Singulier Pluriel

17 février 2017

Se poser

03 février 2017 (48)

Il est sage de savoir rendre les armes à temps. Se plier au verdict avant le K.O. Lâcher l'affaire. Abdiquer.
Les coeurs-gros-comme-ça se fixent des missions aux immenses dimensions et s'inventent des combats toujours plus difficiles. Équipés de courage, de volonté et d'une persévérance hors du commun, ils s'habituent à grimper sur l'échelle, toujours plus haut, et s'aveuglent eux-mêmes de leur réussite. Alors, ils ne voient pas le mur ou le vide ou l'épuisement qui sourdaient pourtant depuis longtemps. Tout puissants sur eux, invincibles face aux épreuves, ils y ont cru, y ont fait croire les autres et leur ont fait de l'ombre par la même occasion. Mais, souterrainement, la corde se rongeait. Quelques esprits éclairés, avec des vies d'avance, les alertaient. En plus d'aveugles, ils étaient sourds, et sûrs de leur fait. Messies nouveaux, on leur avait assigné un rôle à la hauteur, croyaient-ils, de leurs ambitions et de leurs moyens. Convaincants de tant de certitudes, ils excellaient dans l'art de l'argumentation solide. Ils finissaient par se croire sur un autre plan que le commun des mortels, et le commun des mortels le croyait lui aussi.

Puis, Patatras ! L'élastique, la corde, le câble et les certitudes s'explosent d'un coup, d'un seul, dans la seconde. Sans plus piliers, le plongeon fait son oeuvre longtemps, sans ressources et les quelques agitations des membres n'ont aucun effet. Tant que le fond des abîmes n'est pas atteint, la chute s'accélére. Des décennies d'opinions, de certitudes, d'apprentissage et de construction se réduisent à néant. On change de langue et on n'a plus les mots. Un autre métier est à apprendre au niveau débutant.

Alors seulement, les doux coeurs qui protégeaient la chute se transforment en vents favorables pour remonter la pente. Autrement. Forcément autrement. Il aura fallu le chaos aux coeurs vaillants pour s'assagir. Passage obligé. Sans lui, salutaire disjoncteur, ils auraient grimpé jusqu'au faîte de l'arbre et la dernière brindille, si fragile et livrée à tous les vents aurait fini par les envoyer s'écrabouiller au sol, une bonne fois pour toutes.
Le corps le leur avait dit, et souvent : Ralentis. Les amis aussi. Mais la construction génétique et éducative, ainsi que les tuteurs créés par le temps, par nécessité, s'étaient enkystés en eux. Ils faisaient avec, certains que c'était leur propre chemin. L'orgueil, le même dénoncé chez les autres, n'était qu'orgueil, comme chez les autres. Il fallait que cela soit pour enfin être. Être sans plus. Sans plus extravagantes ambitions et inutiles souffrances.

Alors, ils se regardent, un temps, lâcher prise, font comme si, puis "lâchent faire". Tout est pour le mieux. Sans plus combattre, sans s'user la corde et la santé.
Ils prennent leur retraite des engagements terrestres. Ils demandent pardon aux lanceurs d'alerte. Ils rangent les couteaux et se rangent des sarbacanes. Ils recouvrent la vue pour découvrir la vie. Pour eux et pour les autres. Apaisés et confiants.
Avant de se re-poser (en paix) il convient de se poser (en vrai).

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12 février 2017

En pente douce

01 décembre 2016 (3)

Les jonquilles ont flanché à leur heure. Tige courbée mais pétales encore lumineux, coeur gonflé d'une riche saison, feuilles encore vertes d'énergie sous le pied. Le temps venu, il fallait que cela fut. Leur mission en fin de course, elles offriront de l'ombre aux nécessiteux, aussi généreusement qu'elles élevaient les pousses de curieux.

C'est l'automne, en pente douce dès l'été, accompagné plutôt que réprimé. La fougue et l'ambition d'idéaux supérieurs se rangent des bécanes et des arrosoirs. Les couchers de soleil n'ont rien à envier aux levers. Ils s'estompent, riches de zénith absorbé, goûté, intégré, suc et carburant nécessaires au repli.

Les fleurs feront humus, terreau d'autres belles racines aux printemps prometteurs. C'est leur rôle. A chaque bulbe, son heure. Et tournent les pendules, sans regrets. La faucheuse est bredouille si nos tiges s'allongent, gisants en bout de course, témoin passé, en douceur, au bout du bout du bout sans luttes inutiles.

Les années se comptent plus longtemps sans carnage. Sereine évolution, tranquille régression et sage passage. Les fanés lucides, souples et accommodants ont de beaux restes et de beaux crépuscules. Les impétueux résistants et les narcisses trompeteurs n'ont que leçons à prendre. Qu'ils les prennent !

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29 janvier 2017

Le temps paît

03 janvier 2016

Le temps s'étire pour occuper l'espace. Et l'ennui déplie le ressort de ses lettres sans aspérités pour faire comme si. Faut bien combler le vide de peur d'entendre l'écho des mornes vies résonner dans les consciences ! Par le dos de la cuillère, on étale la purée pour en remplir l'assiette puisque le sublime n'est pas au rendez-vous. On glose sans conviction sur si peu de vie et on positive en trouvant riches même les plus minables des instants. Mais là aussi, les discrets taisent leurs exploits quand les fanfarons s'inventent des guerres. Après c'est comme avant, les projecteurs aiment à se sentir utiles et les flonflons occupent le silence.

Le temps se tire sans demander son reste. On aurait bien aimé lui construire un palais, des encyclopédies et de l'humanité. Mais il préfère la roue des hamsters serviles et obéissants. Le temps n'aime que les fêtes sonores, visibles et répétitives. Le divin lui échappe. Larbin d'un public majoritaire, il sert la soupe aux conformistes et au groupe, à la vase et au pluriel qui suit les rails. Le temps obéit et ordonne en même temps.

Le temps n'existe pas. Alors, il s'invente. Il se saucissonne, en saisons, en rituels, en séquences sans surprise. Il rythme le néant et la vacuité lui répond. La fosse fait semblant et la foule cortège. Le déserteur devient la cible du mouvement bien huilé des bataillons conciliants. On canarde les pigeons pour rester dans l'espèce, et l'anachorète tombe, toujours. Seul et pacifiste, il s'écroule sous les coups que personne n'a tiré puisque tout le monde l'a fait. Le rang, Monsieur, le rang, y'a que ça de vrai !

Et le temps passe sans que rien ne se passe. On dégomme les astres lumineux qui pourraient déranger l'horlogerie éternelle. La masse dicte sa loi et bat la mesure. Le temps passe et paissent les moutons. Le temps paît et passent les moutons.

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24 janvier 2017

Suite

20 janvier 2016 (22)

Sec et droit
Blanc fier son riche car verte humeur simple tweet dense
Heure et jour
Plasma équivoque soirée fertile mots clerc doux suite sainte blés train
Manger et boire
Certain plus kyrielle instant flèche école cuistre étourdi terrible
Rêve et sommeil
Vigne longe vermicelle stade crèche mixture fumigène jeu toundra planche
Temps et statut
Gomme fluide terme arythmie fruit graal moulin bromure succulent grincheux
Air et âge
Wagon traîneau servitude question plume urticaire ambition huis mercerie
Plage et bleue
Xylophone cuve reste litige espace sourire respiration glauque certain
Droite et frêle
Eglise vallon perdition basse-cour plat sociétal stupide souricière avent
Sérieux et handicap
Blouse quête mulet louveteau kilogramme gratitude branchage mélasse steppe

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22 janvier 2017

Comme un gâchis

Le temps n'existant pas, le mouvement se suspend. L'ombre caresse les envies et les aplatit. L'hiver dans l'antre de chacun, plombe. C'est l'attente. L'heure des dos courbés et des nostalgies amères. Au creux des reins se font sentir les ans et on s'étonne d'avoir tenu tant. De rires en larmes et de cascades en lunes de miel, nous étions les mêmes, à suivre un destin tortueux qui ne se vit pas, qui se voit seulement dans la mémoire d'un rétroviseur forcément personnel.
La vieillesse de l'année fera long feu aux matins lumineux. N'empêche. Elle attendra son heure pour rôder de nouveau autour des humeurs et des états d'âmes. Elle sait qu'elle gagnera le combat un jour, plutôt de nuit. Cet instant où l'esprit fera mine d'avoir vécu, qu'il proférera des paroles optimistes, qu'il saura les dernières, juste pour faire bien, pour léguer la flammèche aux suivants. Mais il gardera pour lui l'idée que c'était si peu, si fade, si éphémère et si superficiel. Il saura taire la tristesse d'avoir vu les jours de joie s'assombrir à chaque fois, se voiler, s'embuer et pourrir le socle du vouloir. Il emportera la certitude que finalement, c'est pas assez tout ce cirque. C'est pas assez. Il ne l'imputera ni à un dieu illusoire, ni à une fatalité supérieure, il saura que si ce Tout est si peu , que si la perfusion invisible de rêves-goutte-à-goutte n'explose jamais à la gueule des peuples, c'est qu'au fond des tripes de l'immense majorité il n'y a que des organes ramollis, rabougris, poltrons et usés de naissance. Ceux pour qui l'illusion fera l'affaire. Il leur suffira de faire semblant de vivre, persuadés que vivre, c'est faire semblant de vivre.
Quelques exceptions, las de trop secouer le cocotier stérile partiront un goût amer entre langue et palais, mais les couilles en bandoulière, au cas où, dans un au-delà auquel ils ne croient pas, un combat supérieur serait à mener, un combat à la hauteur de la gnaque qui les habitait depuis toujours et qu'ils n'ont pu exploiter qu'à petites doses tant la masse des suiveurs, des lourdeaux, des bien-assis et des pleutres tiraient vers le bas, sans même le savoir.
Il est comme un gâchis qui gâche l'heure avant l'heure.

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19 janvier 2017

Hé toi le filant...

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Hé toi le filant t'es tu amandé de tes heures errées, erreurs passées ? A fuir ce devenir qui te colle aux trousses, tu tricotes un présent inutile et patauge sur un temps qui flaque de boue. C'est la peur qui te fait faire de grandes enjambées en l'air, pas le regard en arrière. C'est la peur de devoir soulever l'haltère sans entrainement. Responsable de ton irresponsabilité, tu cours pour voir le paysage défiler, croyant que les vaches ne voient pas ton entrain lâche. Mais ce n'est que le train qui file, pas toi.
Descends. Pose tes enclumes. Bouffe de la prairie. Demain n'est qu'un hier qui prend forme. Tu n'as le choix que du non-choix. Alors, choisis. Deviens spectateur de ton cheminement inconstant, empêche-le de te servir de moteur. Plonge dans l'herbe, roule dans le pré, goûte tes éraflures et tes genoux râpés.
Tu as déconné et fui ton gendarme. Tu cours encore et les képis grossissent. Ils t'ont investi. Tu es aveuglé par le projecteur de ton propre regard.

C'est simple. Avoue. D'un coup. D'un seul. Comme un couperet salvateur, la lame remontera le long de son support par attraction céleste. Avoue. D'un coup. D'un seul. Avoue que ta fuite était paresse, que ton non-choisir choisissait et que ton immobilisme prenait les jambes à son coup, douloureux lapsus, pour rester sur place, de Grève, à tourner en rond attendant qu'on te pousse pendant ta course folle sous l'échafaud impatient. Tu fais des ronds dont l'onde te fait écho dans la douleur à chaque battement d'un coeur essoufflé de bouger sans se mouvoir.
Comme l'oeil sans relâche poursuivait notre aïeul, tu n'en sortiras qu'en baissant la garde, qu'en expiant le passé, qu'en regardant le soleil en face. Il te rendra la vue des champs et des marguerites, des blés et des bergères, des comptines légères, des parfums de lavande et des enfants qui ne souffrent pas de tes écorchures.
Change de rail, ça fleure bon la Suisse, les alpages au soleil et les bains de cascades. Pose le fardeau de ferraille, de rouille et de perfidies, de fidélités inutiles et manipulatrices. Laisse aux autres le soin d'expier leur propre passé, sale. Tu n'es pas leur porteur même s'ils te croient leur portier.
Vis.

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17 janvier 2017

Leçon de choses

07 janvier 2016 (25)

Les sarments qui brûlent crépitent comme des eaux qui craquent liquide. Les soleils noirs d'Hugo ont des joyeusetés fortes. La fin sent bon. Tirer le volet et sentir son grincement dans son corps rend la vie vivante, surtout celle qui s'en va. Au loin, des bruits de ville s'entretuent sans vainqueur. La campagne attend mon heure. La beauté du sordide sort des sables et l'objectif fait le point en automatique. C'est la vie qui prend corps sans le ranimer. L'essentiel a des parfums de nuits qui ont de l'épaisseur. Les discours des terrasses d'été, chandail sur les genoux, parlent vrai par des visages voilés. 
J'ai marché sur une brindille, en ville. Et un camion a roulé sur ma mémoire, un membre végétal s'est divisé en deux pour se multiplier, en deux. L'arithmétique a des mystères que la nature éclaire. L'enfant de là-bas joue pour les autres des refrains sans vagues depuis toujours. L'humus veille, couve, étouffe et garde au chaud des désirs de conquête. L'étoile est toujours lointaine. Au fond des cœurs battants, des retenues punissent.
L'automne n'est qu'un hiver qui bruisse, il bouge encore un peu. Ses lendemains fleurissent déjà les tombes de corps raidis du froid des ans. Et le monde fait semblant. Il fait semblant de croire qu'il a quelque pouvoir sur l'éternel bouillon. Il réchauffe ce présent, rêvant d'ailleurs, rêvant d'amour, recouvrant l'historiette d'hier d'un manteau réinventé pour un public complaisant.
L'ennui passe la vie comme d'autres passent plats ou murailles. Il fait son numéro et perd à tous les coups. Tous. Car la souffrance est essence au coeur des travailleurs du jour ou de la nuit, des arpailleurs du rien, pour rien.
De la cour au jardin, de temps à autre, fulminent un éclair, deux éclairs, une guirlande et la fête fait sa fête sur fond de décor figé, immuable, paresse. On souffle les bougies et les bougies s'éteignent. La vie n'est que fumée qui s'évapore. Plus légère que l'air, elle s'envole plutôt que s'écrabouiller, mais le résultat est pire. S'effilocher au lieu de s'éclater, n'a pas plus de mérite. Un écran rouge de sang peut être une œuvre d'art, dernier sursaut possible et dernière raison d'espérer. Quand, vieux drap gondolé qui finit en lambeaux, en étirements alanguis vous fait bâiller une foule en chorale mortuaire.
Le matin est tout là, en tapis rouge ou blanc suivant l'action du jour, paillettes ou élan. Mais il n'est que matin qui laissera sa place au zénith temporel et aux dos douloureux pour finir paillasse aux grincements de volets de bois mouillé. Trop tard.
Trop tard, toutes portes se ferment et l'illusion salue son public. Restera une venelle qu'il faudra bien viser pour sortir de ses tripes quelques mots alignés ou quelques gouaches explosées. Rien d'autre. Il vaudrait mieux contempler le cortège que d'en être, c'est une leçon de choses.

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04 janvier 2017

La pipe de Gustave

04 janvier 2017Il a posé sa pipe sur la table de chevet, s'assurant que plus aucune activité n'y bouillonnait. On aurait pu, plus tard, interpréter la situation nouvelle avec platitude. Alors qu'il tenait à laisser un message, certes codé, mais compréhensible aux plus perspicaces.
En la posant, il s'est d'abord demandé si c'en était une, et il a souri et souri de nouveau d'encore sourire malgré les circonstances. Il faillit la casser pour souffler un bon mot à l'infirmière du matin. Mais sa confiance dans l'esprit de la jeune femme étant limitée, il s'abstint.

Gustave avait fait le tour. Le tour de sa vie. Pensez ! A 101 ans, le cadran du siècle n'avait aucun secret pour lui. Et il avait, aussi, fait le Tour de France, le vrai. En vélo, aux tripes et aux boyaux enfilés en huit sur les épaules.
Pour le reste, il refusa même de faire l'effort de compter une dernière fois le nombre de ses enfants et de se remémorer leurs prénoms. Trop long. Pour rien. Plus rien ne l'intéressait. Plus de goût, plus de plaisir et les sens, sinon inexistants plutôt affaiblis. Il n'y avait encore que le grenier là-haut, la machine à comprenette qui sprintait sans cesse entre passé et présent. L'avenir ayant été délégué à quelques menottes soignantes et quelques esprits réconfortants.
Sauf là peut-être. Il préparait la découverte de son être inerte avec minutie et n'avait qu'un regret, c'était de ne pouvoir y assister.
Il aurait voulu être encore là demain pour se suivre de loin, enregistrer le manège des chambres qui se libèrent avec bonheur pour accueillir de nouveaux pensionnaires, le malheur des uns etc. etc. et cela lui faisait plutôt plaisir. Il aurait pu choisir qui dormirait dans son lit, qu'il ne s'en serait pas privé. Mais, on peut difficilement être acteur et spectateur surtout dans ces cas-là. Et le choix ne se présentait pas à lui. Dommage.


Gustave, las sans amertume, usé sans aigreur, avait pris sa décision. Il savait qu'à son âge le chagrin de ses proches aurait quelques ombres de soulagement et leur faire ce dernier cadeau le soulageait lui aussi. Et puis, conscient du chemin rectiligne qu'il avait suivi tout ce siècle durant, il n'avait aucun doute sur la qualité de l'éloge funèbre. Faut bien que ça serve, enfin, à quelque chose de se bien conduire ! A cela, pas plus. Car l'idée d'une demeure céleste aux fruits paradisiaques ne lui avait jamais traversé l'esprit. Une caisse, un trou et un festin pour les asticots était une perspective suffisante pour son grand âge et ce, depuis son plus jeune. Crédule de rien, il faisait de son mieux avec précaution pour son prochain depuis toujours et cela comblait sa conscience.


Ce soir-là, il avait décidé d'accélerer à l'approche de la ligne d'arrivée en un sprint final sans adversaires. Pour le fun, comme disent les plus verts. A sa décharge, on ajoutera qu'il avait, par négligence, laissé envahir son esprit par la guimauve télévisuelle d'une émission de divertissement qui, s'il avait eu l'esprit procédurier, aurait valu quelques compensations financières à sa descendance. Mais Gustave n'est pas homme à rendre les autres responsables de ses inconstances. Il retourna le problème et pensa bénéfique qu'une goutte d'eau mièvre et sirupeuse lui ait fait prendre le chemin d'une victoire décidée, dans les deux sens de l'adjectif.
Depuis longtemps déjà, les moindres détails étaient consignés à l'accueil et il ne se faisait, pour sa famille, aucun mouron, mot qui égaya de nouveau son visage s'il ne relevait dans la même fraction de seconde, l'arrangement avec l'orthographe qui lui permettait de le faire.


Boucle bouclée et grande la boucle, et belle la boucle ! Quel coquin ce Gustave ! Se payer le luxe de se programmer à ce point, sans regrets, sans artifices et sans l'aide d'aucune chimie, c'est la grande classe les amis. S'en aller debout quand on est couché, ce n'est pas à la portée de tout le monde.

Le lendemain, on m'appela au chevet de l'éteint. On refusa de me léguer son cerveau, qui j'en suis sûr bouillonnait encore. Alors je partis avec la pipe. Elle trône sur ma cheminée. Je suis sûr qu'elle pense, car parfois des volutes de fumée lui passent devant le foyer, semblant en sortir. Le plafond en devient plus intelligent. Ce qui ne lui fait aucun mal, même si, comme nous le savons, tous les plafonds devraient être dotés d'intelligence.

Salut Gustave ! Je te dédie toutes les pages 101 de tous les livres que j'ai déjà lus et de tous ceux que je lirai. Jusqu'à mes 101 ans, bien sûr. Au-delà, faudra pas trop compter sur moi. Je saurai reposer la pipe à l'endroit où je l'ai trouvée.

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03 janvier 2017

Sale temps

08 décembre 2016 (1)Le temps a passé composé et le compost se cache sous la neige encore fraîche. On tirera rideau au premier rayon de bourgeon.
Attendre. Attendre. Dos rond  et reins cassés. Cendres chaudes et tincelle chouchoutée.
Le temps présent s'emmitoufle futur dans l'esprit du possible infinitif.
Le conditionnel n'a pas lieu d'être. Ce qui sera, sera. Arrosons de vouloir sans trop d'impératif qui pourrait apeurer l'éclosion. Souffle doux pour temps long.
L'imparfait est légion et s'use au jour le jour. Son bois se mouille puis s'assèche et pourrit. Le temps lui fait un sort et l'oublie. Le recyclage n'est pas son fort. Il sent le rance et le sépia.
Un présent progressif et perfectible ferait à coup sûr l'affaire de chacun. Mais le pouvoir des saisons a raison des raisons. La roue finit par tourner sur elle-même. Le vent d'espoir s'essouffle.
La tempête, chant du cygne, dans un dernier sursaut, signe, à l'arrache, un paraphe qui griffe et la feuille et l'histoire.
Le temps n'a qu'un temps. Pis, un temps qui finit sale.

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01 janvier 2017

Je vous souhaite...

Même si l'année 2016 a passé son temps à vouloir me donner tort, et avec une force inimaginable qui m'a dépassé vraiment, je n'en démords pas. Je publie de nouveau ce billet, d'il y a un an, sans en changer un mot :

08 décembre 2016 (17)Je vous souhaite de l'intelligence.
Je n'ai pas trouvé mieux. Car il n'y a pas mieux.
J'ai exploré l'histoire et les tréfonds de l'âme, le sordide et le merveilleux, l'éthéré et le paléozoïque, et j'ai rendu mon âme à deux cerneaux de noix, bien nichés sous un crâne et qui sont tout mon moi.
Vous avez beau me dire qu'animal je suis, je n'en crois qu'un demi-mot. Vous pouvez me prouver que des tendons se bougent hors de ma volonté, je suis sourd à vos mots. J'ai épousé ma tête par tous les pores de peau et décidé tout seul de ce que feraient mes os. Je ne crois qu'au grand chef qui trône sous ma couronne, au phare vivace qui luit sous mon bonnet.
Que mes mains émettent du sensuel en caresses lascives, que ma peau en reçoive en exaltants retours, que mon coeur s'enchamade ou ma virilité s'étire, c'est ma tête qui fonctionne, état-major suprême.
Que les coups de tempêtes extérieures et d'ordures ennemies s'attaquent sauvagement à mon corps et mon âme, c'est à moi d'ordonner une réponse mesurée, juste et ajustée. C'est là-haut, au QG que je dois décider.
Que les aiguilles du temps qui passe, piquent un peu plus chaque jour, qu'elles courbent mon échine et ramollissent mes mollets, je n'en décide pas moins, d'en prendre la conscience, d'accepter la sentence et d'en ralentir les effets.

Vous pourriez m'objecter qu'on ne maîtrise pas tout, et, qu'il est bien présomptueux de s'octroyer ce pouvoir sur toute chose. C'est une vision qui se croit humble, mais qui est fataliste. Ce n'est pas qu'on soit frappé de sur-puissance folle, mais qu'on se donne la liberté de choisir à chaque instant, quelle que soit la situation qui se présente à soi. La liberté du choix, c'est la liberté.
Ce serait pure folie de croire freiner les cyclones par un coup de menton du cerveau. Mais, les tempêtes intérieures ont des soucis à se faire si tout en haut du mât, un vaillant capitaine rationalise ses choix.
Car s'il est de bon ton d'affirmer qu'émotions et irrationnel nous guident tout autant que la pensée, il n'en est pas moins vrai, que la réflexion du grenier permet de gouverner. Et c'est bien mieux comme ça.
Et si, à court de pouvoir, on se trouve dans l'impasse, que toutes les clés sont inopérantes, il restera le choix d'avoir l'intelligence d'aller en chercher d'autres, se donner les moyens d'acquérir compétences, ou demander de l'aide au voisin mieux outillé.

Je nous souhaite de l'intelligence. Et je ne la qualifie pas. Trop de petits malins ont voulu la saucissonner pour la vendre en morceaux. C'est de la technique de vente. Aux moins analytiques, on a vendu l'émotionnelle. Rassurés sur eux-mêmes, ils ont sorti la carte bleue. Aux plus logiques, on a collé des barèmes. Pour les plus idiots, on a changé les normes. On l'attribue au coeur, au ventre, aux mains, aux pieds. Ainsi, chacun partant rassuré, on n'aurait plus besoin de travailler la noix au moulin de la réflexion. L'huile qui en sortirait serait à l'aune de son pressage.

A ceux qui ont voulu ranger l'intuition dans la vulgaire caisse à outils du ressenti et du viscéral, j'ai le regret de répondre qu'ils ne s'en sortiront pas avec de l'inné pour élu ou un message divin tout droit tombé du ciel. L'intuition est toute autre. Elle a cette faculté d'amalgamer en un éclair mille messages préalablement intégrés. Elle relève donc de l'intelligence qui permet de mobiliser mémoire, savoir, culture, ressources et vision. Alors seulement, surgit la pensée juste guidant l'action juste. Sans le long travail antérieur, pas d'intuition qui vaille.

Je vous souhaite de la réflexion permanente, donc de l'intelligence. Laissez reposer vos cerneaux et c'est tout votre être qui va s'assécher. Abandonnez les paillettes aux amateurs de vent, ballottés de trop de légèreté. Et, labourez avec méthode et persévérance. Le sillon droit du laboureur vaillant fait les vies dignes, généreusement.
Je vous souhaite de l'intelligence.

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