Singulier Pluriel

16 mars 2017

Retour vers la littérature

05 mars 2017 (6)

Comme le peintre a ses périodes, bleues, fauves ou surréalistes, le lecteur que je suis, a les siennes.
Depuis de nombreuses années je délaissais la littérature sans l'occulter totalement cependant. Mais les essais et les livres techniques m'occupaient largement. Encore cet irrépressible besoin d'apprendre qui m'accompagne depuis toujours, me poussait à de l'utile. J'avais un peu oublié combien j'ai appris dans le passé dans les romans, les petits et les grands auteurs, les classiques et les modernes.
Je me suis donc promené dans la psychologie et surtout la philosophie, dans la poésie et la pédagogie, dans la technique et les techniques. Riches périodes qui ressemblaient, comme toujours, au besoin de rattrapage de l'autodidacte dont le complexe ne s'efface jamais vraiment.
Me voilà, de nouveau flirtant avec la littérature et j'y trouve aujourd'hui matière à éprouver des joies insoupçonnées ou seulement oubliées ; qui sait ? Il s'agira sans doute d'un avantage de la maturité pour employer un euphémisme temporel à la mode. Encore qu'il pourrait s'agir d'un état d'esprit. Le même qui semble m'habiter depuis peu et dont je déplore qu'il ne m'ai pas visité plus tôt. Mais je partais de bien loin, dirais-je pour trouver une excuse.

Je lis donc comme j'essaie de vivre aujourd'hui : sans le souci de l'efficacité. Je lis avec plaisir sans avoir besoin de remplir ma besace de cervelle d'un savoir censé me faire évoluer et me faire tenir debout. Avec plaisir donc. Ce mot que j'avais banni de mon vocabulaire et affublé de tous les accoutrements de l'insouciance à la légèreté, de la bêtise à l'égoïsme. Il sera bien temps d'y succomber lorsqu'on aura fait son devoir, acquis tous les savoirs, pensais-je orgueilleusement.
Il convient lorsque la ligne d'arrivée, celle du départ donc, se profile à l'horizon, de revoir ses ambitions. On ne saura jamais tout et on laissera le chemin de croix à d'autres qui ont la chance de croire à un au-delà fait de récompenses pour leurs efforts terrestres.
J'étais, pour ma part, dans une contradiction féroce et mortifère. Êre athée et mener une vie de sainteté et de devoirs, de sacrifices et d'abnégation, ce n'est pas banal. C'est louable, me rétorquera-t-on. Certes, mais on vit quand ? Le paradis n'est pas en vue et la réincarnation non plus. Il me reste le grand âge pour récolter les fruits de presque six décennies de bons, loyaux et saints services. Oh je ne vais pas me transformer illico en fêtard ou en jouisseur auto-centré. Et c'est tant mieux. Je vais simplement relâcher la bride pour vivre ce qu'il reste avec un peu plus de détente, de souplesse et de sérénité. Pour le dire autrement, avec un peu plus d'indulgence envers moi-même.

Et voilà comment on bifurque en écriture ! Toujours friand de théories et de concepts à inventer, je me suis servi de mes nouvelles lectures pour en tirer, par association d'idées, un état d'esprit et peut-être un art de vivre nouveau. A moins qu'il ne s'agisse ici que des effets de quelques bourgeons de printemps qui influent sur mon humeur. L'avenir le dira.

Retour vers la littérature donc. Sans délaisser le reste. Mais il est question aussi d'un retour vers plus de lecture. C'est que je dois y trouver mon compte. Et l'appétit vient en mangeant. Mais je ne veux pas manger n'importe quoi pour autant. Je me suis surpris à dévorer des romans ou des biographies sur des sujets ou des personnages très éloignés de moi. Mais l'écriture étant belle et intelligente, la digestion en a été fluide. Et je ne parle même pas des papilles de l'instant présent, goûté comme il se doit pour une fois, au moment de la lecture. Je ne me donne plus l'obligation de tout comprendre et de tout retenir. Voilà tout.
La lecture plaisir en lieu et place de la lecture savoir. La vie sereine en lieu et place de la vie devoir.
Il m'a fallu du temps je l'avoue et si j'osais je parlerais de Mea Culpa. L'avenir est à venir, alors, Allons !

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07 mars 2017

Moins le quart

05 mars 2017 (16)

Il était moins le quart.

Il passa un bouton d'or sous son menton ; elle aimait le beurre. Salé, ajouta-t-elle. Nul n'est parfait. Ne pas juger, ne pas fuir. Ne pas en faire un critère éliminatoire. Elle aimait aussi le café long et tiède. Cela commençait à faire beaucoup, mais il insista.

Il caressa son visage de deux mots d'amour jaunes et timides. La réponse ne tarda pas à venir. Elle bronza instantanément. Sa peau claire fit ressortir des îles de beauté et quelque rousseur d'émotion. La frange, store rayé de type balayage fit une vrille de danseuse pour ouvrir ses fenêtres à l'intention sincère de ce souffle d'amour. Des étoiles foldingues filèrent dans le bleu du ciel de ses yeux.
Comme on envoie un baiser en soufflant dans sa paume, il envoyait les mots à la vitesse d'une bise d'abord, avec l'r de la brise ensuite, et crescendo jusqu'aux rugissants du Cap Horn ; de l'or définitif d'un coeur définitif. Il était si puissant qu'elle ne savait qu'en faire. Puissant et serein, passionné et sage, souple et enveloppant.
Il faillit dire Je t'aime et se retint de justesse. Quelques mots d'or plus vagues firent leur travail d'éclaireur. Le message était clair bien qu'implicite, limpide aux oreilles grandes et franc bien qu'enveloppé. Que le coeur s'en aveugle de beauté, qu'elle ouvre ses bras comme on ouvre une missive, en prenant son temps pour calmer la chamade !
Elle se tut. Son visage parlait pour elle. Jamais muette ne fut plus bavarde. Touchée. Touchée et scotchée. Maintenant, c'était lui qui ne savait qu'en faire.

Il était toujours moins le quart.

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03 mars 2017

Il fallait que tout s'écroulât

23 février 2017 (7)

...
et puis tout s'est écroulé
et puis tout s'est éclairé

Il est des conversions qui ne peuvent se faire en douceur comme on en rêverait. Il est des marches qui se montent vraiment, seulement si on les dégringole. Ces à-coups-là nous déchirent, nous déroutent, nous font signe de rembobiner la pellicule qui s'emballait avec passion déraisonnable.
Aux ambitieux, les murs en béton salvateurs ! C'est le seul moyen. La tempérance affichée n'est qu'enveloppe. Au fond, la machine accélère pour tenir puis casse sa courroie. Et il faut tout recommencer, avec de nouvelles armes, de nouvelles théories, des projets mesurés.
Plus l'envie est forte et plus les portes s'ouvrent sur la clarté. Alors on s'habitue. Alors, on continue. De plus sages ou de plus avancés vous mettent en garde, vous alertent en douceur. Vous n'y entendez que couic. La recette fonctionne, c'est qu'elle est bonne, alors on l'applique à l'infini. Jusqu'au jour où la bielle est coulée. Figé sur place. Rien à faire. Éteint, exsangue et impuissant, on se retrouve ver de terre quand on s'est cru albatros.
Et tout est à reprendre. Autrement.
Les reconstruits sont plus solides que les construits. Fragiles humains qui ont besoin d'expériences concrètes pour comprendre et changer. Révélations négatives, elles assagissent les passionnés du toujours plus. Ils s'étaient crus assez forts pour tirer avantage d'expériences théoriques en imaginant souffrir par la compréhension des souffrances. Mais la chair avait fait diversion, elle s'était protégée. La réalité la rattrape d'un coup, d'un couperet, d'une coupe explosive.
Retour à la case départ et petit laboureur, humble maçon, courageux colibri, reconstruire son nid, sa maison, sa vie et son être.
Orgueilleux de l'humilité sont plus orgueilleux qu'humbles, plus faussement puissants que besogneux modestes. Les murs ont des vertus et c'est difficile de l'admettre. Les coeurs vaillants les heurtent aussi et plus fort puisqu'ils foncent plus vite. Ils ne savent pas qu'ils courent vers eux. Même lorsqu'ils les ont pris en pleine face, ils pensent que c'est le mur qui était en mouvement vers eux. Qu'importe ! Se percutant, ils ont sauvé une vie.
Il fallait que tout s'écroulât. Alors, tout s'éclaira.

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17 février 2017

Se poser

03 février 2017 (48)

Il est sage de savoir rendre les armes à temps. Se plier au verdict avant le K.O. Lâcher l'affaire. Abdiquer.
Les coeurs-gros-comme-ça se fixent des missions aux immenses dimensions et s'inventent des combats toujours plus difficiles. Équipés de courage, de volonté et d'une persévérance hors du commun, ils s'habituent à grimper sur l'échelle, toujours plus haut, et s'aveuglent eux-mêmes de leur réussite. Alors, ils ne voient pas le mur ou le vide ou l'épuisement qui sourdaient pourtant depuis longtemps. Tout puissants sur eux, invincibles face aux épreuves, ils y ont cru, y ont fait croire les autres et leur ont fait de l'ombre par la même occasion. Mais, souterrainement, la corde se rongeait. Quelques esprits éclairés, avec des vies d'avance, les alertaient. En plus d'aveugles, ils étaient sourds, et sûrs de leur fait. Messies nouveaux, on leur avait assigné un rôle à la hauteur, croyaient-ils, de leurs ambitions et de leurs moyens. Convaincants de tant de certitudes, ils excellaient dans l'art de l'argumentation solide. Ils finissaient par se croire sur un autre plan que le commun des mortels, et le commun des mortels le croyait lui aussi.

Puis, Patatras ! L'élastique, la corde, le câble et les certitudes s'explosent d'un coup, d'un seul, dans la seconde. Sans plus piliers, le plongeon fait son oeuvre longtemps, sans ressources et les quelques agitations des membres n'ont aucun effet. Tant que le fond des abîmes n'est pas atteint, la chute s'accélére. Des décennies d'opinions, de certitudes, d'apprentissage et de construction se réduisent à néant. On change de langue et on n'a plus les mots. Un autre métier est à apprendre au niveau débutant.

Alors seulement, les doux coeurs qui protégeaient la chute se transforment en vents favorables pour remonter la pente. Autrement. Forcément autrement. Il aura fallu le chaos aux coeurs vaillants pour s'assagir. Passage obligé. Sans lui, salutaire disjoncteur, ils auraient grimpé jusqu'au faîte de l'arbre et la dernière brindille, si fragile et livrée à tous les vents aurait fini par les envoyer s'écrabouiller au sol, une bonne fois pour toutes.
Le corps le leur avait dit, et souvent : Ralentis. Les amis aussi. Mais la construction génétique et éducative, ainsi que les tuteurs créés par le temps, par nécessité, s'étaient enkystés en eux. Ils faisaient avec, certains que c'était leur propre chemin. L'orgueil, le même dénoncé chez les autres, n'était qu'orgueil, comme chez les autres. Il fallait que cela soit pour enfin être. Être sans plus. Sans plus extravagantes ambitions et inutiles souffrances.

Alors, ils se regardent, un temps, lâcher prise, font comme si, puis "lâchent faire". Tout est pour le mieux. Sans plus combattre, sans s'user la corde et la santé.
Ils prennent leur retraite des engagements terrestres. Ils demandent pardon aux lanceurs d'alerte. Ils rangent les couteaux et se rangent des sarbacanes. Ils recouvrent la vue pour découvrir la vie. Pour eux et pour les autres. Apaisés et confiants.
Avant de se re-poser (en paix) il convient de se poser (en vrai).

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12 février 2017

En pente douce

01 décembre 2016 (3)

Les jonquilles ont flanché à leur heure. Tige courbée mais pétales encore lumineux, coeur gonflé d'une riche saison, feuilles encore vertes d'énergie sous le pied. Le temps venu, il fallait que cela fut. Leur mission en fin de course, elles offriront de l'ombre aux nécessiteux, aussi généreusement qu'elles élevaient les pousses de curieux.

C'est l'automne, en pente douce dès l'été, accompagné plutôt que réprimé. La fougue et l'ambition d'idéaux supérieurs se rangent des bécanes et des arrosoirs. Les couchers de soleil n'ont rien à envier aux levers. Ils s'estompent, riches de zénith absorbé, goûté, intégré, suc et carburant nécessaires au repli.

Les fleurs feront humus, terreau d'autres belles racines aux printemps prometteurs. C'est leur rôle. A chaque bulbe, son heure. Et tournent les pendules, sans regrets. La faucheuse est bredouille si nos tiges s'allongent, gisants en bout de course, témoin passé, en douceur, au bout du bout du bout sans luttes inutiles.

Les années se comptent plus longtemps sans carnage. Sereine évolution, tranquille régression et sage passage. Les fanés lucides, souples et accommodants ont de beaux restes et de beaux crépuscules. Les impétueux résistants et les narcisses trompeteurs n'ont que leçons à prendre. Qu'ils les prennent !

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29 janvier 2017

Le temps paît

03 janvier 2016

Le temps s'étire pour occuper l'espace. Et l'ennui déplie le ressort de ses lettres sans aspérités pour faire comme si. Faut bien combler le vide de peur d'entendre l'écho des mornes vies résonner dans les consciences ! Par le dos de la cuillère, on étale la purée pour en remplir l'assiette puisque le sublime n'est pas au rendez-vous. On glose sans conviction sur si peu de vie et on positive en trouvant riches même les plus minables des instants. Mais là aussi, les discrets taisent leurs exploits quand les fanfarons s'inventent des guerres. Après c'est comme avant, les projecteurs aiment à se sentir utiles et les flonflons occupent le silence.

Le temps se tire sans demander son reste. On aurait bien aimé lui construire un palais, des encyclopédies et de l'humanité. Mais il préfère la roue des hamsters serviles et obéissants. Le temps n'aime que les fêtes sonores, visibles et répétitives. Le divin lui échappe. Larbin d'un public majoritaire, il sert la soupe aux conformistes et au groupe, à la vase et au pluriel qui suit les rails. Le temps obéit et ordonne en même temps.

Le temps n'existe pas. Alors, il s'invente. Il se saucissonne, en saisons, en rituels, en séquences sans surprise. Il rythme le néant et la vacuité lui répond. La fosse fait semblant et la foule cortège. Le déserteur devient la cible du mouvement bien huilé des bataillons conciliants. On canarde les pigeons pour rester dans l'espèce, et l'anachorète tombe, toujours. Seul et pacifiste, il s'écroule sous les coups que personne n'a tiré puisque tout le monde l'a fait. Le rang, Monsieur, le rang, y'a que ça de vrai !

Et le temps passe sans que rien ne se passe. On dégomme les astres lumineux qui pourraient déranger l'horlogerie éternelle. La masse dicte sa loi et bat la mesure. Le temps passe et paissent les moutons. Le temps paît et passent les moutons.

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24 janvier 2017

Suite

20 janvier 2016 (22)

Sec et droit
Blanc fier son riche car verte humeur simple tweet dense
Heure et jour
Plasma équivoque soirée fertile mots clerc doux suite sainte blés train
Manger et boire
Certain plus kyrielle instant flèche école cuistre étourdi terrible
Rêve et sommeil
Vigne longe vermicelle stade crèche mixture fumigène jeu toundra planche
Temps et statut
Gomme fluide terme arythmie fruit graal moulin bromure succulent grincheux
Air et âge
Wagon traîneau servitude question plume urticaire ambition huis mercerie
Plage et bleue
Xylophone cuve reste litige espace sourire respiration glauque certain
Droite et frêle
Eglise vallon perdition basse-cour plat sociétal stupide souricière avent
Sérieux et handicap
Blouse quête mulet louveteau kilogramme gratitude branchage mélasse steppe

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22 janvier 2017

Comme un gâchis

Le temps n'existant pas, le mouvement se suspend. L'ombre caresse les envies et les aplatit. L'hiver dans l'antre de chacun, plombe. C'est l'attente. L'heure des dos courbés et des nostalgies amères. Au creux des reins se font sentir les ans et on s'étonne d'avoir tenu tant. De rires en larmes et de cascades en lunes de miel, nous étions les mêmes, à suivre un destin tortueux qui ne se vit pas, qui se voit seulement dans la mémoire d'un rétroviseur forcément personnel.
La vieillesse de l'année fera long feu aux matins lumineux. N'empêche. Elle attendra son heure pour rôder de nouveau autour des humeurs et des états d'âmes. Elle sait qu'elle gagnera le combat un jour, plutôt de nuit. Cet instant où l'esprit fera mine d'avoir vécu, qu'il proférera des paroles optimistes, qu'il saura les dernières, juste pour faire bien, pour léguer la flammèche aux suivants. Mais il gardera pour lui l'idée que c'était si peu, si fade, si éphémère et si superficiel. Il saura taire la tristesse d'avoir vu les jours de joie s'assombrir à chaque fois, se voiler, s'embuer et pourrir le socle du vouloir. Il emportera la certitude que finalement, c'est pas assez tout ce cirque. C'est pas assez. Il ne l'imputera ni à un dieu illusoire, ni à une fatalité supérieure, il saura que si ce Tout est si peu , que si la perfusion invisible de rêves-goutte-à-goutte n'explose jamais à la gueule des peuples, c'est qu'au fond des tripes de l'immense majorité il n'y a que des organes ramollis, rabougris, poltrons et usés de naissance. Ceux pour qui l'illusion fera l'affaire. Il leur suffira de faire semblant de vivre, persuadés que vivre, c'est faire semblant de vivre.
Quelques exceptions, las de trop secouer le cocotier stérile partiront un goût amer entre langue et palais, mais les couilles en bandoulière, au cas où, dans un au-delà auquel ils ne croient pas, un combat supérieur serait à mener, un combat à la hauteur de la gnaque qui les habitait depuis toujours et qu'ils n'ont pu exploiter qu'à petites doses tant la masse des suiveurs, des lourdeaux, des bien-assis et des pleutres tiraient vers le bas, sans même le savoir.
Il est comme un gâchis qui gâche l'heure avant l'heure.

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19 janvier 2017

Hé toi le filant...

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Hé toi le filant t'es tu amandé de tes heures errées, erreurs passées ? A fuir ce devenir qui te colle aux trousses, tu tricotes un présent inutile et patauge sur un temps qui flaque de boue. C'est la peur qui te fait faire de grandes enjambées en l'air, pas le regard en arrière. C'est la peur de devoir soulever l'haltère sans entrainement. Responsable de ton irresponsabilité, tu cours pour voir le paysage défiler, croyant que les vaches ne voient pas ton entrain lâche. Mais ce n'est que le train qui file, pas toi.
Descends. Pose tes enclumes. Bouffe de la prairie. Demain n'est qu'un hier qui prend forme. Tu n'as le choix que du non-choix. Alors, choisis. Deviens spectateur de ton cheminement inconstant, empêche-le de te servir de moteur. Plonge dans l'herbe, roule dans le pré, goûte tes éraflures et tes genoux râpés.
Tu as déconné et fui ton gendarme. Tu cours encore et les képis grossissent. Ils t'ont investi. Tu es aveuglé par le projecteur de ton propre regard.

C'est simple. Avoue. D'un coup. D'un seul. Comme un couperet salvateur, la lame remontera le long de son support par attraction céleste. Avoue. D'un coup. D'un seul. Avoue que ta fuite était paresse, que ton non-choisir choisissait et que ton immobilisme prenait les jambes à son coup, douloureux lapsus, pour rester sur place, de Grève, à tourner en rond attendant qu'on te pousse pendant ta course folle sous l'échafaud impatient. Tu fais des ronds dont l'onde te fait écho dans la douleur à chaque battement d'un coeur essoufflé de bouger sans se mouvoir.
Comme l'oeil sans relâche poursuivait notre aïeul, tu n'en sortiras qu'en baissant la garde, qu'en expiant le passé, qu'en regardant le soleil en face. Il te rendra la vue des champs et des marguerites, des blés et des bergères, des comptines légères, des parfums de lavande et des enfants qui ne souffrent pas de tes écorchures.
Change de rail, ça fleure bon la Suisse, les alpages au soleil et les bains de cascades. Pose le fardeau de ferraille, de rouille et de perfidies, de fidélités inutiles et manipulatrices. Laisse aux autres le soin d'expier leur propre passé, sale. Tu n'es pas leur porteur même s'ils te croient leur portier.
Vis.

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17 janvier 2017

Leçon de choses

07 janvier 2016 (25)

Les sarments qui brûlent crépitent comme des eaux qui craquent liquide. Les soleils noirs d'Hugo ont des joyeusetés fortes. La fin sent bon. Tirer le volet et sentir son grincement dans son corps rend la vie vivante, surtout celle qui s'en va. Au loin, des bruits de ville s'entretuent sans vainqueur. La campagne attend mon heure. La beauté du sordide sort des sables et l'objectif fait le point en automatique. C'est la vie qui prend corps sans le ranimer. L'essentiel a des parfums de nuits qui ont de l'épaisseur. Les discours des terrasses d'été, chandail sur les genoux, parlent vrai par des visages voilés. 
J'ai marché sur une brindille, en ville. Et un camion a roulé sur ma mémoire, un membre végétal s'est divisé en deux pour se multiplier, en deux. L'arithmétique a des mystères que la nature éclaire. L'enfant de là-bas joue pour les autres des refrains sans vagues depuis toujours. L'humus veille, couve, étouffe et garde au chaud des désirs de conquête. L'étoile est toujours lointaine. Au fond des cœurs battants, des retenues punissent.
L'automne n'est qu'un hiver qui bruisse, il bouge encore un peu. Ses lendemains fleurissent déjà les tombes de corps raidis du froid des ans. Et le monde fait semblant. Il fait semblant de croire qu'il a quelque pouvoir sur l'éternel bouillon. Il réchauffe ce présent, rêvant d'ailleurs, rêvant d'amour, recouvrant l'historiette d'hier d'un manteau réinventé pour un public complaisant.
L'ennui passe la vie comme d'autres passent plats ou murailles. Il fait son numéro et perd à tous les coups. Tous. Car la souffrance est essence au coeur des travailleurs du jour ou de la nuit, des arpailleurs du rien, pour rien.
De la cour au jardin, de temps à autre, fulminent un éclair, deux éclairs, une guirlande et la fête fait sa fête sur fond de décor figé, immuable, paresse. On souffle les bougies et les bougies s'éteignent. La vie n'est que fumée qui s'évapore. Plus légère que l'air, elle s'envole plutôt que s'écrabouiller, mais le résultat est pire. S'effilocher au lieu de s'éclater, n'a pas plus de mérite. Un écran rouge de sang peut être une œuvre d'art, dernier sursaut possible et dernière raison d'espérer. Quand, vieux drap gondolé qui finit en lambeaux, en étirements alanguis vous fait bâiller une foule en chorale mortuaire.
Le matin est tout là, en tapis rouge ou blanc suivant l'action du jour, paillettes ou élan. Mais il n'est que matin qui laissera sa place au zénith temporel et aux dos douloureux pour finir paillasse aux grincements de volets de bois mouillé. Trop tard.
Trop tard, toutes portes se ferment et l'illusion salue son public. Restera une venelle qu'il faudra bien viser pour sortir de ses tripes quelques mots alignés ou quelques gouaches explosées. Rien d'autre. Il vaudrait mieux contempler le cortège que d'en être, c'est une leçon de choses.

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