Singulier Pluriel

06 décembre 2016

Naufrage au bout "de les nuits"

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Nuit 1 dite noire

Écrire, c'est tout ce qu'il sait faire. Même mal. Parfois bien. Parfois même très bien. Mais à quoi ça sert ? A quoi cela lui-a-t-il servi ? Je ne sais. Il ne sait. A s'isoler sans doute puisque ses mots sont inaudibles. Inaudibes à la grande majorité et aussi inaudibles à ceux qui peuvent les comprendre tant ils bousculent, fatiguent et déséquilibrent. C'est d'ailleurs ce qui lui est arrivé ; il s'est bousculé, fatigué et déséquilibré. Du coup, il est perdu, il s'est perdu.
Décidé à guérir le mal par le mal, non par défi, non par stratégie mais parce qu'il n'a rien d'autre dans sa besace. Aussi, ses mots sont écrits au kilomètre comme on dit sans réflexion et sans mise en page, en ordre, en place. Thérapie ? On jugera au résultat. Pas le choix. Se jeter dans le vide ou dans la page blanche, c'est à peu près la même chose au niveau du geste. La finalité différera sans doute ou différera le même résultat. On aura gagné. Ou on n'aura gagné que du temps de vie. C'est tout.
Faire son propre diagnostic de fond de trou, c'est pas donné à tout le monde. Et c'est sacrément plus violent. Plus violent parce qu'encore plus isolant dans le sens de la mise à l'écart pas de celui du colmatage.
Décider de bouger, c'est demander de l'aide. De l'aide à soi en l'occurence. Est-ce bien raisonnable ? Nous le saurons plus tard. Perdre le goût, perdre l'envie, se voir sombrer, faire tout avec effort, avec pénibilité et devoir, parce qu'on sait qu'on ne doit pas se laisser aller. On l'a tellement dit aux autres. Lâcher l'affaire serait couler ? Lâcher l'affaire serait végéter ? On ne sait pas. Alors on mélange les deux, on agit en lâchant l'affaire. On ne se bat plus contre rien. On bouge sur un nouveau terrain. Celui de la lucidité nommée. Celui de l'acceptation de l'état présent.
Nommer la dépression, c'est la reconnaître, identifier l'ennemi ! L'épeler, c'est encore mieux. N'importe comment, c'est encore mieux que mieux : Dé - D - Pre - Prêt - SSI - SI - ON - ON. Soi.
On va la prendre à revers. De face, c'est trop dur. Elle a pris des forces pendant qu'on fermait les yeux, la traîtresse. On a usé les siennes à marcher face au vent, crescendo. Elle a gonflé le torse devant le déni. On a courbé le dos, puis la tête, puis la dignité. De revers, on va prendre son vent, son courant.
Voir la réalité en face nous révèle-t-il qu'on a touché le fond ? Question inutile. Nous sommes dans la théorie du "pas le choix". Faut faire. On analysera plus tard, si on sort de la tempête, vivant.

Ne lâche pas ton clavier Camarade et ne relis pas, tu deviendrais scribouillard perfectionniste quand l'instant te commande de tracer des phrases sans sens pour baliser ta route. Tu la prends déjà la construisant, tu es présent et avenir à la fois. Continue d'écrire sans raison raisonnable, continue à taper sur ces touches un peu plus fort que d'habitude, elles t'offrent leur dos large pour exprimer ton mal-être et évacuer ta colère d'être mal, là aujourd'hui plus qu'hier, mais moins que demain. Tape, tape, boxeur littéraire ta page te déroule un tapis immaculé, une neige fraîche qui ne demande qu'à imprimer tes pas, tes nouvelles semelles en construction. Vide ce fiel, vide ce sombre, vide ce vide. Tes cellules régénérées tu pourras bourgeonner de nouveau comme un enfant tout neuf au pied du mur de sa vie.
Ne réfléchis pas à ce que tu écris. Tape. C'est ton doigt qui commande, c'est ton corps qui décide. Tes mots de briques et de broc se posent tous seuls. Laisse-les faire. Laisse la stratégie pour d'autres sphères pour d'autres vies, celle du moment te demande de t'user à taper. Boxeur de sac sans adversaire tu vas finir par épuiser tes muscles, ne les ménage pas, ils te servent d'extracteur du mal.
Va à la ligne si tu veux mais tape. Crampe des doigts mais cramponne-toi, c'est ton salut, c'est ton fil, peut-être le dernier qui tient. Ta gouache morbide se colorera plus tard. Pour l'heure, crache, crie, éjacule, vomis ce que tu veux. Le tableau, bon ou mauvais, sera ta poche de pus. Je te sens qui attend, tu ne sais plus, tu flanches, tu hésites, mais fonce, gratte l'autoroute, le goudron fissuré te décicatrise, pousse les péages jusqu'à plus terre, rampe sur le sable jusqu'à plus mer. Stop ? Non, avance que je te dis, c'est ta tête qui fatigue, pas ton doigt, le clavier lui, complice, s'en fout. Il ne sent rien. Alors vas-y, écris. Écris le verbe Écrire, ce sera déjà ça. Écrire. Écrire. Écrire. Écrire.
Être dedans et dehors à la fois, c'est avoir tous les pouvoirs et toutes les responsabilités. Tu te vois et tu t'engueules, tu fais et tu refais, sans cesse. Fais. Fais. Fais.
Demain sera. C'est une affirmation.
Écrire, c'est tout ce que je sais faire, c'est tout ce que tu sais faire. Fais-le. La source et la ressource affluent, tu peux encore. Le ciel tombe et la nuit pointe. Et toi tu traces, tu peins, tu dis, tu tisses, tu files, tu ancres. Encre. Jeu de mots facile, débile, puéril. Tant pis. Il est écrit. Avance. N'efface rien. C'est devant que ça se passe. Cours sur le clavier. Danse sur AZERTY.
Il en restera toujours quelque chose. Au moins cet espace de combat qui aspira le temps où l'interrogation prenait la place de l'action pour créer spirale descendante. Toi tu l'as comblé de ce que tu ne sais pas encore, de cet écrit que tu relieras du verbe relier, une autre fois. Tuer le temps, c'est ce que tu as fait même si tu as toujours détesté ça. Tu as tué le temps avant qu'il ne te tue. Combattant de la pluie et des ténèbres, tu as a gagné un round, tout petit peut-être mais tu as tué le match n'arrêtant pas d'écrire. Ta position d'outsider ne te permettait pas mieux, fallait pousser l'ordure dans les cordes, lui couper le souffle. Elle avait pris ses aises, arrivée guillerette sur un terrain conquis tant tes faiblesses se lisaient à visage ouvert. Tu lui as réglé son compte du jour.
Demain, elle se représentera, plus méfiante mais plus prête. Tu devras, encore une fois, sans stratégie te tuer à la tuer, à la sauvage, à l'animale, à la primaire. Tu sauras que l'action fatiguera ton corps pour libérer l'esprit. Demain, tu repars au combat. Repose ton corps, congédie ta pensée. Elle n'est dans ce moment d'aucune utilité. Fais le verbe rond, la pensée vide et l'analyse fluide. Sois corps. Fais corps. Tant qu'il le faudra.
N'écris pas dans ta tête. N'écris pas par ta tête. Ta tête ne sait pas écrire mieux que toi. Ton corps a le pinceau vulgaire qui convient à l'oeuvre du jour. A coup de pulsions, depuis toujours détestées par ton esprit, tu retrouveras le chemin des mots. A balancer le ciment gâché à la truelle n'importe comment, tu feras des murs de phrases qui seront au niveau. C'est ton outil, ton matériau, fais avec, chaque jour, chaque jour, chaque jour...

février 2008

Nuit 2 dite d'automne

Prendre le rail, pendre le rail, être le rail. Gratter la terre sans savoir où aller. Entendre crisser l’ongle sur sternum et aller, aller, aller vers. Ne pas dormir couché. Dormir debout. Attendre que le vent tourne et tourner soi-même en rond. Se lever, bouger, être dans l’action inutile. Engueuler son doigt d’écrire si lentement. Se vider. Pousser le bouchon jusqu’à plus loin. S’avoir.
Le sillon se laboure à la force de l’esprit et le fatigue. Encore un cran, encore un rang. Crache tes poumons et sème le champ. Tu t’affaleras plus tard. Usé, fourbu. Mais tu t’es levé fatigué. Sans but et sans soleil. Tes rangs de la journée, tu les regarderas sans en être fier. Mais, fais, fais quand même. Les nuages assombrissent mais pourraient bien péter, histoire d’arroser ton travail. Faut voir. Faut espérer. Sait-on jamais.
Sur deux jambes courbé tu vieillis sans le savoir et le voyant. C’est bizarre. Le miroir te renvoie les ans et tu ne le crois pas. Profil droit cheveux blancs. Profil gauche grisonnant. Cerveau droit ? Cerveau gauche ? Ne réponds pas. Écris. Continue. Continue, j’ai dit.
Transpiration dégoulinante dans les draps, c’est le mal qui s’en va ou l’être. Le mal et l’être. Malle et lettres. Tes mots vont voyager. Prends le bus, le train, le rail pour avancer, tout droit et de travers. Pas grave. Avance. L’index s’encorne depuis quelques années comme se formait cette petite boule au bout du majeur quand on écrivait au stylo. Écris. Pose tes empreintes sur ces touches brillantes, polies par les coups explicites.
Passe le temps à le tuer à le pousser pour le passer par-dessus bord pour accélérer vers la nouvelle aube, même si l’hiver approche et que les jours raccourcissent. Pendre le temps, le brûler, le consumer par le bas du linceul, qu’il file, qu’il fuite, qu’il te vieillisse encore pour ne plus le subir dans le présent.
Corps de ton corps soit celui qui creuse et qui fait faille dans la terre, un rayon de magma des profondeurs pourrait y voir une ouverture bénéfique. Malaxe la lave, fais-en de la boue pour bien goûter ce monde en face.
Écrire, aligner les mots sans jeu, sans tête, sans queue. Inerte et actif pour la bonne cause, pour ne pas attendre le bus, pour ne pas s’enfoncer dans les sables mouvants. Courir vers l’autre phrase, vers la fin de la ligne pour en recommencer une autre. C’est ton défi. C’est ton choix. Avance. Tu ne sais plus ? Dis n’importe quoi. N’importe quoi ! Voilà, comme ça. Pour pousser encore la non-histoire, pour vider le vide.
Nuit verte sans signification. Jour jaune et mains moites. Agir. Ne pas comprendre et ne pas chercher à le faire. Délirer sans doute. Pour passer à autre chose. Art-thérapie abstraite et bancale. Tu t’en vas vers ce que tu quittes. A expliquer ton action, tu stagnes. Cours plus vite Charlie, la vie sera pour toi. Sprinter du troisième âge, tes jambes flageolent, mais roule, roule quand même. Tu t’écrouleras plus tard.
Bouge. Change d’action. Parle-toi de toi. Va. Fais des choses bêtes sans les qualifier. Souris, pavé tactile. Encore à faire le malin avec les mots. Arrête de ciseler, écris à la masse, au lance-flammes, à la kalachnikov. Ce n'est pas l’heure des fleurets et des politesses, tu dois défoncer le mur sans le ménager. Derrière c’est demain, ne te fatigue pas au bistouri. Lacère à la hache, ton cutter va se bousiller lui-même, il ne fait pas le poids.
Mets tes chaussures de sécurité et va voir si dehors la foule est toujours aussi con. Fais le con avec elle. Achète des saloperies inutiles, le temps de la régression. Mimétise. Retourne à quatre pattes goûter l’odeur des primates. Tu relèveras le torse et la dignité une autre fois. Et arrête de regarder ce que tu fais. Bouffe de l’ordinaire. Un temps.
Quitte cet écran. Va-t-en faire le clampin. Tu reviendras demain pour continuer ton labour. Chut !

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Nuit 3 dite de novembre

Il y a des fleurs dans la vase. Et elles ont de plus belles couleurs que les coupées du vase. Elles poussent sur un carnage, un fond de bocal de moral. Elles feront des bourgeons qui ont du sens. Elles seront compost pour lumières fraternelles et explosions de joie. Les autres, coupées, ont fleuri les comptes en banque des fleuristes et mourront dans une eau putride sans plus ressources actives. Elles finissent sans n’avoir donné que de l’apparence, de la frime, du temporel. Éphémère lumière de semblant de vie, sunlights merdiques qui cachent la forêt de beautés venues du fond de l’âme de l’âme de fond si je puis dire. Le sens, le sens, le sens. Le fond, le fond, le fond.
Nom de Dieu que le consistant est beau même laid, fort même lourd. Il a de l’avenir, il attend son heure. Bulldozer enchanté il chenille à pas lents et prépare son printemps. Quand guirlandes et camelotes commerciales aveuglent les passants. Passants. Pas sens.
Mais qu’est-ce-qui les empêche de faire mieux, de faire beau, de faire grand ? Il faut parfois creuser la cave pour monter au grenier. Sinon c’est le plain-pied qui guette, le plat, l’ordinaire, l’endormi, le mort.
Gaffe, tu penses déjà trop scribouillard du matin, tu n’es plus dans tes objectifs et tout à l’heure, on va te lire et ça va se voir. La preuve, word ne te souligne plus tes fautes. Alors accélère, ton doigt doit aller plus vite que ta pensée.
Hnkiugedcvkmp ;,,fzaswxvgtujbnnkoo. Comme ça ? Oui. Pourquoi pas ! C’est demain que tu vises par ton labeur, labour du jour. Lavoir d’être tu files et grattes pour aller mieux, ne crois pas que la lueur exceptionnelle du petit matin c’est déjà le jour de clarté. Fatigue tes neurones et active tes muscles. Vide ton escarcelle de nœuds de pensées. Tu vas devenir, un temps, tout ce que tu détestes, un neuneu primaire, pour faire page blanche, table rase et balles neuves.
Mais ta main te dit que tu fais quand même ce qu’il faut puisque depuis hier, au milieu de la paume une petite douleur musculaire te titille, c’est l’action rapide qui t’alerte. En bien ou en mal. On s’en fiche. Elle te dit que tu fais. Alors va la chercher cette douleur explicite, qui te rassure, prends-la, accompagne-la, regarde-la. Explore son sens. Non. N’explore pas son sens. Sens-la. Point. Suis-la, subis-la. Et ne fais rien d’autre qu’écrire avec elle.
Reviens, reviens clavier puéril sans mots logiques, sans forme explicative, sans suite compréhensible. Je te sais ami transitoire, pour le bien de demain. Mais ça aussi c’est de la pensée et de l'anticipation. Où est l’animalité là-dedans. Accélère !!! Et mince, c’est vraiment difficile de creuser ce trou pour sortir de sa tête. Les bras de tes doigts sont trop bêtes pour faire le poids avec l’ordinateur du chapeau.
Caca boudin. Si ça c’est pas régressif ! Je me demande encore si tu ne FAIS pas le primaire au lieu de l’être. C’est vraiment très compliqué. Faudrait que l'on te shoote. Faudrait te lobotomiser.
Ou alors, c’est peut-être déjà gagné, tu aurais déjà creusé assez loin pour pouvoir planter les graines de fleurs de couleurs. Peut-être. Fatiguer son corps, fatiguer sa tête.
Faire des nœuds avec des ficelles qu’on a jeté au loin, faut le faire quand même. Alors arrêtons-nous, on a peut-être raté une correspondance, suivi un aiguillage défectueux. Ou pas. Laissons reposer la matière du screen. Plus tard, on reviendra. Ou pas. Stop. Cédez le passage.

05 juin 2007 (5)

Nuit 4 dite de la Sainte-Catherine

Corps à corps. Alertes vives. A gauche à droite, plus haut moins fort. Tu écoutes sans comprendre. Sans savoir vraiment comment faire, quoi faire. Langage inconnu, langue étrangère. Corps dit et corps subit. Le corps se traduit mal. Chercher la petite bête dans un salmigondis d’inconnu. Ça ne sert à rien, si tu la trouvais, tu ne saurais pas quoi en faire. Laissez passer disait l’autre et ça passe. Laissez pisser et ça passe aussi. Oui, je sais, tu sais, j’ai su, tu as su. Un jour.
Patience. Confiance. Je sais. Tu sais. J’ai su. Tu as su. Un jour. Pas bavard du soir, espoir.
Des gens sont morts et file le métro. Tout se vaut. Vertige de l’inutile. Karaoké grégaire, les photocopieuses de l’ordinaire tournent à fond. Et toi ? Moi, je cherche le corps à corps avec mon corps, j’ai des cours de langue à prendre. Encore moi. Pourquoi pas lui ? Mes cours de cœur ne lui vont pas, mes coups de tête ne lui parlent pas. Petit esprit le corps, il terre à terre. Allié agresseur, il n’est pas explicite. Bourrin burin, il alerte mal. Pas au niveau le gars ! Mais en tête dans les sondages. Va falloir battre campagne pour lui voler la victoire. Et la partager avec lui, grand seigneur.
Pas bavard du soir, bonsoir.

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29 novembre 2016

En corps

10 novembre 2016 (4)

A renouer les fils par pleins et déliés, on reconnecte les sens. La main se fait fileuse et noueuse de liens. Une ponctuation pour reprendre son souffle et la bobine repart tisser du sens.

Encre cérébrale à première vue, elle se sait en son for, sang de ce corps qui reprend du pouvoir. Laboureuse tricoteuse, elle dessine des mots sans demander permission, sans chercher signification. Et signification n'est pas sens, le sens est là tout neuf, tout à lui, néo-langue primaire aux pouvoirs sans frontières.

Du stylo dans les muscles, sous l'autoroute de peau à vivifier de couleur l'action du moteur de la réalité. L'ingénieur est en vacances et l'ouvrier s'arrache. Bête de somme s'assomme et le muret s'élève. Le soc s'enfonce au coeur de ses viscères et le chemin s'étend hors des plans crayonnés. Carrossables et primaires, ils marchent sous les pieds, terre à terre et vainqueurs.

Pouvoir rendu à la machine vivante sans éternelles réunionites, le paysage lui-même y trouve son compte de voyageur. Pas mixeur statique au jus trop liquéfié, la raison du godillot a pris la poudre d'escampette. Pas boueux ou pas lourd, il laisse sa trace sur le sol de l'Histoire, sans se poser question ni rechercher la gloire.

Empreinte rendue sans intérêt, la réalité emporte le morceau. Don Quichotte rend sa lance et compte ses os sous oripeaux. Dieu est mort une millième fois. La brute et le truand sentent l'époque à plein poumons quand de plus raffinés mordent la poussière d'idées passées au papier de verre.

Plaisir des sens passent le cap d'AZERTY sans métaphores inutiles et prétentieuses. Les gants de boxe non-éduqués font autant d'oeuvres d'art qu'un Bescherelle mille fois remâché. La raison n'a plus raison au royaume du souffle nécessaire, du fraternel d'univers et du lien salvateur.

Les pieds sur terre plantés sur l'énergie tiennent le fil des ballons qui s'élèvent vers le manque d'oxygène.

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11 novembre 2016

Un crayon de soleil

09 novembre 2016

C'est un crayon HB de chez Faber-Castell. Noir, en papier ou de bois, suivant l'endroit du temps qui nous le mis dans les doigts. Il a été depuis supplanté par maintes inventions mais l'odeur de ses copeaux, comme frise enroulée, dentelle recroquevillée, réveille des zones du cerveau imprimées à jamais. De blouses grises en communale, de coups de règle en bonnets d'âne, de vieux poêle de fond de classe et de craie crissant sur ardoise rustique, les associations vont plus vite qu'Ariane et que Spoutnik.

C'est un crayon HB de chez Faber-Castell. Il dormait debout dans un pot de terre entre un quatre-couleurs et un stabilo jaune. Humble et prolétaire, il ne faisait ni bruit, ni effets de manche. Il aura suffi qu'on secoue le fagot d'outils pour qu'une odeur vieillotte le couronne d'un coup. Tous ses voisins fanfarons, modernes et sophistiqués, n'étaient plus que valets admirateurs de l'ancêtre réveillé.

Un vieux crayon HB de chez Faber-Castel, qui n'avait rien demandé se hissait au sommet. Taillé à l'Opinel, sa mine anguleuse forçait le respect. Vieux campagnard au bon sens aiguisé, buriné par les ans et le rude labeur, il serait bien sorti du Buffet de Rimbaud sans étonner personne. Sûr que ce crayon-là aurait le sillon droit. Rustique et solitaire, la casquette d'un verre bouteille ne souffrait d'aucune gomme qui l'aurait ramolli du chef. Ses flancs réguliers exprimaient la droiture et l'autorité. Ce n'est qu'à l'écriture qu'on saura la douceur et la générosité. Nul besoin d'étaler ses vertus, les cacher sous l'ordinaire leur donne plus de valeur, et notre crayon HB, de chez Faber-Castell, a des pudeurs paysannes qui se moquent des réclames et des emballages. Pour le quart d'heure, il taquine les narines colorant le coeur d'une nostalgie heureuse et le corps d'une chair de poule aimante. Copeaux de fond de cartable et nez fourrés dedans s'invitent à la commémoration. Va-t-on couler plus bas ? On se laisserait glisser sur la table inclinée à l'odeur d'encaustique, les doigts couverts d'encre à se remémorer le cahier "du jour" bleu, bleu comme les yeux de Madame Quilcaille, encore derrière les miens, sainte patronne du CE2. Mais le crayon est là, aujourd'hui, entre nos doigts vieillis à faire son "i", comme devant un drapeau s'élevant en musique. On entonnerait La Marseillaise à tue-tête si l'on ne se retenait pas. D'ailleurs, on ne se retient pas : "..."

C'est un crayon HB de chez Faber-Castell, qui n'a pas pris une ride, pendant qu'on cultivait les nôtres. Il est sorti du pot pour une rétrospective d'émotions intérieures, en noir et blanc, difficiles à partager. On les laissa se dérouler, tous sens en éveil, sans culpabilité, un bruit de projecteur d'antan derrière les oreilles. Un crayon de bois sec, aussi grand qu'un général qui trône lui aussi au fond du même tiroir de nos mémoires vivaces, aura eu raison de nos pensées raisonnables.

C'est un passé HB qui froisse nos certitudes d'instant présent vainqueur et de lendemains qui chantent.

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08 novembre 2016

L'insoutenable légèreté de l'Autre

25 octobre 2016 (2)

Quelques mots sur la table ont séchés d'ennui. Lettres saupoudrées comme pâtes en mémoire, elles cherchent leur place au milieu du chaos. Exsangues et moribondes, elles prient la pluie salvatrice, qu'elle vienne de larmes ruisselantes, de miction explosive ou de rayons sublimes. Solitudes agonisantes, elles ont perdu le sens. Éclats de mots fringants, elles sont débris morbides. Leur prière n'est que souffle inaudible au passant, dernier espoir de flamme embrasant l'alphabet.
Agencer ses pensées peut devenir torture malgré l'aisance passée. La certitude du dérisoire l'emporte et les bras des stylos en tombent. Écrire sans changer sa part du monde, à quoi bon ? Autant se faire plaisir avec vulgarité. Mineurs de fond ambitieux se minent à bouffer du charbon, quand pessimistes bateleurs brûlent leurs cartouches aux néons artificiels de plaisirs futiles et temporels. A trop viser le zénith, on noircit son esprit, les troupes ne suivent pas et tirent vers le bas. On se lasse, un temps souvent, longtemps parfois.
L'insoutenable légèreté de l'Autre est fruit de paresse d'esprit. Profitez, consommez, accélérez vers le néant, prenez les rails, obéissez, le temps passera plus vite. Le pire est évité. Le pire, c'est réfléchir. Chasseurs d'albatros sans avoir l'air d'y toucher vous êtes efficaces. Maillon de chaîne renouvelée, vous vous tenez par la barbichette, coincés, esclaves et esclavagistes à la fois. Le cercueil en ligne de mire, vous accélérez en vernissant le chemin, déjà dans le cortège de vos propres funérailles. Armée de désabusés vous brûlez les calendriers, agendas surbookés de plaisirs narcissiques et carbonisateurs. Plus le réel est tragique et plus le divertissement s'invite. Va comprendre !
L'exigence de pureté heurte les esprits ordinaires. Ils fuient l'exercice préférant se noyer. L'argumentaire est bien huilé et la foule applaudit. Isolé, l'utopiste ! Ostracisé, le saint ! Crucifié, l'ambitieux ! L'idéaliste ne souffre pas de son idéal. S'il souffre, c'est du jugement de la masse conformiste. On le sait. On continue à le déplorer. On radote. Et on ne s'y fait pas. La posture et le jeu de rôles garderont le pouvoir. La vérité attendra qu'une éclaircie lui fasse croire que c'est la dernière fois qu'elle remonte le rocher... jusqu'à la prochaine descente... à la prochaine remontée.
Le puzzle de caractères s'ébroue tout seul et finit par commettre une composition sombre et tortueuse décourageant l'exploration de ceux à qui elle ferait du bien. L'éveillé aura, quant à lui, appris ce qu'il savait déjà.

Pendant ce temps-là, ailleurs, quelques morts sans histoire ont noyé leur devenir. Granules saupoudrées dans un bassin géant, elles nourrissent les fabricants de gilets oranges. Comme un jeu vidéo, on compte les points. 3 800. Encore un petit effort, hommes, femmes et enfants par bâbord, c'est l'ordre souterrain. Mare Nostrum, terreau liquide d'humanité, boucle bouclée. La vie et la mort passent et le show continue. Le cimetière marin indiffère ou crée de bonnes consciences tout aussi inutiles.
Les spectateurs font le spectacle, par la bande. Personne ne se sent responsable. Les miroirs renvoient ce qu'on y voit. Tout va bien.

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03 septembre 2016

Au recommencement est le verbe

Se recommencer par le verbe
Anaphorer l'infinitif
Tordre le cou aux illusions
Régler son compte à l'apparence
Poser ses tripes sur la table
Offrir ses paumes quoi qu'il arrive
Marcher tout droit malgré les glaives
Prendre le corps à bras la vie
Rendre l'attaque en poésie
Savoir pleurer pour s'arroser
Pouvoir souffrir sans se venger
Risquer sa vie pour dire le vrai
Mourir d'amour comme en fiction
Retrouver le sens du tragique
Rire de ses Charybde en Scylla
Cirer ses bottes et repartir
Ressortir plume et encrier
Se remettre à son clavier
Laver son honneur à la joute
Verbaliser ses intentions
Tatouer une conduite dans l'esprit
Refuser d'être consommable
Flinguer les manips rose bonbon
Proposer l'analyse au cordeau
Mettre le feu aux artifices
Pousser les coulisses sur la scène
Redorer la salle des machines
Faire du cambouis l'onguent du coeur
Dénoncer les vendeurs de vent
Enflammer toutes les amulettes
Secouer les neurones des crédules
Vanter les mérites des naïfs
Emprisonner les abuseurs
Éteindre les illuminés
Faire disjoncter les allumés
Disperser la foule pour son bien
Individualiser le beau
Fuir le spectacle et le loisir
Construire en pur sa cathédrale
Entrelacer prudence et risque
Planer au-dessus du commun
Quitter les hommes d'équipage
Prendre la mer par les chevaux
S'ourler le corps de vagues lippes
Restituer sa penne à l'oiseau
Porter aux nues son écriture
Caler sa foi dans son bas ventre
Bomber le torse face aux canailles
Gueuler plus fort que les bateleurs
Mettre en avant la réflexion
Oser rappeler l'intelligence
Privilégier l'intelligence
Se libérer l'intelligence
...

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23 juin 2016

L'évolution permanente

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"Qu’est-ce qui m’intéresse ?
Ce qui provoque mon accroissement
Ce qui me renouvelle et m’augmente"
Paul Valéry (Cahiers)
(merci à l'ami Lelius de m'avoir offert l'introduction)

Chez les assoiffés de l'évolution permanente il y a d'abord une grande naïveté qui leur fait croire qu'il s'agit d'une disposition naturelle et universelle. Ce qui leur apparaît longtemps comme une évidence est tellement fort qu'ils mettent souvent une grande partie de leur vie à prendre conscience que la plupart de leurs contemporains ne sont pas structurés ainsi. Leur voyage s'en trouve ralenti car, comme toujours, la masse a décidé de freiner les ambitieux. Dire qu'elle a "décidé" c'est déjà lui faire trop d'honneur. Car si elle avait la moindre stratégie pour savonner la planche du voisin, elle mériterait quelque éloge, mais c'est plutôt son inertie qui fait sa force, son manque incompréhensible de réflexion.
Car, comment l'ouverture vers d'autres horizons, la montée de marches, l'acquisition de lumières, d'outils, de réacteurs, peuvent ne pas être partagées par tous ? Cela reste un mystère pour ceux "qui en sont".
De temps en temps, sous l'influence de plus raisonnables, ils se posent, se raisonnent et finissent par admettre que l'ambition ordinaire s'arrête à la reproduction de ce qui est connu. Temporairement fatalistes, ils cessent de bousculer pour faire évoluer et s'occupent de leur modeste jardin. Puis, la machine intérieure se remet en selle et leur naturel passionné et généreux revient au galop. Ils sont persuadés que cette fois-ci sera la bonne, qu'ils trouveront les mots justes et l'angle d'attaque pour enfin convaincre l'armée des statiques que leur salut passe par l'énergie qu'ils mettront à toujours chercher à s'améliorer, à grandir, à s'élever. Car, tout de même, manger, travailler, s'amuser et dormir entre naissance et mort, est un projet de vie bien triste. Ici encore, le mot "projet" est bien trop flatteur.

Ce qui a déjà été amélioré peut encore l'être. L'effort donne l'énergie qui soutient l'effort. La pompe étant amorcée, le cercle vertueux de l'évolution se mettra en place et la force de l'habitude à fonctionner ainsi fera évoluer sans souffrance liée à la contrainte. Installer le logiciel de l'éveil permanent au mieux pour soi et pour les autres devra suffire à faire des petits sans réinventer à chaque fois la machine à faire des petits.
C'est toujours la réflexion et l'attention que nous mettrons à travailler sur le structurel et le long terme qui nous permettra, à intervalles, de mesurer l'évolution. Si nous choisissons nos actions dans une optique d'investissement plutôt que comme réponses à des envies ou des pulsions, nous avons toute chance d'en récupérer du bonheur, de la joie, du bien-être voire de la plénitude qui seront d'une toute autre nature qu'un plaisir éphémère qui laissera un goût âcre ou un regret douloureux.
Évoluer soi, c'est aussi faire évoluer les autres. Et même si l'idée de contaminer et de partager son énergie et ses techniques avec son prochain s'estompe, il restera la valeur d'exemple. Et je n'ose pas imaginer un moteur humain totalement éteint. Une étincelle ne fait pas le printemps, mais pourrait bien raviver toutes les saisons.

D'aucuns, fatalistes ou pessimistes, pourront arguer que l'énergie nécessaire à l'évolution, l'ambition, la passion de la vie et la curiosité pour le monde sont des graines génétiques dont certains n'ont pas bénéficié, que le tirage au sort de la Providence ne les a pas choisis, et que nous autres, élus de je ne sais quel scrutin, ne pouvons pas comprendre qu'il en soit ainsi. Qu'ils le disent, je n'en crois pas un mot.
Un cheveu d'évolution sur toute une vie, c'est déjà ça. C'est déjà faire sa part pour l'humanité. Le recul et la stagnation sont coupables.

Chercher à évoluer est un effort sans effort. C'est-à-dire que la concentration, la stratégie et la réflexion toujours sur le pont et le qui-vive sont un travail certes, un travail d'éveil et de vigilance sans fin, mais pas une contrainte éreintante. Ni la frustration, ni le stress ne sont du voyage. Au contraire, la tranquillité d'esprit accompagne la satisfaction de l'accomplissement d'une mission saine et altruiste, un chemin lumineux qui ouvre la porte et les possibilités à d'autres. Le sens du devoir bien fait. Le bonheur de faire ce que l'on doit. La joie de laisser propre en ayant fait de son mieux, sans regrets ni remords.
Y tendre, c'est déjà y être. L'exigence envers soi et la rigueur seront les meilleurs alliés de cette entreprise d'accroissement personnel et altruiste. Car pour bien s'occuper des autres, il faut d'abord s'occuper de soi. Et pour bien s'occuper de soi, il faut penser aux autres.

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15 juin 2016

au petit matin

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Le sublime habite au petit matin.
Le sublime habite le petit matin au lieu-dit espace-temps.
La ville est une jeune fille nue qui émeut le jouvenceau de tout âge pour peu qu'il sache sortir à l'heure et s'ouvre coeur et écoutilles, pores, narines et imprimante multi-dimensionnelle. Les employés de la voirie seuls témoins de l'idylle font le lien avec le réel.
J'ai vu de la colline, le miroir de mer aveugler le possible. J'ai déclamé Lamartine au pied de la table d'orientation. J'ai couru comme on vole vers un sommet silencieux que fouleront plus tard petit train touristique et shorts vacanciers. J'en ai appelé aux dieux. Qu'ils préservent l'aurore des horreurs explosives qui ponctuent les esprits du matin jusqu'au soir !
J'ai tutoyé les navires du lointain horizon, complices routiniers, pourfendeurs d'huile de mer ouvrant la page du jour. J'ai mis la main dans l'eau comme on effleure la peau de sa première. La vague d'émouvoir a lâché quelques larmes, invisibles aux rustiques.
J'ai retenu le cri du plexus sol-air crevant le ciel de beau, bras ouverts, mains offertes, mains offrandes, calices réservoirs et déversoirs.
Le sublime habite au petit matin. Émotion solitaire. Nature vivante. La ville a vomi ses noctambules ivres sur une plage de galets. Les barques des pêcheurs lui ouvrent les guillemets. Elle pourra s'extirper de sa poésie au premier flux de rideaux métalliques, de cloches séculaires et de vrombissements de travailleurs serviles, au poste, dans le starting-block ressort.
Le mercure prend son poids d'épaisse et fluide joie emplissant tout le corps d'un carburant sans nom. Se regarder sentir le beau et s'enorgueillir de savoir le vivre sans le subir, le doser au millimètre pour rester dans l'état de celui qui touche la vérité, évite le sentiment de sur-puissance et l'aveuglement de l'illusion. Garder le plus longtemps possible l'instant paroxystique, en faire un instant-roi, le blottir dans un coin, l'ancrer dans un geste, stocker son parfum et l'avoir en réserve, au chaud, au grenier, à la cave, au coffre s'il le faut, pour les jours de disette qui se feront plus rares chaque fois qu'on aura su saisir au quotidien la beauté du plus doux comme la beauté du plus tragique.
L'horreur a ses revers, l'horreur a ses remords. Elle vous sert aux aurores des états intérieurs pour vous demander pardon.
Ils s'offrent aux plus humbles, réceptifs ou explorateurs. Dépouillement d'ego et page blanche, la menotte en cuillère accueillera le sublime et l'offrira comme onguent d'une caresse fraternelle à moins matineux que soi, apaisant le bruitage effroyable d'une carcasse de monde qu'on écrabouille.
La paix a ses soldats enfouis au fond de soi.

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07 juin 2016

La résistance à la frustration

J'ai déjà publié un billet avec ce titre. Depuis plus de deux ans qu'il est en ligne, il reçoit un nombre de visites impressionnant par rapport aux nombreux autres billets de ce blog. Sans aucun doute, le sujet intéresse et les moteurs de recherche guident jusqu'ici.
On peut donc imaginer qu'il y a une interrogation répandue et sans doute des souffrances liées à ce sujet. Alerté par un commentaire, je me suis décidé à compléter mon propos après avoir recopié l'original ci-après. Serai-je plus clair et plus efficace ? Je ne sais pas. Je renvoie à la fin du texte pour le complément.

Comme pour la peur, la contrainte, la honte, la timidité et le sens du ridicule, par exemple, il y a du bon dans la frustration.

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La résistance à la frustration permet de mieux s'adapter aux situations qu'on ne maîtrise pas soi-même. Elle va nous permettre d'apprendre la patience et d'acquérir de la sagesse sans y laisser trop de plumes. On sera ainsi plus autonome, car on ne dépendra pas d'interventions extérieures destinées à combler des vides ou à satisfaire des besoins. On sera ainsi plus responsable, car on décidera de ce qui est supportable et de ce qui ne l'est pas et on agira en conséquence. On sera ainsi plus libre, parce que l'autonomie et la responsabilité rendent libre. Le contrôle de ses pulsions et la maîtrise de ses nerfs sont plus faciles pour celui qui a appris à se satisfaire.
La résistance à la frustration est donc une qualité et une bonne compagne de vie.
Elle s'acquière avec le temps, mais, comme toujours, l'enfance est déterminante.
L'excès de résistance est, bien sûr, dommageable. On pourrait finir par tout accepter des autres, par ne rien demander et croire que nous ne méritons pas mieux, par nier sa propre identité.
La frustration alerte et questionne. Elle nous oblige à agir, à arbitrer, à déplacer le curseur.

A l'inverse, l'absence de résistance à la frustration est une catastrophe. Habitué à assouvir, ou faire assouvir, le moindre de ses désirs, empêche de se créer des garde-fous et tous les excès seront possibles. Les victimes seront d'abord les autres, car l'individu se comportera sans moralité et sans scrupules, son seul but étant de satisfaire ses propres besoins et il ne reculera devant rien. Tellement habitué, il croit que c'est un comportement normal et partagé par tous. Aucune chance pour qu'il se remette en question et que les autres deviennent plus importants que son propre ego. Un besoin, une réponse. Un désir, un assouvissement. Une envie, un plaisir.

Et notre société n'aide pas à rétablir les choses. La mise en avant du plaisir, de la satisfaction et du tout-est-permis individuels, produisent des comportements égoïstes et compétiteurs. Il n'y a aucune morale ici, c'est le constat que le court-terme et le superficiel empêchent le travail structurel et approfondi. Augmenter sa résistance à la frustration (encore une fois, je ne parle pas d'excès) profiterait à tous. A soi, pour y gagner en maturité et sérénité. Aux autres qui bénéficieraient d'une attention et d'une bienveillance accentuée de notre part. Résister à la frustration, c'est altruiste. 


Complété le 07.06.2016 :
On pourrait penser qu'il suffit de décider d'avoir de la volonté pour mieux résister à la frustration. Certes, cela peut aider mais, comme les eaux empêchées, le courant trouve toujours d'autres chemins pour nous rappeler à l'ordre.
On y gagnera, comme nous l'ont enseigné les Stoïciens, à accepter les situations qui ne dépendent pas de nous, à se contenter de peu et à réfléchir aux besoins essentiels.
Si nous avons à portée de main le moindre moyen d'éviter la frustration, il convient de se mettre au travail, à condition qu'il ne s'agisse pas d'assouvissement à court terme et que cela ne nuise à personne, ni à soi ni aux autres, un moyen écologique.
En revanche, plutôt que souffrir d'un manque, quel qu'en soit la nature, acceptons qu'il en soit ainsi. (Accepter l'acceptation est un autre apprentissage qui nous servira). Ne voyons pas là une résignation ou une fatalité, appelons cela une adaptation à une réalité.

Le premier ennemi de la frustration est la comparaison. Elle entraîne l'envie. Sans références extérieures on saura apprécier ce que l'on possède. Nous connaissons tous la compétition à la plus grosse voiture, à la plus belle piscine ou au plus gros compte en banque, que se livrent ceux qui sont éloignés de l'essentiel. Et ce ne sont pas toujours les plus riches qui s'y collent. Les publicitaires ne s'y trompent pas, ils flattent les bas instincts. Sortir de la cible en exerçant son esprit critique est à la portée de chacun, pour peu qu'il se fiche de l'opinion d'autrui. Ne confondons pas désirs et besoins.
Cette vision relève du minimalisme et de la frugalité mais pas forcément de l'ascétisme. Il est difficile de faire de grands écarts par rapport à son environnement. Un détachement raisonnable sera le bienvenu. C'est l'état d'esprit qui apaisera la frustration et donnera à la résistance une forme moins contraignante et éprouvante. Sage et sereine, saine et apaisante, elle sera passive  et pourtant efficace. C'est l'esquive salvatrice au mouvement noble de celui qui n'a rien à gagner et rien à perdre.
En ce qui concerne les exercices pratiques, ils sont inutiles. On pourrait tout au plus, en cas d'urgence si je puis dire, recommander ceux qui font leurs preuves dans toutes les situations oppressantes : respiration, méditation, détachement, relaxation, sport...
Il n'est pas dans mon intention de proposer un Manuel de résistance à la frustration. Ce serait ridicule. Chacun trouvera son chemin à condition de le chercher et d'accepter l'idée qu'il existe. Car il existe.
J'ose deux petits bonus personnels qui m'ont bien réussi. Le premier consiste à sortir virtuellement de la situation : je ne suis plus là où je suis et je me regarde n'être plus là où je suis censé être. Non seulement je ne suis plus celui qui ressent la frustration mais, en plus, je suis celui qui prend conscience, étant à distance, de l'inutilité ou du dérisoire de la chose. Le second est exactement le contraire du premier : je grossis la souffrance, je prends une conscience forte de l'instant, comme si je concentrais en un minimum de temps un état qui aurait pu se prolonger. Arrivé à son apogée, il s'essouffle de lui-même. Le temps répare tout, dit-on. C'est vrai. Même pour quelques secondes. Et le temps de penser au temps, il passe aussi. C'est un bon allié.

En conclusion, et au risque de me répéter, il m'apparaît salutaire d'apprendre, de comprendre, d'analyser et d'expérimenter pour trouver satisfaction et équilibre. Fuir vers le plaisir et le divertissement c'est multiplier les raisons de manquer, à un moment ou à un autre, de superficiel. Et comment le superficiel pourrait-il être, sérieusement, indispensable ?

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02 juin 2016

A la table des manières

A la table des manières lister l'essentiel 
enlacement doux de gracile et de salutaire
sommaire décor aux lignes filantes 
c'est dans la courbe que danse le beau
les fioritures tuent le diamant et l'élégance s'habille de nu
debout l'élan pulsion du pied 
doigts pointant lune et fil étoile
A la table des matières le fluide est plus solide
roseau jongleur qui se déchaine d'insaisissables mouvants fuyant confort 
barbelé
élément vérité réservé aux chercheurs es tête
chemin graal en soie 
philosophal élancement
pavé de pierres de pas 
serpentin silencieux tendu vers 
nappe lactée d'éternel immaculée de mercure blanc puissant musclé et dynamique
chanson d'été aux larmes joie 
passion sereine invisible au commun
A la table des manières l'éther est matière

sourire 007

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28 mai 2016

La Volonté

Copie de Vie-001

Il suffit de très peu de volonté pour avoir de la volonté. "Décider la volonté", serait une belle formule, si l'objection de la volonté de la décision ne s'invitait instantanément.
Et pourtant, la raison nous commande et nous souffle que l'autonomie et la liberté ne seront au rendez-vous qu'à la condition d'avoir un minimum de volonté. Décider, c'est avoir déjà la liberté, pendant de la responsabilité, de le faire, c'est aussi expérimenter son libre arbitre, assumer son individualité. Si je sais que j'ai le choix, je me décide à le faire. Si je sais, au fond, que la volonté vaudra toujours mieux, pour tous, que son absence, je décide la volonté.
Et, comme une goutte d'huile essentielle peut parfumer une barrique, par effet contaminant tout mon être s'imprégnera de la potion puis s'en servira sans plus y penser. Tomber dans le chaudron, c'est possible. Mais on pourrait aussi y plonger, volontairement, plutôt que quémander, advitam aeternam, perfusions à renouveler.
Décider la volonté. J'y aurais bien changé un "r" en "z", si je ne craignais la perception d'une injonction rédhibitoire. Mais laissons à chacun le choix de décider de décider.

La volonté demande du courage. On pourrait pinailler en objectant que c'est la décision qui demande du courage et que la volonté serait plus liée à la persévérance. Pourquoi pas.
Courage et volonté semblent aller de pair. La volonté est vertu de raison et combat les instincts primaires, les tentations néfastes et les désirs incontrôlés. Elle contient et fait de la résistance. Le courage permet de garder fermement la constance malgré les difficultés. Bel attelage.
Ma mémoire ne m'offre aucun exemple de volontaire qui ne soit courageux et inversement. En revanche, des entêtés pleutres et des inconscients  veules, elle en a toute une bibliothèque.
Si à la fête de la volonté et du courage on invitait la motivation et la persévérance, elle serait encore plus belle. Bien que l'honnêteté commande d'y convier aussi la nuance. Car si la motivation ouvre bien la porte de la volonté, elle ne la prouvera que partiellement sachant que l'action décidée pourra répondre plus à un désir qu'à un devoir. Je désire si fort une chose que ma volonté vient toute seule. Mais si par nécessité j'ai besoin de volonté pour accomplir une action déplaisante, ce sera une autre affaire. Même s'il est des moyens de contourner l'obstacle en transformant le désagréable en agréable.

Pour la persévérance, on sera rarement soutenu par le désir, qui aura tendance à s'essouffler. Alors le courage et la volonté seront nécessaires pour prendre le relais. Parfois l'orgueil sera un bon allié, même s'il ne me plaît guère de le constater, puisqu'il relève de l'intérêt qu'on porte à son image vis-à-vis d'autrui. L'engagement personnel et intérieur est d'une autre nature. Il n'est pas orgueil mais rigueur et éthique : un engagement pris, on le poursuit sans plaisir, sans envie, sans goût. On le fait seulement pour se prouver qu'on va au bout de ce que l'on a dit. L'action juste est un meilleur phare que l'obstination, mais ne compliquons pas.


Qu'il s'agisse de volonté ou de courage, chacun aimerait en être doté comme de qualités innées. Ceux qui les ont développées savent qu'elles ne sont que cercle vertueux, qu'elles sont elles-mêmes cause et conséquence. Le courage d'avoir du courage donne du courage...
Conscient de flirter avec le "y'a qu'à-faut qu'on", je ne veux pourtant pas me priver de conclure par l'idée que chacun a le pouvoir de faire. Il s'agit de décision, donc de raison. Choisir ou ne pas choisir, c'est choisir, alors choisissons. La volonté, de préférence. D'évidence, devrais-je dire tant celle-ci saute aux yeux de chacun.

"Je sais ce qu'il faut faire et je n'y arrive pas" "Je commence et puis je m'arrête" "C'est plus fort que moi" "J'ai pas de chance" "Rien ne m'en empêche mais..." "C'est toujours comme ça, j'ai pas de volonté" "Y'a vraiment qu'à moi qu'ça arrive, j'ai la poisse" "Je sais bien que ça ne dépend que de moi pourtant"... pourtant, il suffit de très peu de volonté pour décider d'avoir de la volonté.

Posté par Claudio Orlando à 22:27 - - Commentaires [3] - Permalien [#]