Olivier commençait à trouver le temps long.
Depuis qu'il avait accepté ce poste de reporter d'El Tiempo, son rédacteur en chef ne l'envoyait que sur du futile. Mais ce matin, tout est différent. On lui fait enfin confiance pour du solide, du sérieux.

- Écoute, Olive, je n'ai que toi sous la main. Tu pars tout de suite pour l'Aragon et tu feras le maximum pour expliquer ça à nos lecteurs. 
Le boss lui tend une dépêche. Il lit :  "Le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard".

La route est longue et ça chauffe dans la cabeza. Par quel bout prendre l'affaire ? Il sait déjà que le temps ne fait rien à celle-ci, qu'avec lui, tout finit par s'en aller et que toujours il se monnaie. Cela reste banal et ne suffit pas. Avec celui qui chante pour passer le temps et celui qui ne chante pas pour passer le temps, Olivier ne sait plus que penser.
C'est à l'instant même où le train rentre en gare de Madrid que le reporter a trouvé son angle. Mais la Castille ce n'est pas l'Aragon Léon et le temps de se rendre compte de son erreur, l'angle fuyait. Trop tard.

Olivier ne voit pas le temps passer et commence à le trouver court. Il voudrait suspendre son vol.
Mais oui, c'est ça, on n'arrête pas le temps, c'est le même pour chacun. Le temps est équitable et égalitaire.
Le temps est communiste !... Ne nous emballons pas !
Le communisme, c'est comme Dieu et le football. Des garde-fous et des illusions.
Et le temps ? Serait-ce une illusion ? C'est vrai, peut-être que le temps n'existe pas... Peut-être.
Mais vivre, ça existe. Pas sûr. Qui dit que nous vivons. Peut-être rêvons-nous que nous vivons. Si nous rêvons c'est que nous vivons. Qui dit qu'un mort ne rêve pas ? ...

Le patron commençait à trouver le temps long et l'Olivier tortueux.
Alors, il fit précéder la signature de la lettre de licenciement d'un joli "Le temps d'aller à Madrid, il est déjà trop tard"