Singulier Pluriel

23 juin 2016

L'évolution permanente

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"Qu’est-ce qui m’intéresse ?
Ce qui provoque mon accroissement
Ce qui me renouvelle et m’augmente"
Paul Valéry (Cahiers)
(merci à l'ami Lelius de m'avoir offert l'introduction)

Chez les assoiffés de l'évolution permanente il y a d'abord une grande naïveté qui leur fait croire qu'il s'agit d'une disposition naturelle et universelle. Ce qui leur apparaît longtemps comme une évidence est tellement fort qu'ils mettent souvent une grande partie de leur vie à prendre conscience que la plupart de leurs contemporains ne sont pas structurés ainsi. Leur voyage s'en trouve ralenti car, comme toujours, la masse a décidé de freiner les ambitieux. Dire qu'elle a "décidé" c'est déjà lui faire trop d'honneur. Car si elle avait la moindre stratégie pour savonner la planche du voisin, elle mériterait quelque éloge, mais c'est plutôt son inertie qui fait sa force, son manque incompréhensible de réflexion.
Car, comment l'ouverture vers d'autres horizons, la montée de marches, l'acquisition de lumières, d'outils, de réacteurs, peuvent ne pas être partagées par tous ? Cela reste un mystère pour ceux "qui en sont".
De temps en temps, sous l'influence de plus raisonnables, ils se posent, se raisonnent et finissent par admettre que l'ambition ordinaire s'arrête à la reproduction de ce qui est connu. Temporairement fatalistes, ils cessent de bousculer pour faire évoluer et s'occupent de leur modeste jardin. Puis, la machine intérieure se remet en selle et leur naturel passionné et généreux revient au galop. Ils sont persuadés que cette fois-ci sera la bonne, qu'ils trouveront les mots justes et l'angle d'attaque pour enfin convaincre l'armée des statiques que leur salut passe par l'énergie qu'ils mettront à toujours chercher à s'améliorer, à grandir, à s'élever. Car, tout de même, manger, travailler, s'amuser et dormir entre naissance et mort, est un projet de vie bien triste. Ici encore, le mot "projet" est bien trop flatteur.

Ce qui a déjà été amélioré peut encore l'être. L'effort donne l'énergie qui soutient l'effort. La pompe étant amorcée, le cercle vertueux de l'évolution se mettra en place et la force de l'habitude à fonctionner ainsi fera évoluer sans souffrance liée à la contrainte. Installer le logiciel de l'éveil permanent au mieux pour soi et pour les autres devra suffire à faire des petits sans réinventer à chaque fois la machine à faire des petits.
C'est toujours la réflexion et l'attention que nous mettrons à travailler sur le structurel et le long terme qui nous permettra, à intervalles, de mesurer l'évolution. Si nous choisissons nos actions dans une optique d'investissement plutôt que comme réponses à des envies ou des pulsions, nous avons toute chance d'en récupérer du bonheur, de la joie, du bien-être voire de la plénitude qui seront d'une toute autre nature qu'un plaisir éphémère qui laissera un goût âcre ou un regret douloureux.
Évoluer soi, c'est aussi faire évoluer les autres. Et même si l'idée de contaminer et de partager son énergie et ses techniques avec son prochain s'estompe, il restera la valeur d'exemple. Et je n'ose pas imaginer un moteur humain totalement éteint. Une étincelle ne fait pas le printemps, mais pourrait bien raviver toutes les saisons.

D'aucuns, fatalistes ou pessimistes, pourront arguer que l'énergie nécessaire à l'évolution, l'ambition, la passion de la vie et la curiosité pour le monde sont des graines génétiques dont certains n'ont pas bénéficié, que le tirage au sort de la Providence ne les a pas choisis, et que nous autres, élus de je ne sais quel scrutin, ne pouvons pas comprendre qu'il en soit ainsi. Qu'ils le disent, je n'en crois pas un mot.
Un cheveu d'évolution sur toute une vie, c'est déjà ça. C'est déjà faire sa part pour l'humanité. Le recul et la stagnation sont coupables.

Chercher à évoluer est un effort sans effort. C'est-à-dire que la concentration, la stratégie et la réflexion toujours sur le pont et le qui-vive sont un travail certes, un travail d'éveil et de vigilance sans fin, mais pas une contrainte éreintante. Ni la frustration, ni le stress ne sont du voyage. Au contraire, la tranquillité d'esprit accompagne la satisfaction de l'accomplissement d'une mission saine et altruiste, un chemin lumineux qui ouvre la porte et les possibilités à d'autres. Le sens du devoir bien fait. Le bonheur de faire ce que l'on doit. La joie de laisser propre en ayant fait de son mieux, sans regrets ni remords.
Y tendre, c'est déjà y être. L'exigence envers soi et la rigueur seront les meilleurs alliés de cette entreprise d'accroissement personnel et altruiste. Car pour bien s'occuper des autres, il faut d'abord s'occuper de soi. Et pour bien s'occuper de soi, il faut penser aux autres.

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15 juin 2016

au petit matin

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Le sublime habite au petit matin.
Le sublime habite le petit matin au lieu-dit espace-temps.
La ville est une jeune fille nue qui émeut le jouvenceau de tout âge pour peu qu'il sache sortir à l'heure et s'ouvre coeur et écoutilles, pores, narines et imprimante multi-dimensionnelle. Les employés de la voirie seuls témoins de l'idylle font le lien avec le réel.
J'ai vu de la colline, le miroir de mer aveugler le possible. J'ai déclamé Lamartine au pied de la table d'orientation. J'ai couru comme on vole vers un sommet silencieux que fouleront plus tard petit train touristique et shorts vacanciers. J'en ai appelé aux dieux. Qu'ils préservent l'aurore des horreurs explosives qui ponctuent les esprits du matin jusqu'au soir !
J'ai tutoyé les navires du lointain horizon, complices routiniers, pourfendeurs d'huile de mer ouvrant la page du jour. J'ai mis la main dans l'eau comme on effleure la peau de sa première. La vague d'émouvoir a lâché quelques larmes, invisibles aux rustiques.
J'ai retenu le cri du plexus sol-air crevant le ciel de beau, bras ouverts, mains offertes, mains offrandes, calices réservoirs et déversoirs.
Le sublime habite au petit matin. Émotion solitaire. Nature vivante. La ville a vomi ses noctambules ivres sur une plage de galets. Les barques des pêcheurs lui ouvrent les guillemets. Elle pourra s'extirper de sa poésie au premier flux de rideaux métalliques, de cloches séculaires et de vrombissements de travailleurs serviles, au poste, dans le starting-block ressort.
Le mercure prend son poids d'épaisse et fluide joie emplissant tout le corps d'un carburant sans nom. Se regarder sentir le beau et s'enorgueillir de savoir le vivre sans le subir, le doser au millimètre pour rester dans l'état de celui qui touche la vérité, évite le sentiment de sur-puissance et l'aveuglement de l'illusion. Garder le plus longtemps possible l'instant paroxystique, en faire un instant-roi, le blottir dans un coin, l'ancrer dans un geste, stocker son parfum et l'avoir en réserve, au chaud, au grenier, à la cave, au coffre s'il le faut, pour les jours de disette qui se feront plus rares chaque fois qu'on aura su saisir au quotidien la beauté du plus doux comme la beauté du plus tragique.
L'horreur a ses revers, l'horreur a ses remords. Elle vous sert aux aurores des états intérieurs pour vous demander pardon.
Ils s'offrent aux plus humbles, réceptifs ou explorateurs. Dépouillement d'ego et page blanche, la menotte en cuillère accueillera le sublime et l'offrira comme onguent d'une caresse fraternelle à moins matineux que soi, apaisant le bruitage effroyable d'une carcasse de monde qu'on écrabouille.
La paix a ses soldats enfouis au fond de soi.

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07 juin 2016

La résistance à la frustration

J'ai déjà publié un billet avec ce titre. Depuis plus de deux ans qu'il est en ligne, il reçoit un nombre de visites impressionnant par rapport aux nombreux autres billets de ce blog. Sans aucun doute, le sujet intéresse et les moteurs de recherche guident jusqu'ici.
On peut donc imaginer qu'il y a une interrogation répandue et sans doute des souffrances liées à ce sujet. Alerté par un commentaire, je me suis décidé à compléter mon propos après avoir recopié l'original ci-après. Serai-je plus clair et plus efficace ? Je ne sais pas. Je renvoie à la fin du texte pour le complément.

Comme pour la peur, la contrainte, la honte, la timidité et le sens du ridicule, par exemple, il y a du bon dans la frustration.

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La résistance à la frustration permet de mieux s'adapter aux situations qu'on ne maîtrise pas soi-même. Elle va nous permettre d'apprendre la patience et d'acquérir de la sagesse sans y laisser trop de plumes. On sera ainsi plus autonome, car on ne dépendra pas d'interventions extérieures destinées à combler des vides ou à satisfaire des besoins. On sera ainsi plus responsable, car on décidera de ce qui est supportable et de ce qui ne l'est pas et on agira en conséquence. On sera ainsi plus libre, parce que l'autonomie et la responsabilité rendent libre. Le contrôle de ses pulsions et la maîtrise de ses nerfs sont plus faciles pour celui qui a appris à se satisfaire.
La résistance à la frustration est donc une qualité et une bonne compagne de vie.
Elle s'acquière avec le temps, mais, comme toujours, l'enfance est déterminante.
L'excès de résistance est, bien sûr, dommageable. On pourrait finir par tout accepter des autres, par ne rien demander et croire que nous ne méritons pas mieux, par nier sa propre identité.
La frustration alerte et questionne. Elle nous oblige à agir, à arbitrer, à déplacer le curseur.

A l'inverse, l'absence de résistance à la frustration est une catastrophe. Habitué à assouvir, ou faire assouvir, le moindre de ses désirs, empêche de se créer des garde-fous et tous les excès seront possibles. Les victimes seront d'abord les autres, car l'individu se comportera sans moralité et sans scrupules, son seul but étant de satisfaire ses propres besoins et il ne reculera devant rien. Tellement habitué, il croit que c'est un comportement normal et partagé par tous. Aucune chance pour qu'il se remette en question et que les autres deviennent plus importants que son propre ego. Un besoin, une réponse. Un désir, un assouvissement. Une envie, un plaisir.

Et notre société n'aide pas à rétablir les choses. La mise en avant du plaisir, de la satisfaction et du tout-est-permis individuels, produisent des comportements égoïstes et compétiteurs. Il n'y a aucune morale ici, c'est le constat que le court-terme et le superficiel empêchent le travail structurel et approfondi. Augmenter sa résistance à la frustration (encore une fois, je ne parle pas d'excès) profiterait à tous. A soi, pour y gagner en maturité et sérénité. Aux autres qui bénéficieraient d'une attention et d'une bienveillance accentuée de notre part. Résister à la frustration, c'est altruiste. 


Complété le 07.06.2016 :
On pourrait penser qu'il suffit de décider d'avoir de la volonté pour mieux résister à la frustration. Certes, cela peut aider mais, comme les eaux empêchées, le courant trouve toujours d'autres chemins pour nous rappeler à l'ordre.
On y gagnera, comme nous l'ont enseigné les Stoïciens, à accepter les situations qui ne dépendent pas de nous, à se contenter de peu et à réfléchir aux besoins essentiels.
Si nous avons à portée de main le moindre moyen d'éviter la frustration, il convient de se mettre au travail, à condition qu'il ne s'agisse pas d'assouvissement à court terme et que cela ne nuise à personne, ni à soi ni aux autres, un moyen écologique.
En revanche, plutôt que souffrir d'un manque, quel qu'en soit la nature, acceptons qu'il en soit ainsi. (Accepter l'acceptation est un autre apprentissage qui nous servira). Ne voyons pas là une résignation ou une fatalité, appelons cela une adaptation à une réalité.

Le premier ennemi de la frustration est la comparaison. Elle entraîne l'envie. Sans références extérieures on saura apprécier ce que l'on possède. Nous connaissons tous la compétition à la plus grosse voiture, à la plus belle piscine ou au plus gros compte en banque, que se livrent ceux qui sont éloignés de l'essentiel. Et ce ne sont pas toujours les plus riches qui s'y collent. Les publicitaires ne s'y trompent pas, ils flattent les bas instincts. Sortir de la cible en exerçant son esprit critique est à la portée de chacun, pour peu qu'il se fiche de l'opinion d'autrui. Ne confondons pas désirs et besoins.
Cette vision relève du minimalisme et de la frugalité mais pas forcément de l'ascétisme. Il est difficile de faire de grands écarts par rapport à son environnement. Un détachement raisonnable sera le bienvenu. C'est l'état d'esprit qui apaisera la frustration et donnera à la résistance une forme moins contraignante et éprouvante. Sage et sereine, saine et apaisante, elle sera passive  et pourtant efficace. C'est l'esquive salvatrice au mouvement noble de celui qui n'a rien à gagner et rien à perdre.
En ce qui concerne les exercices pratiques, ils sont inutiles. On pourrait tout au plus, en cas d'urgence si je puis dire, recommander ceux qui font leurs preuves dans toutes les situations oppressantes : respiration, méditation, détachement, relaxation, sport...
Il n'est pas dans mon intention de proposer un Manuel de résistance à la frustration. Ce serait ridicule. Chacun trouvera son chemin à condition de le chercher et d'accepter l'idée qu'il existe. Car il existe.
J'ose deux petits bonus personnels qui m'ont bien réussi. Le premier consiste à sortir virtuellement de la situation : je ne suis plus là où je suis et je me regarde n'être plus là où je suis censé être. Non seulement je ne suis plus celui qui ressent la frustration mais, en plus, je suis celui qui prend conscience, étant à distance, de l'inutilité ou du dérisoire de la chose. Le second est exactement le contraire du premier : je grossis la souffrance, je prends une conscience forte de l'instant, comme si je concentrais en un minimum de temps un état qui aurait pu se prolonger. Arrivé à son apogée, il s'essouffle de lui-même. Le temps répare tout, dit-on. C'est vrai. Même pour quelques secondes. Et le temps de penser au temps, il passe aussi. C'est un bon allié.

En conclusion, et au risque de me répéter, il m'apparaît salutaire d'apprendre, de comprendre, d'analyser et d'expérimenter pour trouver satisfaction et équilibre. Fuir vers le plaisir et le divertissement c'est multiplier les raisons de manquer, à un moment ou à un autre, de superficiel. Et comment le superficiel pourrait-il être, sérieusement, indispensable ?

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02 juin 2016

A la table des manières

A la table des manières lister l'essentiel 
enlacement doux de gracile et de salutaire
sommaire décor aux lignes filantes 
c'est dans la courbe que danse le beau
les fioritures tuent le diamant et l'élégance s'habille de nu
debout l'élan pulsion du pied 
doigts pointant lune et fil étoile
A la table des matières le fluide est plus solide
roseau jongleur qui se déchaine d'insaisissables mouvants fuyant confort 
barbelé
élément vérité réservé aux chercheurs es tête
chemin graal en soie 
philosophal élancement
pavé de pierres de pas 
serpentin silencieux tendu vers 
nappe lactée d'éternel immaculée de mercure blanc puissant musclé et dynamique
chanson d'été aux larmes joie 
passion sereine invisible au commun
A la table des manières l'éther est matière

sourire 007

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28 mai 2016

La Volonté

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Il suffit de très peu de volonté pour avoir de la volonté. "Décider la volonté", serait une belle formule, si l'objection de la volonté de la décision ne s'invitait instantanément.
Et pourtant, la raison nous commande et nous souffle que l'autonomie et la liberté ne seront au rendez-vous qu'à la condition d'avoir un minimum de volonté. Décider, c'est avoir déjà la liberté, pendant de la responsabilité, de le faire, c'est aussi expérimenter son libre arbitre, assumer son individualité. Si je sais que j'ai le choix, je me décide à le faire. Si je sais, au fond, que la volonté vaudra toujours mieux, pour tous, que son absence, je décide la volonté.
Et, comme une goutte d'huile essentielle peut parfumer une barrique, par effet contaminant tout mon être s'imprégnera de la potion puis s'en servira sans plus y penser. Tomber dans le chaudron, c'est possible. Mais on pourrait aussi y plonger, volontairement, plutôt que quémander, advitam aeternam, perfusions à renouveler.
Décider la volonté. J'y aurais bien changé un "r" en "z", si je ne craignais la perception d'une injonction rédhibitoire. Mais laissons à chacun le choix de décider de décider.

La volonté demande du courage. On pourrait pinailler en objectant que c'est la décision qui demande du courage et que la volonté serait plus liée à la persévérance. Pourquoi pas.
Courage et volonté semblent aller de pair. La volonté est vertu de raison et combat les instincts primaires, les tentations néfastes et les désirs incontrôlés. Elle contient et fait de la résistance. Le courage permet de garder fermement la constance malgré les difficultés. Bel attelage.
Ma mémoire ne m'offre aucun exemple de volontaire qui ne soit courageux et inversement. En revanche, des entêtés pleutres et des inconscients  veules, elle en a toute une bibliothèque.
Si à la fête de la volonté et du courage on invitait la motivation et la persévérance, elle serait encore plus belle. Bien que l'honnêteté commande d'y convier aussi la nuance. Car si la motivation ouvre bien la porte de la volonté, elle ne la prouvera que partiellement sachant que l'action décidée pourra répondre plus à un désir qu'à un devoir. Je désire si fort une chose que ma volonté vient toute seule. Mais si par nécessité j'ai besoin de volonté pour accomplir une action déplaisante, ce sera une autre affaire. Même s'il est des moyens de contourner l'obstacle en transformant le désagréable en agréable.

Pour la persévérance, on sera rarement soutenu par le désir, qui aura tendance à s'essouffler. Alors le courage et la volonté seront nécessaires pour prendre le relais. Parfois l'orgueil sera un bon allié, même s'il ne me plaît guère de le constater, puisqu'il relève de l'intérêt qu'on porte à son image vis-à-vis d'autrui. L'engagement personnel et intérieur est d'une autre nature. Il n'est pas orgueil mais rigueur et éthique : un engagement pris, on le poursuit sans plaisir, sans envie, sans goût. On le fait seulement pour se prouver qu'on va au bout de ce que l'on a dit. L'action juste est un meilleur phare que l'obstination, mais ne compliquons pas.


Qu'il s'agisse de volonté ou de courage, chacun aimerait en être doté comme de qualités innées. Ceux qui les ont développées savent qu'elles ne sont que cercle vertueux, qu'elles sont elles-mêmes cause et conséquence. Le courage d'avoir du courage donne du courage...
Conscient de flirter avec le "y'a qu'à-faut qu'on", je ne veux pourtant pas me priver de conclure par l'idée que chacun a le pouvoir de faire. Il s'agit de décision, donc de raison. Choisir ou ne pas choisir, c'est choisir, alors choisissons. La volonté, de préférence. D'évidence, devrais-je dire tant celle-ci saute aux yeux de chacun.

"Je sais ce qu'il faut faire et je n'y arrive pas" "Je commence et puis je m'arrête" "C'est plus fort que moi" "J'ai pas de chance" "Rien ne m'en empêche mais..." "C'est toujours comme ça, j'ai pas de volonté" "Y'a vraiment qu'à moi qu'ça arrive, j'ai la poisse" "Je sais bien que ça ne dépend que de moi pourtant"... pourtant, il suffit de très peu de volonté pour décider d'avoir de la volonté.

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24 mai 2016

L'Attitude

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L'attitude parle toute seule. Elle transmet les messages cachés et essentiels. Elle est la forme du fond et non le masque du vrai.
Mais qu'entend-on par attitude ? Sans adjectif associé, elle servira à chacun selon son besoin. Fort heureusement, elle voyage rarement seule, car si l'adjectif est absent, l'attitude prise à employer le mot, si j'ose dire, l'habille aussitôt et rend le propos plus clair.
Alors, elle sera bonne ou mauvaise, drôle ou zen, saine ou hostile, particulière ou générale.
Je veux, ici, maintenant, lui donner le rôle de l'onguent facilitateur et de l'outil pacificateur.
L'attitude individuelle relève de l'aptitude à être et de la posture. C'est le corps qui commence, même s'il n'est que résultat d'une pensée et d'un apprentissage choisi alimenté par le subi, acquis en tous cas, j'ose le croire. C'est le reflet d'une éducation. Mystère des mots, l'éducation élève et l'attitude transforme le "t" de terre en "l" d'aile pour me permettre par l'altitude d'emmener le lecteur vers des sommets qui excitent mon clavier plutôt dix fois qu'une.
Se concentrer en permanence sur la bonne attitude à avoir plutôt qu'à prendre afin, et je pèse mes mots, de rendre le monde meilleur, est un exercice sublimant et particulièrement réjouissant.
Je sens mon excitation m'emmener vers des chemins que je n'avais pas choisis en début d'écriture. Il me vient l'idée d'opposer la recherche d'une attitude-altitude à la vulgarité terrestre. C'est sans doute que l'Être veut s'exprimer par l'index, pointer du doigt un essentiel idéal qu'il voudrait partager.
S'il est parfois important de délaisser la manière en ne visant qu'un résultat parce qu'à la guerre comme à la guerre, il est souvent judicieux d'associer l'esthétique à la démarche. Car le beau a ce pouvoir incroyable de créer le vrai tout en étant son résultat. "Le secret de la beauté se joue dans son rapport à la vérité" nous dit Charles Pépin dans "Quand la beauté nous sauve", titre-aphorisme s'il en est.
Alors prenons de l'Attitude, élevons-nous par des déplacements fluides, des idées nobles et un langage châtié. J'ai dit châtié, n'allez pas comprendre ampoulé et précieux. Un peu de noblesse ne nuit pas, elle ensoleille. Mettons de la particule démocratique dans nos relations, de l'aristocratie horizontale et de la générosité esthétique.
Si les mots de respect et de dignité s'invitent et poussent la porte des phrases qui se construisent, c'est qu'il doit y avoir une raison. Raison supérieure d'un altruisme miroir universel, de retour de balles lumineuses sur des courts de ciels battus.
"Donne lui tout de même à boire" disait le père d'Hugo. Attitude doublement chevaleresque. Merci. Merci pour cette éducation. Merci pour la poésie.
Ballet des corps et de l'esprit, funambules chorégraphes et jouisseurs de mots d'esprit prennent le même fil. Tisserands d'étoiles et spaghetti animés aspirés par le divin parce qu'inspirés par lui, ils élèvent le vivant au rang d'éternité.

Décider l'élégance et la délicatesse, l'exigeance et la noblesse, c'est peindre par les épaules, crayonner par les pas, édifier par la colonne, proposer la Dignité. Choisir "l'Alttitude" est ambition d'esthète, esthétique d'ambitieux.

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18 mai 2016

La Connaissance

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Le savoir est une piste très simple à expliquer et difficile à mettre en oeuvre pour sortir du brouillard que nous offre parfois le présent. 
Pour certains, curieux naturellement, ils s'en emparent sans effort, ils vivent avec, ils font corps frénétiquement avec cette avidité de connaissance qui comme des rails souples s'étire en continu devant leurs pas. Aucune gare terminus, la voie est sans fin, chaotique parfois, mais, à coup sûr, elle avale les tunnels.
Pour d'autres, il s'agira de trouver un moyen de mettre le pied à l'étrier, d'amorcer la pompe. Ce sera un professeur, par une phrase qui touchera le coeur d'un cerveau vierge et déclenchera la curiosité, ou une rencontre, un livre reçu un jour comme présent ouvrant sur un avenir radieux.
Enfin, et c'est difficile de l'écrire, nombreux sont ceux que la soif de connaissance n'effleurera jamais. Ils resteront secs, à peine outillés de ce dont ils auront besoin pour survivre. Pas plus. Fort heureusement pour eux, ils sont rarement conscients de ce qu'ils perdent.

Malgré une époque aux multiples possibilités de se cultiver, à moindres frais, on observe une misère culturelle et intellectuelle que d'aucuns trouvent même grandissante. Car, comme toujours, les moyens censés nous aider à aller plus vite ou à faire mieux, sont souvent détournés et nous incitent à faire moins en cherchant la facilité. Sans efforts, on ne risque pas d'évoluer. Les correcteurs d'orthographe devraient nous alerter sur nos erreurs et ainsi nous faire enregistrer une règle ou un mot inconnu. Malheureusement, on s'en sert pour corriger dans l'immédiat sans intégrer un savoir une bonne fois pour toutes. Je connais même des personnes qui sont dérangées par leurs carences en orthographe, qui ne manquent d'aucuns moyens pour y pallier et continuent à cheminer dans une forêt de mots qui, dans leur esprit, sont des arbres au milieu d'une broussaille hostile, sans clairière, sans différenciation des espèces et sans recherche d'harmonie dans les plantations. Va comprendre ! 
Lino Ventura expliquait un jour, que, conscient de son manque de culture, il avait décidé de s'enfermer dans une chambre un certain temps, avec des cartons de livres d'auteurs classiques. Ce qu'il fit. Il se mit "à jour" et il put cheminer enfin tranquille et serein sans honte parmi les siens. C'est un exercice, un peu extrême, mais sans doute efficace quand on n'a pas pu le pratiquer sur la durée.
Moi-même, issu d'un milieu d'immigrés pauvres,  père ouvrier et mère analphabète, je m'aperçus, vers l'âge de 15 ans que forcément je manquais sérieusement de culture, mais surtout à quel point j'étais ignorant des mots abstraits. Ce fut un choc, un électrochoc salutaire. Un tournevis et une passoire, c'était un tournevis et une passoire, mais l'ironie ou la commisération ne se trouvaient dans aucun placard de la maison, même celui de la communication. Alors, je me mis à lire, et lire, et lire. Puis écrire. Se cultiver, en douceur, ou aux forceps, ça marche ! Et c'est possible pour tous. Mais, contrairement à ce qu'on entend souvent, je ne pense pas qu'il faille lire n'importe quoi pourvu qu'on lise. Au contraire, je crois, là aussi, à l'exigence, qu'il est préférable de lire de la qualité sans comprendre du premier coup que de la médiocrité accessible et inefficace pour sa construction, voire néfaste.

Je veux en venir à l'idée qui me tient à coeur concernant la recherche d'un bien-être personnel, osons dire du bonheur, pour faire dans l'air du temps. Le savoir donne des ailes. Plus on sera à l'aise et on aura acquis de connaissances générales mieux on saura se situer dans le Tout, universel ou sociétal. J'insiste sur le "général" car la spécialisation a tendance à fermer les esprits, comme la culture partisane. Il est des gens très cultivés capables des pires monstruosités enfermés qu'ils sont dans leurs certitudes, dans leur monde confortable, leurs dogmes inébranlables.
Nous appréhendons les situations par notre vécu. Nous analysons ou nous ressentons, nous anticipons ou réagissons, en fonction de ce que nous connaissons. Plus nous aurons de cordes à notre arc, plus nous pourrons avoir le geste juste. Et la compréhension du monde qui nous entoure aura des effets positifs sur notre autonomie et notre liberté. Qu'il s'agisse d'Histoire, de psychologie ou de géopolitique, ils seront à disposition pour faire interagir les domaines et nous éclairer sur notre chemin.
Nous manquons de connaissances ? Allons les acquérir. Un mot nous échappe ? Ne nous laissons pas sans réponse. Nos émotions nous handicapent ? Apprenons à les gérer. Une compétence nous manque ? Intégrons-la. Tout est à disposition. Il s'agira seulement de savoir mettre cette recherche ambitieuse et d'excellence à sa place, l'une des premières. Laissons le divertissement aux autres. A ceux qui préfèrent se plaindre de leur situation sans la changer. Être porté par la lumière du savoir est d'une autre nature. Plus besoin d'ersatz de bonheur, de palliatifs au bien-être ou d'euphorie passagère, la joie qu'on en retire est structurelle, intégrée et durable, comme doit être durable le travail d'acquisition de connaissances nouvelles.
On ne peut pas tout savoir et cet exercice peut être fait à tout niveau sans imaginer intégrer l'ensemble de la connaissance du monde. C'est impossible. Alors on pourra faire l'impasse, on devra faire l'impasse sur des domaines qu'on laissera à des spécialistes et privilégier la culture générale et éventuellement l'approfondissement d'un sujet qui passionne.

Je prétends que la porte de la connaissance est ouverte à tous, pour peu qu'on se donne les moyens d'en passer le seuil. C'est un axe de développement lumineux.

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16 mai 2016

Le goût du sens

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Le goût du sens marginalise.
Les passionnés de la compréhension des choses visibles et surtout invisibles ont quelques difficultés à se faire comprendre eux-mêmes. C'est un fait. Ils auront l'admiration des autres, s'ils ne les touchent pas personnellement. Car émettre une idée générale qui ne remet pas en question l'interlocuteur peut conférer un respect exprimé. Que la remarque touche l'autre et aussitôt, l'éclaireur de sens se transformera en donneur de leçons ou moralisateur. Pourtant celui-ci n'aura émis qu'une même idée et l'objectivité devrait, en toute logique, accepter la sentence qu'elle vise l'inconnu ou le proche.
Nous savons qu'il s'agit ici d'un manque de construction du récepteur, d'une faiblesse, d'un excès d'orgueil ou d'une susceptibilité puérile. Il n'empêche que c'est Socrate qu'on conduira à l'échafaud si je puis dire, pas Tartuffe.
Toute vérité n'est pas bonne à dire s'esclaffe la meute, celle qui veut la paix en surface et laver son linge sale à l'abri des soleils. Un raisonnement plus fin nous laisse penser que toute vérité n'est pas bonne à entendre. La vérité, c'est la vérité. Qu'elle soit exprimée ou tue, elle ne changera pas. Elle sera à perception variable pour arranger les uns ou les autres. Nous savons que distordre la réalité est une technique salvatrice des esprits faibles. S'inventer une réalité supportable vaudra toujours mieux que sauter par la fenêtre au vu du miroir que la conscience nous présentera. Entre l'acceptation et le déni, il y a la distorsion.

Lorsqu'on est habité par le goût du sens, on ne se repose pas. On continue à chercher, creuser, mettre à jour, sans certitude, mais avec acharnement. L'entourage en pâtit, car souvent il perçoit une volonté de gâcher la fête, de prendre le contre-pied systématiquement, de se concentrer sur l'infime pourcentage qu'il reste à améliorer. Et ce travail de recherche de sens aime les poupées russes. A chaque ouverture vers une réponse, une autre question s'invite. A l'infini. Exercice exaltant et libérateur pour l'un, pesant et étouffant pour les autres qui aimeraient se détendre, lâcher prise, se laisser aller. Eux, ont du mal à imaginer que le passionné du sens trouve un repos dans cette incessante gymnastique de l'esprit.
Et pourtant.
Arrêter la machine à penser et à chercher équivaut pour certains à mourir, de son vivant comme on dit. Le vide et le confort satisfait sont les abysses de certains. Mais aucun danger que cela leur arrive, il faudrait les assommer, les droguer, leur bâillonner le cerveau. Car même dans le recul le plus total, leur bouillonnement intérieur fait des siennes, et lorsqu'ils ne cherchent pas le sens d'un événement, ils cherchent pour quelle raison ils ne le cherchent pas. En toute sérénité.
Les Assurancetourix de la réflexion ont le don de se faire des ennemis. Pour leur bien. Je veux dire, celui de leurs ennemis. Un jour ou l'autre, on les conduit à la guillotine, et on les ressort du formol quelques siècles plus tard, pour en faire des icônes présentables à partager, pour faire tenir les ego debout, sur des réseaux sociaux. 
Les explorateurs de sens n'ont la cote que chez le voisin, dans les siècles passés ou derrière des écrans d'où ils ne risquent pas de venir nous montrer la poutre qui nous pousse dans l'oeil. 
Ne rêvez pas une seconde de les faire changer, ils honnissent la petite conversation, le loisir et les vies qui tuent le temps. Ils seraient plutôt enclins à racheter des morceaux de celui des autres pour disposer d'un peu d'éternité à chercher ce qu'ils cherchent ou à chercher ce qu'ils cherchent (sic). Ne leur dites pas qu'ils s'empêchent de vivre car ils vivent avec une intensité indécelable par ceux qui, soit laissent le temps couler sur leur inertie, soit brûlent leurs cartouches tout désespérés qu'ils sont. Aussi inutiles, les uns que les autres.
Le sens, c'est le sens de la vie. Et... la vie, c'est le sens de la vie. Quoi d'autre ? 
Théoriciens en quête d'absolu, on les appelle des emmerdeurs.

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13 mai 2016

Loi de l'esprit

carte visite verso

Avant de vouloir être journaliste puis écrivain, j'ai voulu être curé. Je le suis un peu devenu finalement en étant coach. Mais j'en ai fait des bifurcations avant de retrouver le chemin.
Je me souviens que déjà je gobais avec avidité et béatitude les évangiles et ses leçons. Je me souviens aussi comme je repoussais les contraintes et les préceptes dictés. Le catéchisme de mon enfance, s'il me faisait rêver par l'imagination d'un absolu possible, me faisait fuir par ses contraintes rituelles et ridicules. On voulait déjà nous faire prouver notre dévotion, notre capacité à endurer, notre persévérance dans l'abnégation. Toutes actions que je refusais de montrer, que j'avais en moi sans besoin de preuves. Exprimer cet acquis eût été aussitôt pris de l'orgueil et de la vanité. Cet enfant se prenait-il pour Jésus lui-même ? Certainement pas. Cet enfant pensait que chacun de ses camarades et a fortiori les adultes et le curé étaient comme lui, tout attentionnés à faire le bien, à penser le bien, en silence. Le décorum et le spectacle salissaient la pureté du coeur.
Peu à peu, de déceptions en prises de conscience, je rejetai tout en bloc. Je ne fus jamais curé, pas même enfant de choeur. Mes médiocres prestations en mise en scène de mes comportements moraux n'avaient d'égal que la rigueur que je mettais à ne jamais dépasser d'un cheveu ce que je considérais comme juste et équitable, humble et discret.
Et puis, surtout, j'avais compris assez tôt, malgré mon intérêt pour le spirituel que Dieu n'existe pas.

Aujourd'hui, un demi-siècle plus tard, je me rends bien compte que j'avais déjà les mêmes convictions qu'aujourd'hui. Le temps et le travail n'auront servi qu'à leur donner un peu plus de compréhension, de netteté et une explication possible.
Pour être curé, le premier pré-requis est de croire en Dieu. On peut le comprendre. Il ne s'agit pas de déstabiliser la multinationale doublement millénaire. Alors, je cheminai autrement, avec mille détours. Et, sans le savoir vraiment, toujours en recherche de pureté et d'absolu, toujours fasciné par une spiritualité supérieure et non-récréative, éclairante et non-contraignante, rationnelle et applicable, praticable.
Là encore, l'enfant avait deviné la conviction du vieil adulte en devenir. Mais, il n'avait pas les mots, ni la crédibilité. Alors, il se taisait. Il ferait son chemin spirituel tout seul, sans support clérical et bondieuseries infantilisantes et anesthésiantes. Quant au pouvoir du ciel, il se l'octroya à lui tout seul, à l'intérieur. Oh, non sans doutes, mais sans faiblesse.

Aussi, lorsque je découvrais au fur et à mesure les différentes techniques et méthodes impliquant l'esprit, j'étais toujours déçu. On mettait à chaque fois un nom sur une évidence. C'est ce que je pensais. Le travail intentionnel et devenu naturel sur mes pensées venait d'être nommé, par bribes. De la relaxation à la méditation, de la prière à l'autoguérison et de l'autohypnose au pouvoir sur les évènements, je n'étais jamais impressionné. Quel orgueil ! Quelle prétention ! penseront certains. Quelles déceptions ! dirais-je plutôt.
Médiatiser, voire commercialiser l'évidence est assez médiocre, et l'appât du gain profitant de la faiblesse de son voisin relève de la manipulation intéressée.

Comme toujours, la musculation n'advient que par l'entraînement. Comme pour le corps, l'esprit a besoin de se fortifier en travaillant tous les jours, sans relâche, avec persévérance et régularité. Plus tard, bilan fait, on prend conscience de sa progression et soulever des montagnes sans lever le petit doigt devient un jeu d'enfant. On parle ici, de foi et de croyance certes, mais aussi de confiance et de courage, de volonté et d'humilité.
Acceptons d'écrire que notre vie dépend de nos actions. Acceptons-le comme une loi de l'esprit, universelle. Et, à partir de ce moment-là, nous n'endosserons plus le statut de victime, et nous n'aurons plus jamais la réaction du fataliste. La chance et la malchance n'existant pas, nous les jetterons avec le hasard... aux oubliettes.

Pourquoi une spiritualité rationnelle ? Parce qu'elle relève d'un rapport de cause à effet évident. Je pense mal, le résultat est mauvais. J'agis bien, j'ai un retour positif. J'exècre tous les ésotérismes dont je ne me suis jamais rapproché. Une simple curiosité m'aura suffi pour honnir définitivement ce qui relève de l'extérieur de l'individu et joue sur la crédulité. Je sais aussi que certaines manipulations ont des effets positifs, et que nombre d'exemples nous prouvent que le fait de croire en quelque chose peut suffire à sortir d'une ornière. Comme fut guéri ce vieil homme pieux lorsque son fils lui apporta un vieux morceau de bois lui certifiant qu'il s'agissait d'un débris de la croix du Christ. Miracle ! En le touchant son agonie prit fin dans la seconde et il retrouva ses jambes de vingt ans. Bien. Pourquoi pas ? Mais cela reste de la manipulation. J'aurais préféré que le vieillard, à force d'étude, comprenne que c'est son propre travail sur son propre esprit qui pouvait donner le même résultat. L'aide d'une mise en scène, d'une cérémonie ou d'un symbole ne sert à rien si les esprits sont éveillés.
Notre esprit, bien entraîné et apprivoisé a du pouvoir sur les évènements extérieurs. Et ce n'est pas un ésotérisme, ni une croyance béate. Seulement, il demande un travail et un éveil permanents, une recherche et de l'expérimentation. Il ne suffit donc pas de croire, il convient de savoir, donc de comprendre, et de faire.

Je n'aurai jamais été curé. Même si mes écrits ont un parfum de prêche et parfois de sermon. Les miracles ne sont que l'écume de mouvements sous-marins autrement plus puissants. Et, pour répéter ici ma devise personnelle : ce n'est pas la situation qui fait l'état d'esprit, c'est l'état d'esprit qui crée la situation.

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09 mai 2016

La Puissance Optimiste

novembre 005

Le pessimiste pense toujours que l'optimiste fait semblant de l'être. Qu'il applique bêtement une méthode Coué de langage courant, qu'il "positive" ânonnant des mots dictés et qu'il se rassure par un pari stupide. Car, bien entendu, le pessimiste se croit dépositaire de la lucidité. Celle qui fait voir le monde et la vie sans lunettes colorées. Sa besace est pleine d'anecdotes, de faits historiques et de vérités éclairantes. Ne pas admettre l'évidence, c'est avoir le déni des poltrons, pense-t-il.
Le pessimiste est dans la survie et dans le subi. Sa pensée négative alimente sa machine à perdre et il finit par se donner raison. Quand on part du résultat, c'est assez simple de prendre les attitudes le démontrant. Et quelques innocents se font ainsi contaminer.
Le pessimiste a une autre caractéristique, il aime forcer le trait. A peine inquiet dans sa salle de bains, il va franchement se montrer désespéré en public. Et le moindre doute se transforme en catastrophe. Qu'importe les moyens pourvu qu'on prêche la bonne parole, la vraie parole, l'apocalyptique parole. A ses yeux, l'optimiste est un illuminé, un béat irresponsable et fataliste qui s'offre ainsi les raisons de ne pas agir. Le comble : parfois le pessimiste se croit sauveur de l'humanité, éveilleur de consciences, redresseur de torts.

L'optimiste l'inviterait bien à sauter par la fenêtre pour prouver sa cohérence. Seulement, il faillirait à la sienne. Alors, il se résigne à proposer d'autres voies, à, inlassablement, argumenter pour la vie. Son image lui importe peu, il fait. Il fait car il sait. Souffrances, doutes et croix sur le dos, il marche, trébuche et se relève. Le prochain virage révélera bien une pâquerette... peut-être. Celle qu'on n'aurait pas pu voir. Même qu'on pourrait l'effeuiller... peut-être. Pour une belle qui pourrait y croire.
L'optimiste compte sur lui sans compter ses pas, sans compter son temps. Demain chantera avec ou sans lui et c'est vrai. Parole d'illuminé, pense-t-il avec dérision. Il sait que c'est dans les verres vides qu'on se noie le plus facilement. Et que c'est l'état d'esprit qui décide de l'état de la situation. Pas l'inverse.
Mais... a-t-on vraiment le choix ?

Il est courant de dire que l'optimisme est de volonté quand le pessimisme serait d'humeur. Néanmoins, on peut aussi se demander s'il n'y aurait pas dans cette affaire une question d'étoile bien placée, même s'il me coûte de l'envisager.
Une étude sérieuse et récente, dont j'ai égaré les références, avait constaté que les gros gagnants à la Loterie présumés pessimistes, passaient par une phase d'euphorie et d'espoir d'environ un semestre qui leur faisait envisager l'avenir sous les plus lumineux auspices. Mais qu'il s'en suivait un retour à la case départ les ramenant à leurs ruminations habituelles. Avec ou sans gros lot, ils continuaient à épouser l'état d'esprit pessimiste. Le verre à moitié vide reprenait le dessus. En revanche, sur la même période, des présumés optimistes ayant subi un grave accident les ayant cloués à vie sur un fauteuil roulant, par exemple, une fois passée une phase de dépression légitime, reprenaient leurs réflexes de "verre à moitié plein" en repartant à l'assaut du possible et en mettant des projets en place.
La gestion de la situation, quelle qu'elle soit est affaire d'état d'esprit. Et on ne se change pas facilement par l'extérieur. De là à parler de fatalité, il y a un pas que je ne veux pas franchir. Mais je ne veux pas non plus être de ceux qui affirmeraient qu'une incantation positive suffirait à vous faire changer de camp. Est-ce affaire de force de caractère, question de qualité de l'enfance, de hasard pur et simple ? La question reste en suspens. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut rien faire.
Éduquer son esprit par des exercices est toujours salutaire d'où qu'on parte. Les adapter à une situation réelle sera absolument nécessaire pour ne pas tomber dans une illusion de mieux-être qui s'avèrerait désastreuse à la sortie du tunnel euphorique. Ici encore, l'analyse, la méthode et la persévérance seront les meilleures compagnes de voyage vers une vision plus joyeuse et non feinte de la vie. Posé sur une réalité plutôt que sur une distorsion de celle-ci, notre travail aboutira à des résultats durables.

Alors, qu'on ait le choix ou pas de voir la vie du bon côté, donnons-nous en les moyens, sans faire semblant. Même dans le pire des chaos, il y aura moyen d'accrocher un fil sur lequel tirer. Le réel est parfois tragique, sordide, terrifiant. C'est pourtant à partir de lui qu'il faudra avancer.On ne peut partir que de l'endroit où on est. Faute de quoi, on s'expose à des désillusions s'ouvrant sur des gouffres encore plus profonds.
Par conséquent, la lucidité sur le réel est compatible avec l'optimisme, un optimisme sérieux, si je puis dire, un optimisme devenu structurel qui ne s'éparpillera pas comme peuvent le faire l'espoir et le rêve, illusions des temps modernes. L'espoir attend. Le rêve rêve. Le pessimisme creuse. Et l'optimisme se relève les manches et se met au travail motivé par les défis à relever et les opportunités mises à jour par l'analyse. 
La puissance optimiste n'a pas d'adversaire à sa taille.

Posté par Claudio Orlando à 17:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]