Singulier Pluriel

13 juin 2018

Ramener la couverture au petit matin

01 juin 2018 (80)

Ramener la couverture au petit matin et s'en faire des métaphores à n'en plus finir. Se mettre à l'écrire et courir après les mots qui dévalent la colline. S'en étonner puis croire au premier pas qui ouvre les portes. S'en aller par le chemin sans crapahuter, se laisser glisser sur le toboggan des lettres qui s'alignent. Ne pas revenir en arrière et laisser faire. Faire confiance. Suivre le doigt qui pianote et le croire créateur. Subir son dictat. Victime consentante, on ne tente rien qui puisse couper le fil. Laisser couler. Le clavier dicte et les lignes s'alignent. Tout est à sa place. Les ratures ne sont pas de mise.

Ramener la couverture au petit matin et goûter la fraîcheur qu'on capuchonne. Penser à plus tard, au petit déj'-terrasse et au livre qui attend qu'on lui déploie les ailes pour retrouver les lacs scandinaves et les histoires de vie. Le temps qui vient vit déjà, les yeux fermés et les pores ouverts. Le rêve déborde et fait le lien avec le réel, le curseur fond sur la frontière. L'air est doux. La vie aussi est douce comme un cadeau du chaos passé, des barricades et des blessures cicatrisées en apparence, encore un brin brûlantes dans des circonvolutions cérébrales. Le corps a été labouré comme l'esprit. Aujourd'hui, malgré cela et parce que cela, il sait goûter le moment. Cabossé et heureux, il s'envole sans bruit et en douceur vers des matins plus vieux et apaisés.

Ramener la couverture au petit matin sans la ramener à soi. Ou si peu. Tout est image. Les doigts ont agrippé le tissu comme on s'accroche à une main salvatrice et ont tiré comme on ramène la bâche sur une terre battue par la pluie. On est bien. La nuit s'achève. Dehors le temps attend, il prépare le terrain vaporeux sur lequel nous poserons des pas légers entre terre et éther. Nous marcherons sans à-coups, nous glisserons comme les anges flottent sur les plafonds peints. Le ciel est beau, bleu et moelleux, accueillant et protecteur comme une couverture qu'on ramène au petit matin.

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03 juin 2018

Être le fil

01 juin 2018 (83)

J'ai rendu les clés du brouhaha, repris mes sandales jaunes et posé un haïku sur le guéridon. Il fait doux. Les obligations attendront. Rien n'est grave. Demain il fera jour ou pas, ce n'est pas le problème d'aujourd'hui. Aujourd'hui, il fait jour. Pour hier, allez frapper plus loin, je n'y suis pour personne. La cerise a rendu l'âme et le jasmin embaume. Le livre a replié ses bras, il s'impatiente de moi. J'arrive. Je bouge sans excitation. Un actif au pas lent m'a enveloppé. Et j'avance. Plus loin que vite, le pas ferme et doux, feutre assuré, muscle sec et sûr. En mouvement lent ma terre tourne. Au mieux. Du mieux possible. Toujours vers le même horizon, celui qui m'engloutira en douceur, en ultime sérénité. Sans laisser trace ou tout au plus trace de la trace pour que l'enfance nouvelle laboure à sa guise sur des terres usées mais vierges. J'attends en mouvement.

J'écris nonchalamment avec des mots usés qui, toujours, radotent les mêmes ambitions, repassent des antiennes à mes propres oreilles. Ne rien avoir à dire et le dire, c'est un emploi à plein temps.

Le jour me va. Je suis propriétaire du paysage qui s'offre et des émotions qui s'élèvent. Propriétaire jusqu'à tout à l'heure. Ce sentiment de vide et de plein, d'épure et de puissance, demeure, file l'instant, trace le trait, expire en retenue, aspire l'énergie de l'esthétique filtrée, nouvelle, supérieure. Tout est là. Rien ne peut être meilleur que ce sublime ressenti dont le mot plénitude est le plus proche et pourtant n'en dit qu'une partie. Écrire, c'est dévoiler. En plus ou en moins ? En partage qui divise ou en partage qui insuffle ? On ne sait. C'est. C'est tout. Et c'est bien. Je dirige l'instant comme on construit ses rêves. Ni marionnette ni marionnettiste, je suis le fil, seulement le fil. Je prends et je donne. Je suis ma voie. En joie.

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23 mai 2018

Pour l'hiver de la vie

12 mai 2018 (7)

J'ai couché un brin de Toscane sur des dunes atlantiques. L'air était frais et le soleil brûlant. Va comprendre. Au rythme des humeurs, j'ai suivi des toboggans et des graphiques en couleurs. Je m'en suis trouvé essoré et enrichi. Que la vaisselle ébréchée et les meubles patinés m'émeuvent n'est un secret pour personne dans les labyrinthes de ma tête. Mais je n'en fais pas une religion car je hais le vintage et les puériles émotions. Je reviens de voyage et en prépare un autre. Sont-ils réels ou imaginaires ? Même bien éveillé, je ne le sais. Dans les rues touristiques mes sensations se faufilent entre les passants. Personne n'a les mêmes. Alors je ne suis pas allé chez eux. Je suis allé chez moi, ailleurs. Je garde ma mémoire pour mes soirées de vieillesse et ne l'étale pas aux yeux de ceux qui s'en fichent de mes poils hérissés et mes élévations intérieures.

J'ai emmené l'Afrique au coeur de Venise. Contrebandier souterrain, je dessine le décor sous mes chairs sensibles. Je fais ce que je veux et slalome entre les cases et les forfaits tout compris. Excusez l'impudence, je ne suis qu'un berger qui fuit les moutons. Je n'aime que mon bâton de pèlerin qui voyage même sur place. Il a modelé ma main et j'ai poli son front. Debout devant le ciel, j'ouvre des ailes factices et j'embrasse le ressenti. Je m'en fais une couche dans un lit solitaire. Personne ne me connaît, pas même celui qui l'énonce. Le temps est camarade et je n'ai rien à dire.

J'ai invité mes pores sur des plages océanes. Ils ont pris du sable dans les yeux et des embruns dans le nez. J'ai repassé le crayon sur un GPS froid comme la mort qui m'a renvoyé au bercail sans rechigner et sans humer les chemins de traverse. Tant mieux. C'est son rôle. Ma besace était pleine de cet espace lointain tout serré contre moi où que mes pieds soient. L'ailleurs est ici et ici c'est partout. On enregistre ses pas pour des vols en troupeau. On se fait palper le corps pour des horizons prometteurs et on oublie qu'en soi la géographie à toutes les destinations. L'expérience est un fruit de l'interprétation du ressenti. Les souvenirs se créent par la tête. Activons la machine à traduire les émotions sur papier intégré et gardons bien au chaud cette réalité impalpable et intime d'un voyage effectué ou non. C'est exactement pareil.

J'ai versé du Chianti en plein Médoc et il était très bon... pour mes soirées d'hiver de la vie.

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28 avril 2018

Dans le tourbillon de la vie

26 avril 2018 (11)

Je n'en aurai jamais fini de déforester mes certitudes. Celles qui sont venues prendre racine en lieu et place des précédentes. Celles qui finiront avalées par un réel nouveau dont les jours sont comptés.
Je prends aujourd'hui le pari de la ringardisation de mes nouvelles découvertes, censées apporter un éclairage révolutionnaire sur l'écran de mes pensées. Un jour viendra.
J'accepte les roues qui tournent et les chemins infinis, les balles neuves et les pages blanches, les souvenirs flétris et les croyances new-look. Dans le tourbillon de la vie, dit la chanson.

Demain jaunira. Et le savoir, c'est le goûter plus que le perdre. Question d'état d'esprit.
J'ai étanché ma soif et bientôt j'aurai la bouche sèche. J'ai fait des plans sur ma planète et construit des châteaux pas seulement ibériques et tout a filé. En bien, en mal, qu'importe ! Le tissage a tenu puis s'est effiloché. Je suis content qu'il ait vécu, qu'il ait joué son rôle et tout autant qu'il protège la mémoire et mâtine les souvenirs. Tout est riche d'histoire et d'instant fuyant. La vie glisse et imprime sa marque. Fuite et labour, ce qui fut, est.

Elle est belle pourtant cette forêt de certitudes. Rassurante, confortable et protectrice, elle nous épaule un temps, nous aide à cheminer droit, haut, loin. Puis la première clairière apparaît, le soleil aveugle et bouscule. Nous sommes tiraillés entre horizon et couche. Mais toujours, les pas vont vers l'espoir. Ou devraient y aller. Alors, de clairière en clairière, la forêt elle-même devient lumineuse. Et se succèdent les nouvelles et belles certitudes. Printemps plein de promesses, elles suivront le rythme des saisons. Tourbillon de la vie, je sais ton tragique et je sais mes faiblesses. Je connais mes limites et accepte mes révolutions. C'est un soleil de cendres et de flammes, de pire et de meilleur.

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20 avril 2018

Sur la margelle

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Nous avons oublié trop vite l'eau qui sèche sur la margelle et les mots doux de l'aïeule au sortir de l'enfance. Nous avons pris le train et nous y sommes fait prendre, ballottés par les fausses urgences et les tristes ambitions.
Il aurait suffi de si peu. Que nous gardions le goût des mûres sur le bout de la langue plus longtemps que l'été, que nous croyions à l'intuition de l'aube disant la couleur du crépuscule, que nous écoutions d'une attention plus soutenue les leçons des anciens.

Nous avons laissé passer les calendriers, les uns après les autres, sans les mastiquer jusqu'au bout. Nous avons couru plus vite et filé le paysage. Nous voulions moissonner avant que de semer.
Il était trop trop tôt pour bien agir. Nous regardions demain et nous pleurions hier, quand un sourire d'enfant nous offrait la lumière dans l'instant. Autruche ou feu d'artifice, nous étions ailleurs. Le film avalait la photo.

Nous ne nous sommes pas vus passer sur le mouvement, pressés et oppressés. Nous avons cédé du terrain de temps. Nous avons couru si vite de l'entrée au dessert que nous digérons mal. A vouloir fuir la nostalgie, nous avons agrandi les enjambées et à vouloir freiner la vitesse, nous avons fixé nos chaînes. Pendant ce temps-là, les enfants poussent et les plaisirs se suicident. Le présent se corne et s'évanouit, fripé aussitôt qu'il éclot.

A la vitesse de l'eau qui s'évapore sur la margelle brûlée par un soleil solsticial, nous avons regardé l'heure tourner sur l'horizon. Soufflés dans le dos, aspirés par l'avant, nous n'avons pas réussi à vivre sans ralentir ni accélérer. L'aiguille tient mal le zénith. Sitôt fixée par l'oeil, elle vacille. L'aimant n'a que deux fonctions et nos muscles sont fragiles.

Les immobilismes et les fulgurances ont nourri nos souvenirs. C'est triste et c'est beau. Cependant, j'entends le temps me souffler que tout est pour le mieux.

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13 avril 2018

Posément

03 décembre 2017 (15)

La sagesse est un renoncement. Un sublime renoncement. Apaisant, tranquille, gaules rangées, alignées au fond du cabanon et regard doux embrassant l'expérience et le possible, et fixant sans tension l'instant de conscience consistante.
Sublime renoncement, disais-je. De celui qui vous a fait découvrir derrière les batailles sans vainqueurs et les ébullitions sans résultat, des pépites qui dormaient au fond de paysages embrumés par le mouvement.

On n'a pas baissé les bras, on a ouvert la porte. On a renoncé à l'illusion. Quelle joie ! Le réel s'est invité, doux ou cruel, souvent tragique et vide de sens, mais c'est le réel. Il sort vainqueur. Toujours. Il suffira de savoir le prendre, parfois l'apprendre. Le modeler ? Le travestir ? C'est fuir et s'user. L'accepter tel qu'il est, c'est s'en faire un compagnon de route enfin trouvée. La chaotique, la tortueuse, la défoncée et la route pourtant, sa route.
J'ai renoncé aux illusions sans perdre mon élan que j'étale dans le temps, plus plaine que pic, plus baume que feu.

La sagesse est un renoncement et une acceptation. L'illusion, un embrasement inutile et éreintant. Que l'on passe de l'autre à l'un est plutôt sain, il faudra avoir fourbu son corps pour lui offrir le repos.
L'eau se calme et respire, elle coule au ralenti vers la mer. Le torrent fougueux a lissé ses muscles, poli les humeurs, dompté les tempêtes. J'ai mangé du réel aux confins de mon âge et j'y ai trouvé mon compte. Posément.

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26 mars 2018

Passager de moi-même

06 mars 2018 (1)

J'ai laissé les commandes à la confiance. Je suis devenu passager de moi-même. Porté par la construction passée, par les briques montées, le savoir intégré. Ressort lâché en douceur et en durée, je repose mon corps sur un hamac en voyage. Fluide, léger et racé, il file à travers un temps vaporeux fait de traits de pinceaux sans angles, écriture souple, courbes élancées, traces élégantes.

Passager du temps à venir, je glisse horizontal sous le soleil traçant mon fil sur une poudreuse immaculée. Le monde est virgule, apostrophe et tilde répété à l'infini. Les mots sans arêtes sculptent l'univers et les silhouettes ondulées réveillent à la beauté. Les torrents caressent les galets et polissent la vie. L'eau claire et slalomeuse sait où elle va.
Je suis passager de moi-même.

J'ai relâché mon corps et rangé mes gaules. C'est le repos du guerrier, diraient d'autres. Peut-être. C'est un engagement nouveau, une force pacifique sans but, sans raison, sans objectif. Et pourtant si puissante et si efficace. La joie s'allonge sur son "j" sans embêter personne. Qu'elle éclaire à fleur de champs comme une aube estivale et l'horizon aura fait son oeuvre, réveiller en musique et en douceur des aigreurs pressées. Pour demain.

Se reposer enfin sans démissionner, sans fermer ses volets. Prendre le parti du retrait impliqué par petites touches pointillistes qui forment tableau éclatant en décollant ses yeux. Ouverture grand angle d'une attitude secrète qui ne paie pas de mine. Humble petit pas, petit soldat d'une armée de petits pas qui creusent les sillons de lendemains sans artifices.

J'ai posé un baluchon actif sur un fil électrique. Voisin des hirondelles, il imprime le ciel bleu de quelques notes joyeuses. Le mouvement imperceptible a des effets lointains qui font tourner la tête de la Terre sans qu'on s'en aperçoive.
Passager de moi-même, je me laisse faire.

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24 mars 2018

La Joie Sérieuse (Amazon)

La Joie sérieuse (Amazon)

 

 

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03 mars 2018

Sur un cordage lustré

18 septembre 2016 (4)

J'ai tressé, ma vie durant, une corde de doutes et de certitudes. Successivement. Drôle de composition : un brin de rationalité philosophique, une torsade de foi sans destinataire, un fil de curiosité psychologique. Tantôt souple et tantôt raide, elle me hissait vers des sommets ou me lâchait en plein vol. Voyageur incessant je fuyais les chapelles, les cases et les définitions. Feu follet je sautillais à la moindre velléité de me saisir, de me classer. Le spirituel en bandoulière dans une foule de rationalistes et zélé scientifique au pays des illuminés, j'ai construis une demeure de travaux en cours. Et c'est tant mieux. J'ai changé de couleurs sans en renier aucune, épousé des convictions éphémères et garder le cap en modifiant l'itinéraire.

Je traverse le temps, en équilibre sur un cordage lustré par les ans, habité par de petits noeuds séchés, animé par des joutes intérieures. Il est temps de le détendre, de s'allonger confiant sur ce filin de sagesse, aggloméré de vie. Laissons-lui les clés, il sait, il saura. Maître de l'équilibre, il veille sur mon repos.
Douce satisfaction, je sais l'avoir tressé moi-même, en avoir gagné des mains calleuses et des ampoules douloureuses, des joies passagères et des éclairs d'éternité. Tout s'est fondu et confondu pour faire cette couche fragile et certaine à la fois, précaire et solide, tranquille.

Funambule abandonné volontaire, je voyage les yeux fermés vers des couches lumineuses sans confort. C'est bon. J'ai noué mon hamac à la simplicité sans fuir les tempêtes. Expression de vie, elles saleront le vent pour animer le coeur du soldat qui sommeille. Debout couché, à l'affût détendu et vieux chêne plein de sève, je prône l'abandon éveillé. Observateur d'une détente méritée, j'aspire à la lenteur du pèlerin au long cours.

Que demain se tricote à l'écart des horloges, au bout de chaque maille, un point à l'envers et un point à l'endroit, le point suivant comme modeste objectif. Pas plus. Aspiration raisonnée de l'humble confetti d'un univers sans fin. Une touche de plus, discrète, douce et colorée.

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26 février 2018

Le temps du cadeau

26 février 2018 (2)

Sur le chemin du néant, c'est le temps du repos. Sans le chercher. Se poser. Se reposer. Ne rien attendre. Vivre. Douce gracieuseté, c'est l'heure du ballon de baudruche soufflé par le hasard. Plus de fil qui le guiderait, le contraindrait. Le ballon s'envole et se détend. L'espace est tout à lui. Les frontières de la physique ont sauté. C'est l'antichambre récompense, le sas de plénitude. Aux yeux des agités, ce temps semble vide. Et pourtant. Il est compact, plein, puissant. Il suffit juste de le poser comme un souffle d'air pose un pétale évadé sur la balustrade d'une terrasse.
Ne plus courir enfin. Même après le bonheur.
Car...

Courir après le bonheur pour ne pas courir après l'argent ou la réussite sociale, cela reste courir. Même courir après le non-courir, c'est courir.
On a voulu changer le monde, se démarquer, fuir les conformismes et la société qui nous aspirait. Et on a choisi d'autres buts. On les croyait plus nobles, décalés, modernes. On leur a donné des noms et des vertus valorisantes. On prônait l'humanisme, les valeurs avec des guillemets, la générosité et l'accomplissement. On a changé les objectifs quand il nous aurait fallu changer les outils.
Les injonctions au bonheur ou à l'Être, au dépassement et au bien-être restent des injonctions. Immatérielles certes mais une forme de pression sur soi qui n'offre pas le relâchement. Attention ! N'en profitons pas pour courir après le relâchement, nous aurions perdu d'avance.

Ne rien faire sans chercher à ne rien faire est l'ajustement le plus fin et le plus efficace qu'il nous reste.
Suspendu au temps, à sa merci, dans son cocon, on goûte la confiance qu'on donne à la vie. Rien n'est écrit. Tout s'écrit.

Léger comme une plume, on s'affale dans une piscine de balles colorées. En sécurité. Laisser le corps, souple, prendre la vague, l'épouser. Ne plus se battre ni se débattre. Faire virgule de tout. L'instant porte vers l'instant suivant. N'avoir rien à léguer, rien à laisser, rien à marquer. Libre de se laisser aller. Ne plus chercher l'adrénaline et ne plus s'exciter. Seulement goûter la pâtisserie de la vie qui vient rappeler qu'on est en vie. Parfois sentir un parfum d'enfance et s'y abandonner sans nostalgie, par accord avec le cadeau, avec le présent.

Puis regarder vers demain sans dessiner demain d'avance. Poser le pas qui va. Puis poser l'autre. S'apaiser le corps. S'apaiser sans nommer le verbe. C'est. C'est tout. Ne quitter le silence que pour dire le silence.

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