Singulier Pluriel

22 juin 2017

La Sainte-Victoire

11 juin 2017 (9)

Qu'il est long ce chemin, et tortueux aussi, celui qui mène à ce répit, ce repos. Après avoir posé sa pioche et sa truelle, satisfaits du mur monté, du terrain labouré, on a construit sa Montagne Sainte-Victoire, celle qui nous permettra d'avoir son essentiel, solide, prétendument acquis. Un socle qu'on aura édifié d'un béton de labeur, d'erreurs et de réussites, une structure qui sera sa propre oeuvre, celle qui sied à son artisan, son artiste.

On ouvrira les volets un matin d'été et sa Sainte-Victoire apparaîtra comme une certitude, une évidence. C'est le premier jour d'une liberté assurée, d'une histoire assumée. Ce moment où on ne cherche plus qu'à la protéger, la préserver plutôt qu'à la construire ou la conquérir. On va pouvoir, modeste jardinier, y planter des fleurs. Fleurs qui ne seront plus que cerise sur le gâteau du massif, un cadeau supplémentaire, agréable, vivifiant sans être indispensable. L'essentiel est acquis. L'essentiel est ici.
Habiter la Montagne Sainte-Victoire et regarder passer les autoroutes sans se mêler aux flux des automobiles, c'est goûter l'heure de la maturité et du travail accompli. Une montagne solide, rassurante, immuable, terreau de tout le reste et, pour reprendre un terme dans l'air du temps, s'en faire une base permettant de "transférer la charge mentale" ailleurs.

Chacun forgera sa Sainte-Victoire du matériau qui lui convient. Pour ma part, l'alliage de la santé, de l'amour et d'une certaine tranquillité matérielle, fait bien l'affaire de cette ambition. La santé, vitrine de la vie, moteur du corps et de l'esprit, fruit d'un passé maîtrisé, l'amour parce que sans amour on n'est rien du tout, et ce minimum de confort nécessaire à son vécu et à sa culture en rapport avec son environnement et son histoire. (Le confort inutile ou luxueux éloignerait de l'essentiel et créerait du factice et de l'incertitude, la peur de manquer et donc de l'inconfort). Cette tranquillité sera le résultat de l'arbitrage final entre la liberté et la sécurité, éternel dilemme, quand on aura trouvé le bon dosage et la bonne frontière entre besoin et envie.

Mais la vie est une région sismique et rien n'est jamais acquis. Certes. Cependant, l'éventualité d'un séisme ne doit pas nous empêcher de nous mettre à l'abri des micro-secousses du quotidien. L'essentiel trône sous soi désormais. On peut vivre heureux dans une région sismique.

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19 juin 2017

Il restera les livres

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. Il avait cet air habité qu'ont ceux qui ont lu Tolstoï. Sa démarche et son regard étaient parallèles, ils ne se croisaient pas. Quand certains vivent dans des bibliothèques, d'autres sont habités par elles. C'était son cas. On se serait promenés dans les couloirs de sa mémoire comme dans un lieu lumineux et poussiéreux à la fois à la recherche de pépites surprenantes dont on pourrait jurer que leur découverte était un signe de l'au-delà, un pousse-destin qu'il fallait saisir, pétrir, digérer et restituer au prochain visiteur. Quoi qu'il advienne de son enveloppe, il restera les livres.

. A la fin des fins, les yeux éteints, il nous restera les livres. Même si par malheur on venait à les brûler, il nous resterait les livres. Imprimés ou pas, de papier ou de rocaille, d'encre ou de codes numériques, ils seront humus et mercure, solides et voyageurs, personnels et universels.

. Michel de Montaigne et François Cavanna trinquent à leurs terrestres succès dans une taverne sans époque. Ils savent qu'ils ont semé des mots qui nous montrent le chemin. Laboureurs de champs qu'ils n'ont pas choisis, missionnaires involontaires de sens et d'intelligence, ils se fichent de leur gloire. Il nous reste leurs livres.

. Quand seront envolés nos derniers neurones, sur nos veines gonflées comme des fleuves en crue, il restera nos livres. En suivant les cours d'eau on lira l'essentiel. Les rides et les tâches brunies sauront dire nos livres. Le corps enregistreur gardera l'empreinte des milliers de kilomètres avalés par nos yeux.

. J'ai rencontré Prévert sur l'île de la Cité, un soir de vague à l'âme. Il était mort depuis longtemps. Ma parole, quelle histoire ! J'ai repris un verre d'un poème liquide et tout se vivifiait tout en s'évanouissant. Il me resta ses livres.

. Un collectionneur d'incipit, sur les pavés du vieux Périgueux, voulait m'en vendre deux. Épicier sans scrupules, il en pris deux en retour, leçon du respect qu'on doit aux mots alignés avec labeur. Exit l'opportun, il me reste les livres.

. Zweig est en vacances. Au Brésil, me dit-on. Définitivement. Fort heureusement pour nous, il nous reste ses livres. Rimbaud a dix-sept ans, depuis longtemps déjà. Bouffé par l'Afrique il s'est couché dans le Vieux-Port. Il nous reste les livres.

. Dans la mémoire de nos gestes des savoirs, en puzzle de mots, retrouvent leur chemin et guident nos démarches. Qu'on le veuille ou non, il nous reste les livres. Alzheimer fait son oeuvre mais nous restent les livres, du moins l'espérons-nous.

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16 juin 2017

Vivre sa vie "hors-saison"

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Le détachement est une forme d'engagement. Prendre ses distances avec les mouvements de la cité a quelque chose de sacerdotal. C'est comme la mission de n'avoir plus de mission, le désengagement comme forme suprême, aboutie, de l'engagement humain.

Être utile, amplement utile sans plus être dans les affaires, influer sans bouger, distiller des ondes sans sortir de sa tanière. Se voir hors-saison dans le temps et hors-saison dans l'espace. Qu'il est doux le dessein d'être ailleurs, loin des modes et des projecteurs, du cambouis et du prosaïque ! D'autres se chargent du pratique et du terrestre, c'est leur heure. La nôtre est passée, bien ou mal peu importe, elle est passée et nos volontés ont d'autres ambitions à chatouiller, plus célestes et pourtant ancrées ici-bas.

Encore une fois, il convient de faire la différence entre la vie et la société. La première est souvent victime de la seconde, carcan et ramassis de croyances et de barrières. Déployer ses ailes hors système est un exercice périlleux, pénible et on n'y parvient jamais complètement. Les droits sont les tordus d'un monde tordu. La plupart se satisfont de la norme et se conforment aux règles, ils passent leur vie sur le tapis roulant sans effort et sans pouvoir sur sa destination. D'autres passent leur vie à dessiner des bifurcations, les unes après les autres. Et certains finissent par trouver la troisième voie, celle qui tient compte de l'environnement et de leurs desseins. Ils peuvent désormais peindre leurs rêves au milieu du chaos, filer en godille dans les embouteillages, s'éloigner en restant sur place, s'inventer la campagne à la ville et plus la ville à la campagne. Ils ont créé les conditions de leur liberté.
On ne marche pas pieds nus au milieu d'un peuple chaussé. On ne survit pas en se coupant totalement de ses gènes et de sa culture. Mais on y gagne à toujours les remettre en question. La bonne dose est source de sagesse, on préférera les roseaux aux sécateurs.
L'observateur détaché a des mouvements invisibles à l'oeil nu. Il semble statique et son expérience vous crée des tempêtes dans les neurones par une profondeur de regard. Contrairement à l'idée reçue affirmant qu'on ne sait jamais, il sait sans savoir qu'il sait, c'est sa force. Il abreuve, il distribue, il déverse, il arrose. Sa bienveillance n'est pas suspecte, elle est. La preuve, elle ne s'habille pas, ne se déguise pas, ne se met pas en scène. Au contraire, elle prend parfois la forme d'une rudesse destinée à vous caresser d'espoir et de vérité.

Vivre sa vie hors-saison, c'est tout donner sans compter, tout recevoir sans attendre, c'est caresser le quotidien de quelque horizon prometteur. C'est aussi servir de terreau à ceux qui viendront planter leur vieillesse dans vos pas et reprendront le flambeau de la transmission indicible. Décalés depuis toujours et pour toujours, les "hors-saison" sont le mur de l'Histoire et le tapis de l'avenir.

Profession ? Hors-saison.

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10 juin 2017

Le matelas de la mélancolie

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Qu'il est bon quelques fois, pas trop souvent, de poser son esprit sur le matelas de la mélancolie, retrouver ses madeleines sans nostalgie, ressentir son enfance sans regrets ! Relâcher ses tendons, abandonner ses organes et aspirer les pensées pour donner rendez-vous au cocon de sa boîte à souvenirs, amicale compagne d'un chemin d'avenir.

Couché sur le passé et les jambes impatientes, on se laisse porter à trois mètres du sol par un TGV champêtre aux vapeurs de lilas. Douce et joyeuse mélancolie qui n'oublie pas le réel et n'hypothèque pas l'instant, elle fluidifie le tout, torrent de printemps quittant les sommets pour nous guider vers la mer sur une musique d'eau caressant les cailloux de ses muscles translucides, élancés, tendus et vigoureux. Enveloppe diaphane consolidant le vécu, elle est tout à la fois filet et marche-pied. 

L'imprimante en 3D se nourrit de l'odeur de paille enregistrée depuis des décennies et le parfum de la maîtresse de CE2 s'invite sans qu'on sache pourquoi à la lecture d'un relevé de carrière. On en mesure sur l'épiderme la valeur de l'historique sans sombrer dans un passéisme plombant. La communale et les genoux écorchés n'entament pas le moral en comptant les années. Ils sauvent de l'oubli des tuteurs familiers qui construisent et accompagnent en cachette, derrière le rideau. Nous sommes immenses claviers aux multiples boutons qui déclenchent des souvenirs, des relents, des émotions que notre esprit vivant et discret se plaît à titiller. Nous en serons virtuoses compositeurs d'un présent déjà futur et compost sain pour nos petits-enfants. Sentir, ressentir et ne pas regretter. Regarder devant avec ses forces passées. Se servir de l'odeur du chocolat chaud du nom de Van Houten pour créer de nouveaux breuvages tout aussi puissants.

Mélancolique état qui pose des mots comme ça, pour rien, pour dire la joie, pour lire demain.

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03 juin 2017

Entre passion et addiction

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C'est quand, rentrant chez lui, il alla vérifier si le marque-page de son livre en cours avait avancé pendant son absence que lui vint à l'esprit la question de l'addiction.
Addict à la lecture, il y a pire mais addict quand même. Était-il sur le point de devenir fou ? Alors il se mit à analyser la situation. Il détermina la date initiale de cette boulimie de lecture, il fit des statistiques, en nombre de livres, en nombre de pages, en nombre d'heures. La réponse apparut, limpide, évidente.

Depuis six mois, il avait multiplié son activité de lecteur par dix. Et lui qui se refusait à emprunter des livres à la bibliothèque de peur qu'ils n'aient voyagé dans des mains de fumeurs et y aient gardé quelque odeur de tabac, il avait par la même occasion fait exploser son budget culture. Heureusement, quelques amis sûrs l'alimentaient par ailleurs.
Six mois, c'était aussi le moment ou une autre addiction avait pris fin, violemment. La course à pied qu'il pratiquait depuis une quinzaine d'années avait sifflé la fin du match au lendemain d'un marathon aux allures de chemin de croix. Le corps exsangue avait encore parlé à l'esprit qui se vit obligé de reconnaître, cette fois-ci, que les limites étaient atteintes. Courir quatre fois par semaine après des performances et des tableaux de résultats en tirant sur la corde des ressources et restant sourd aux alertes physiques et morales, devait bien finir par avoir des conséquences. Et elles furent sérieuses. Alors la force des choses et la nature décidèrent d'un sevrage forcé. Sale période où la dose d'endorphines manquait, où le corps, pourtant atone, avait des tremblements de volonté et aucun moyen d'agir. En bout de course, tout s'arrêta.

Entre passion et addiction, la rime trompe. Car il n'y a pas qu'une histoire de curseur qui fait basculer, il y a surtout un état d'esprit. Victime ou acteur ou acteur puis victime, les frontières sont poreuses. Et nul ne saurait avoir la certitude absolue d'être du bon côté. L'ivrogne avoue rarement son état et le sentiment de maîtrise et de sur-puissance accompagne l'aveuglement.
Quelques positivistes pourraient arguer qu'être drogué à l'amour, au sport ou à la lecture ce n'est pas si grave, que les profiteroles, le gros rouge ou le cannabis font bien d'autres dégâts. Certes. Il n'empêche qu'une dépendance reste une dépendance et que dans tous les cas on finit par pousser le bouchon trop loin. D'autres, plus fatalistes, citant l'ami Sétois nous chanteraient "qu'on se pende ici, qu'on se pende ailleurs, s'il faut se pendre". Enfin, comme certains collectionnent les passions les enfilant les unes après les autres après en avoir extrait tout le suc et que l'ennui pointe, on pourrait accepter de se faire succéder les addictions ad vitam aeternam, la suivante guérissant de la précédente, et vogue la galère. Mais cette fuite en avant oublierait de nous dire qu'on comble toujours un manque plus profond, plus structurel. On compense par passion ou par destruction une interrogation fondamentale cachée quelque part dans les tréfonds de l'enfance et qui ne montre son bout du nez qu'après un travail d'excavation long et harassant. Et il serait plus sain de s'atteler à celui-ci plutôt qu'à lui construire des écrans de fumée fussent-ils colorés.

Le marque-page n'avait pas bougé pendant son absence. Il était accro à ses lectures, mais pas encore fou.

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28 mai 2017

En silence

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Ils sont positifs sans avoir besoin de clamer partout qu'ils sont positifs. Ils sont optimistes sans se croire obligés de convaincre les pessimistes. Ils ont compris avant d'autres qu'on ne change pas le monde en voulant changer le monde.
Ils cheminent à leur rythme et se font les muscles, ceux qui leur serviront à tendre une main secourable si besoin, en catimini ne laissant entrevoir que le bout de leurs doigts. Ils passent au milieu de tous les milieux sans baisser la tête et sans bomber le torse. En confiance.
Ils abreuvent leur prochain d'un geste anodin, d'une démarche souple, d'un pas sûr et léger. Ils ont rangé l'opinion des autres dans les cendres d'un feu de joie. Alors, leur vie s'élève.
Ils regardent demain comme un présent prometteur et se coupent des liens qui plombent les chaussures. Ils savent l'hypothétique et le temporel. Ils savent l'inéluctable et le dérisoire. Ils montent pourtant les briques par petites touches quotidiennes aux couleurs vives et discrètes à la fois.
Ils rayonnent d'un mot, d'une attention, d'un évitement. Ils fuient les complots, les conflits et les compétitions. Ils travaillent en silence sans travailler vraiment. Ils glissent parmi nous sur un plan différent. Leur esprit est plus vif, leur dessein est plus grand. Toujours par la tangeante, ils s'en vont vers le but et inventent la roue pour aller intelligemment.
Seuls leurs pairs les débusquent derrière leur humilité. Ils ne se liguent pas, ils ne se disent rien et fuient les corporations. Ils prennent d'autres chemins dès que le nouveau est emprunté. Pourquoi feraient-ils ce que quelqu'un d'autre peut faire ? Ils se donnent des ambitions sans claironner. En silence.
Ils cherchent, trouvent, rebondissent, recherchent, retrouvent et bondissent. Le coeur est sous le manteau, il bat droit et juste et ne se montre pas. Leur sourire est de joie et de délicatesse, sans ostentation. Ils font ce qu'ils sont. Ils font parce qu'ils sont. Ils sont parce qu'ils se sont faits.
Ils n'épousent pas de causes et fuient les dogmes, ils se disent grain de sable, colibri pompier et grain de sel sublimant. Pas plus.
Héros anti-héros, ils se croient ordinaires quand ils ont l'extraordinaire de la simplicité, riche de savoir, de puissance et de saine attitude.
Quand s'unissent l'amour et l'intelligence, se forment les plus belles des icônes, les humbles anonymes.

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19 mai 2017

Justice solaire

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Le soleil se lève aussi sur les esprits étroits. La nature a ses lois qui troublent nos jugements. Elle fait fi du mérite, elle offre sans tri, elle déverse sans compter. Justice solaire ou puérilité coupable, qu'importe, ce pouvoir est ailleurs, il échappe à nos sens et a un sens qui nous échappe.
Soit. Acceptons la sentence. Le soleil est à chacun, il bronze les tordus comme les saints, il éclaire les fripouilles autant que les coeurs purs.

Alors à quoi servirait de se bien conduire, de tendre une main secourable, d'aimer son prochain ? A le faire, tout simplement. Sans recherche d'avantage, sans attente de récompense. Même la satisfaction serait signe d'orgueil. Donner, offrir et recevoir les mêmes rayons que les assassins de l'humain, que les fauteurs de trouble, que les vicieux avides. Prendre la bonne position, sentir son corps à sa place, ouvrir sa main et laisser couler l'eau pour abreuver son voisin fut-il de la confrérie des esprits tordus. Ne pas chercher à savoir. Faire, point.

Les balourds font bien l'amour après tout, même mal. Leur part de bonheur est acquise sans délicatesse et sans altruisme. C'est ainsi. Aussi injuste que cela puisse paraître.
Les bas-de-plafond ont moins de prise au vent, ils cheminent sans savoir que d'autres compensent leurs méfaits, qu'ils leur déroulent aussi des tapis rouges quoi qu'il en soit, qu'ils leur font la courte échelle sans but et sans raison. Que les innocents se remplissent les mains n'émeut pas nos croyances, mais que le royaume des cieux accueille aussi les salauds, ça bouscule un peu tout de même.

L'effort de réflexion ne garantit pas la paix de l'esprit. Il pourrait même l'en empêcher. Mais celui qui s'y soumet n'en dormirait pas de ne pas réfléchir. Il n'a pas choisi, son moteur tourne rond ou carré, mais il tourne et c'est sa félicité, sa générosité et son eau au moulin de la vie. Chacun a sa place dans la machinerie. Chacun à sa place et l'entreprise fleurira.
Le soleil se lève sur les yeux ouverts et les yeux fermés. Il caresse, indifféremment, les champs de coquelicots et les décharges à l'air libre, les sommets enneigés et les taudis putrides, les esprits éclairés et les ordures notoires.

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12 mai 2017

A la juste place

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Il est bon de savoir replier ses ailes pour leur faire fendre l'air et la réalité, jouer de leur mouvement pour aller de l'avant, ne plus les brûler face aux charbons ardents, aux vents violents. Saisir le sens de l'aérodynamisme n'est pas se replier, c'est se laisser porter par la nature et l'intelligence. Paravents puis parapluies, éventails et grand-voile, elles protègent nos récoltes et nous laissent cultiver nos jardins loin des sunlights et des infarctus. Pales de moulin plutôt qu'oiseaux aveuglés par le phare, elles créent l'énergie canalisée.

Il est bon de calmer ses passions sans en perdre une étincelle, moteur à explosion sans à-coups, puissance du tréfonds en douceur, tranquille force sans flonflons ni artifices. S'écraser sur Goliath pour ériger sa statue n'apporte que posthume et dérisoire gloire. Infuser au long cours le suc du vivant, compact, épais, mercure lourd d'authentique a plus de sens et invente le panache des coulisses. La tempérance ménage sa monture.

Il est bon d'aller sifflotant des airs légers et solides, volatiles et sensés, glisser sur le sol, coussins d'air sous le pied effleurant le terrestre, filer sans effort vers l'horizon sans fin comme pinceau d'aquarelle inventant l'horizontal. La suspension vaut son pesant, trait d'union entre terre et nues. Un dessin de Folon fend le quai en deux d'un trait délicat, les voyageurs se figent. Plus loin, l'arc-en-ciel attend les mots qui diront sa beauté.

Il est bon d'être à bon port et en mouvement, à la juste place que le temps a modelée et que l'introspection a choisie, creuser son tunnel à l'envers pour découvrir la pépite de demain, racler les strates de passé pour aller loin devant. La paix passe par le dépouillement de ses oripeaux. L'apaisement dira la vérité et la chenille sera papillon.

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03 mai 2017

Envie de fraises et de Moustaki

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Encore une fois confondre Musset et Vigny, avoir envie de fraises et de Moustaki, chercher le soleil entre les effluves du figuier.
Avoir la nostalgie du futur, regretter de ne pas y séjourner longtemps, tricoter son chemin les bras en avant.
Cultiver son jardin à l'ombre des bibliothèques, crépiter dans son ventre les braises du savoir, s'assoupir satisfait d'avoir monter les parpaings.
Vivre dans un livre d'histoire et un pays de droits acquis, houspiller les pauvres qui se voudraient bourgeois, s'asseoir en hauteur et contempler les ruines.
Rêver d'une seconde vie aux multiples facettes, labourer sans relâche la tête dans les nues, penser avec les mains dans un cambouis symbolique.
S'inventer des novembre aux bourgeons printaniers, s'ouvrir des barrières de péage par la force de l'esprit, attendre en confiance l'éclosion de plénitude.
Sourire à son miroir sans paraître neuneu, archiver son passé dans des clés USB, tapisser de rouge les sentiers à venir.
Écrire au kilomètre sans plus d'ambition, accoucher de claviers en pleins et en déliés, troquer ses armes contre une pâquerette.
S'en aller mains ouvertes droit devant, pallier au moins pressé sous un pinceau coloré, courir au ralenti vers des aubes du soir.
Planter des mélodies dans un champ vallonné, perdre le souffle d'un excès d'affection, choisir l'élévation une bonne fois pour toutes.
Rire des temps de charbon, jouir des leçons de souffrance, glisser sur l'expérience.
Inventer des chansons douces, hurler des mots sans consonnes, siffloter des brins d'herbe.
Entendre des perruches réveiller nos sens, caresser l'horizon du féminin du monde, chanter des aurores aux aurores.
Encore une fois confondre Monet et Manet, avoir envie de figues et de Marseillaise, chercher l'amour dans l'effeuillage de Marguerite.

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19 avril 2017

J'ai planté du jasmin

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J'ai planté du jasmin sur une histoire abstraite. Il a poussé dans le vide en renforçant des liens. Il sent plus que tout autre sans terreau palpable. Il embaume l'éternité pour les seuls nez sensibles. Les bourrins du vulgaire se tournent vers les chimies des grandes surfaces pour se donner des illusions de mai. Les coeurs purs font, d'un sentiment certain, des jardins sans efforts.
J'ai planté du jasmin un matin de printemps. Je me fous des gelées et des saints à venir, je plante quand je veux des graines de plaisir. La floraison répond à ceux qui aiment sincèrement et les mains se font vertes au pied du mur végétal.
J'ai planté du jasmin avec des mots d'amour. Qui osera me dire que cela ne suffit pas ? Je sais qu'il croît autant que moi-même j'y crois. Image mentale de synthèse réelle, mon jasmin remplit l'espace concret d'une abstraction rêvée.
J'ai planté du jasmin dans un coeur qui passait. Il a fleuri tout seul arrosé de quelques mots alignés. Il déborde de tout et le tout s'en nourrit. Il tapissera bientôt l'espace en 3D, on s'y noiera à chaque bouffée.
J'ai planté du jasmin et j'en suis satisfait. L'air en est plus doux et j'ai dix-sept ans. A l'autre bout de l'effluve s'accroche un autre coeur et le chemin est lié. Un jasmin officie à la messe des jardins. Respircommunions les uns les autres, nous nous envolerons sur des senteurs légères, des tapis odorants, des planeurs ondulants, des rivières aériennes.
J'ai construit de jasmin le reste d'une vie avec la naïveté d'un enfant et du ciment humain, émotion puérile assumée. J'ai tapi de jasmin l'horizon infini d'un être prometteur, d'un champ céleste, d'un chant universel.
J'ai offert du jasmin à tous ceux qui en veulent. Les pousses poussent sous les yeux des coeurs vrais et des âmes sincères. Je laisse le jasmin diffuser la beauté.
J'ai donné l'abstraction au jasmin inspiré. Les trains d'exhalaisons passent et fument les cheminées de locomotives champêtres sorties de dessins d'enfants. Passives et insensibles, les vaches paissent et les regardent passer.

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