la confiture qu'on concentrait sur un quignon de pain. Encore si la jouissance et le soleil nous accompagnaient sans suspension, que l'extase nous laissait sur un nuage, rose de préférence, pour le temps long, qui s'en plaindrait ? Mais non, les hauts et les bas ayant été, un jour, admis comme inéluctables, il a été convenu, sans concertation, que le monde serait un spectacle, le quart d'heure de gloire, un dû et que la satisfaction de ses besoins se devait de se confondre avec l'assouvissement de ses désirs.
Au lieu de creuser pour chercher, même sans trouver, on effleure la surface pour se pavaner.
La plupart s'en contente parait-il et le paradis sur terre est plus ami avec eux qu'avec nous. Certes. Bien. Validons. Qu'importe ! Faire partie du commun a des parfums de honte qui feraient s'étouffer le moindre ambitieux singulier. Ne servent à rien les photocopieurs et autres reproducteurs de connu. Les perroquets tous colorés qu'ils sont, ont la créativité molle et la parlotte agaçante. Frères des caméléons poltrons, ils polluent l'air sain que voudraient, pourtant, renouveler les espèces qui cherchent à évoluer, créant un monde nouveau à chaque seconde.

Engagez-vous, rengagez-vous dedans les troupes coloniales disait la chanson. Rien de moins engageant qu'un engagement collectif, dicté et uniforme. C'est le troufion original et réfractaire qui fera l'homme d'exception. Peu de chance pour autant que son vivant connaisse son aura. Il fera des petits quand les petits n'auront plus peur de son ombre. Que cette dernière ne fera plus qu'une avec un corps qu'on osera, enfin, vénérer pour ce qu'il était, donc pour ce qu'il faisait, pensait, labourait.

L'engagement doit être de tous les instants, sinon, il n'est qu'artifice attendant la prochaine récréation. Tu veux y aller ? Vas-y ! Risque ta vie. Pour une amourette ou pour sauver le monde. Qu'importe, lâche tout ! La demi-mesure est l'engagement des demi-portions.  Et si, au bout de ta réflexion tu trouves, qu'ici bas tout est dérisoire, engage-toi dans le non-engagement. Ce n'est pas le plus facile. C'est même celui qui te poussera en touche, à l'isolement. Ce n'est pas toi l'erreur, ce sont eux, même s'ils sont plus nombreux et surtout parce qu'ils sont plus nombreux. Provoque un char d'assaut, marche sur l'eau, prends ton risque, défie une armée, c'est de ton niveau. L'engagement, le vrai, n'est que solitaire. Suis le troupeau et tu ne seras que mouton ; la falaise t'attend, tu plongeras bien au chaud entre tes con-génères.
Fuir la convention et le conformisme, c'est un engagement à la hauteur de bijoux de famille rustiques, ataviques et venus du berceau de l'humanité.
Cyrano ou Don Quichotte, tu t'en fous, bois ta ciguë s'il le faut, tu les vaux tous. Ta cheville, pour eux, c'est l'Annapurna. Et s'ils pointent leurs milliers de fusils sur ton corps ligoté, crie Feu toi-même, c'est leur armée de lâches qui meurt, toi tu vis, abattu et debout, tête haute et colonne droite.
Meurs d'un chagrin d'amour, n'aie aucune honte, c'est la preuve de sa consistance pas forcément la faiblesse de ton petit coeur de naïf. L'écorce de l'olivier n'est pas un poteau électrique, il a des couilles et elles ne ressemblent à aucune autres. Sois Corse, Sicilien, extrémiste des valeurs, de la vertu et d'une vie qui, seule, devrait avoir le droit de se nommer ainsi. Laisse les mollassons de l'extrême prudence mourir à leur heure, au son de musiques même pas révolutionnaires, aller chercher un salut illusoire dans un au-delà qui sent la guimauve et la naphtaline comme l'en-deçà qu'ils auront minutieusement affadi pour ne faire aucune vague, aucun remous pour une vie étale sans iode qui vous chatouille les narines, sans typhons qui vous bousculent les entrailles et sans sel qui vous ravive l'amour de la vie, sans offrir aucun poitrail à l'adversité commune et ordinaire.
Ne cherche pas la gloire, piétine les fourmilières. Ne cherche pas l'éternité, éclaire les nouveaux-nés. Un jour, ils ouvriront un livre, un cahier et oseront t'offrir en exemple à des tout-neufs, eux qui t'ont écrasé de ton vivant, de leur vivant aussi, si notre indulgence nous permet de le nommer ainsi.
Soyez sincères et réfractaires, la vie vous le rendra, même morts !

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16 décembre 2016

Une main nue

« Il n'aurait fallu qu'un moment de plus pour que la mort vienne, mais une main nue, alors est venue qui a pris la mienne" écrivait Aragon (et chantait Ferré).

08 décembre 2016 (20)Celui à qui personne n'a jamais sauvé la vie en aura raté un morceau. Il n'aura pas connu le goût de cette puissance de lien d'amour humain se créant universellement entre deux êtres. Car c'est là, au cœur des tréfonds du désespoir qu'on saisit l'essence de l'essentiel si les mots peuvent appuyer plus fort par cette sonorité facile.

Nous étions vivants, puis morts et là "une main nue", si pleine, nous a fait un bouche à bouche et un massage cardiaque, avec délicatesse, par l'angle d'un sourire venu plisser sa lèvre pudiquement alors que du creux de son ventre elle aurait voulu vous peinturlurer d'arc-en-ciel. La pudeur et l'élégance lui ont fait trouver l'expression juste, celle qui ne pouvait trahir aucun faux-semblant, aucun encouragement factice. La sincérité à l'état pur d'un cœur pur et sûr.

Celui à qui personne n'a jamais sauvé la vie n'a peut-être pas tout à fait commencé la sienne. Bien au-delà de "L'Auvergnat", plus vital que le demi-manteau de Saint-Martin et plus riche que tous les bons sentiments, le nu de la main a parlé la seule langue qui devrait nous relier. Pour certains, pour certaine, la main sourit si simplement qu'ils se demandent ce qu'ils ont fait de si important. Le destinataire, lui, sait mesurer. Qu'il ait sauvé d'autres vies lui-même dans le passé n'a aucune importance et sa mémoire défaille sur le sujet. Mais que son corps exsangue et son cœur moribond aient reçu ce vide si plein d'un Tout indéfinissable et sa mécanique est repartie à l'assaut du plus beau. Pour Tout et par Rien. Mots jumeaux ex aequo au zénith de l'Humain.

La main tendue oubliera, elle en a tendu d'autres, et le fera encore, en oubliant encore. La main sauvée saura. Elle connaîtra enfin, à jamais, sa date de naissance, la vraie. Et sa génitrice, la vraie.

Une main nue enveloppée d'huile essentielle invisible vous a versé un seau d'océan au fond de vos yeux devenus enfants. Ils ont débordé, pour votre bien, de l'abondance de ces mains ouvertes, belles, généreuses, fontaines et cascades d'élévation.

Les cieux diront qu'elle était là au bon moment et pas manchote, les prosaïques, que votre détresse a su touché son cœur et les moins cérébraux, que c'est comme ça, et puis c'est tout.

Cette main, au regard de ciel bleu a tendu tout son bras entre fil et ondes, entre terre et ciel, entre trombes et bitume, juste pour faire ce qu'elle devait faire sans se dire qu'elle devait le faire. Et vous, vous garderez au creux de la vôtre la douceur d'un ange descendu d'une étoile pour laisser sur terre une discrète trace à valeur, disons, aurifère tant le mot juste manque.

Celui à qui personne n'a jamais sauvé la vie ne sait que peu du prix reçu quand l'offrande est sans effort, juste celui du mouvement vers, de l'être là, de l'être avec.

Recevoir au centuple ce qui est donné remet les pendules à l'heure. Celle de la communion sans artifices de regards qui se touchent et de frères qui se savent, à jamais, liés par le don. Le verseau verse, c'est sa nature. Plus son amphore assouvit moins elle se vide. C'est magique. Bienfaitrice moins consciente que celui qu'elle abreuve, elle aura sa part, en même temps. C’est-à-dire sans retour, dans le geste même. Donner sans compter, c’est chérir sans coûter.

 

31 mars 2015 (67)"Il n'aurait fallu qu'un moment de plus pour que la mort vienne, mais une main nue, alors est venue qui a pris la mienne" écrivait Aragon et chantait Ferré.

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14 décembre 2016

Le réveil, en silence, a sonné l'heure de l'écriture

09 avril 2016 (23)Le réveil, en silence, a sonné l'heure de l'écriture. L'esprit s'y soumet plus par non-choix que par complicité.
C'est l'heure du laitier qui ne passe plus et des jeunesses titubant en quête d'équilibre.
L'oeil aurait préféré refermer son volet pour ne pas le sentir s'agiter au sortir du déjeuner, plus tard.
L'insomnie n'est pas nommée, puisqu'on a bien dormi. Peu certes, mais corps lourd et abandonné, le temps d'un jusant. On sera fatigué mais les mots alignés, plus ou moins disciplinés, plus ou moins sensés, se feront récompense quand le troupeau s'ébrouera, aux ordres de l'ordre établi.
On se rassure de savoir les grands créateurs morts, lève-tôt  fertiles et on se rêve Chateaubriand victime bouillonnante d'un café balzacien.
L'écran du PC a moins d'allure que la plume et son encrier. Il éclaire et devance l'astre patron d'un fond standardisé qu'on n'a pas eu le courage de personnaliser. Ouverte window dans la nuit, aube prometteuse et peut-être maïeuticienne d'un aujourd'hui plus vivant, plus agile, plus fécond.  On doit servir son siècle et souvent en ficeler deux. Alors servons. Servons ce que notre cellier recèle de victuailles personnelles. Servons-les. Elles serviront.
Les épaules du docker croulent sous le poids du labeur et le pêcheur joue au loto son filet à la mer. Le livreur livre et le scribouillard, se livrant tout autant, rêve du nom associé.
Le choix d'un lit douillet à l'aube est illusoire. Le  corps a des choses à dire avant l'agitation.  C'est son heure.  Rien à faire. Tout à dire.
Chacun donne ce qu'il a, quitte à s'en plaindre. Pour la forme. Le non-choix est exprimé comme besoin au mieux ou comme plaisir au pire. On ne subit que soi après tout. Mission pour les honneurs et courbatures pour l'intimité. L'après se paie et la substance est effort. Physique.
On offrira aux autres, windows ouvertes, le croissant chaud de ses matutinales élucubrations. Les autres s'en fichent. Les plus nombreux sont mieux reposés, plus en phase avec l'organisation générale et moins complexes que la cervelle du corps d'un stylo-plume vecteur innocent, indispensable et servile, même s'il s'exprime sur un piano moderne à l'encre effaçable d'un effleurement de touche.
Le monde n'appartient à personne, mais on connaît son propriétaire. On taira son nom pour ne pas froisser des drapés encore chauds, graines de linceuls déjà froids.
La formule éclot au petit matin. La preuve. Le soleil l'éclairera à l'angle de chaque orientation. Le pékin lambda la prendra sous le bras pour l'offrir aux collègues à la cafèt' tout à l'heure ou la laissera agir, atone, au fond d'un café sec et froid. Au mieux, il la twittera se faisant créateur de partage, artiste de passage.
Demain matin, la page blanche sera  reine et le manteau neigeux recevra des tableaux plus sublimes que tous les mots rassis fussent-ils  auréolés de cotes extravagantes ou de notoriété universelle.
C'est toujours demain que le sublime s'espère.
Au diable le sommeil, il fait déjà lumière sur les toits et les autres.
La sieste fera ce qu'il faut pour qu'accouche, dans le sas d'un jour nouveau, la promesse du génial.
Les cloches ne sonnent plus l'heure la nuit, et c'est dommage.  Ailleurs, le muezzin aurait pu rappeler au traceur de courbes déliées qu'il était temps d'inviter un point final au trait dévoreur. Final, temporaire et prometteur.
Tant pis. L'électronique et la tendinite ont, de concert, sifflé la fin de la bobine.
Ne restera plus qu'à faire siffler le café.
Il est cinq heures et Paris n'est qu'un fuseau au partage vertical, petit joueur étriqué face à l'invite de "Publier", arborescente étoile d'un Humain Debout. Même couché.

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12 décembre 2016

Le mode conditionnel

DSC00555Les femmes pourraient préparer une cuisine du terroir à plusieurs, sur des pianos antiques dans des casseroles en cuivre étamé qui ne feraient plus seulement déco, pour une fois, au moins. Elles riraient du passé à gorge déployée égratignant les travers des conjoints disparus. Quelques hommes, les plus alertes, pousseraient des enfants sur des balançoires à l'ombre de vieux chênes qui en auraient vu d'autres. Les plus âgés, lassés du futur, se rêveraient aventuriers devisant sur la possibilité de refaire le tour d'Irlande au bras de chopes de Guiness dégueulasses que leur foies de gamins supportaient mieux que leurs cerveaux branlants.

Au loin, la moissonneuse batteuse réveilleraient des madeleines différentes sur l'épiderme à vif de rides chargées d'étés d'antan, de ceux qui se vivaient dedans la météo. L'ami Ricoré passerait au coin du portail soulevant sa barrette s'il se montrait curé ou poussant la sonnette s'il se croyait facteur. Ils pourraient s'échanger casquette et bicyclette que le charme n'y perdrait aucune de ses couleurs.

Le fumet du repas traverserait la cour sans se poser de questions diététiques. On rirait d'histoires juives sans se savoir antisémite et on n'oserait pas, comme l'année passée, rappeler au grand-père qu'on les connaissait déjà. Le vin qu'on dira bon, vrai ou pas, serait bon puisqu'on le dirait. Il serait plus noir que rouge et le premier qui s'aviserait à vérifier la présence ou non de sulfites sortirait de la famille et du tableau sur le champ.

Un RadSoc radoteur, dernier spécimen, ramènerait sa fraise sans que personne ne l'écoute, l'important résidant dans le fait qu'il s'exprime. L'oncle Célestin donnerait les résultats des prochains scrutins électoraux, son doigt mouillé faisant tout aussi bien son oeuvre que de médiocres sondeurs d'opinions.

Les cousines en fleur porteraient des robes imprimées explicites et les voisins boutonneux se prendraient pour des Rimbaud pas sérieux faisant battre leur coeur quand leurs émois flirteraient plus avec la veuve poignet qu'avec des rimes sentimentales.
Le gueuleton arrivé, chacun y trouverait son compte, rassuré d'être de la tablée. Les absents, habillés sans vergogne pour les quatre saisons, en seraient les seuls responsables.

Les mois précédents, la vie aurait été belle des fourmillements de l'impatience à la perspective de la reproduction d'une ripaille sans surprise. Elle le serait aussi les mois suivants, des souvenirs triés par chacun selon sa propre réalité.

Le mode conditionnel a ses vertus. Il réveille le passé, le projetant demain afin que ce dernier soit "aussi mieux" avant qu'après. Le monde connu rassure et se construit sur lui-même comme on se ferait dessus.
Personne n'oserait déposer une fève dans la bûche. L'ordre établi se vit et survit de nostalgies. C'est ainsi. Les vaches sont bien gardées et la poussière sous le tapis. Souriez, vous êtes filmés. En noir et blanc.

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