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Je m'apprêtais à écrire un billet sur la nécessité de la complexité pour atteindre la simplicité, quand je me suis aperçu que je l'avais déjà écrit, il y a exactement 6 mois. Alors je vais le copier/coller de nouveau car il correspond bien à l'actualité de mes pensées. Et je vais y ajouter un article, découvert il y a peu et d'un bien meilleur niveau que ma modeste prose, avec lequel je suis parfaitement d'accord.

De la complexité naît la simplicité et du simplisme naît la complication.

Multiplier les paramètres dans une analyse préalable, anticiper les conséquences et envisager un maximum de solutions, les recouper avec les pièges et les écueils possibles, saupoudrer d'un peu d'aléatoire et prévoir des plans B, B' et B",  n'est pas se torturer l'esprit, mais s’offrir les conditions d'une meilleure vision du programme. Mieux on aura préparé le terrain, plus on se sera simplifié la vie.

Improviser et réagir, est beaucoup plus risqué. On a vite fait de se retrouver avec un sac de nœuds. Alors il s'agira bien de complication et pas de complexité. La première se subit quand la seconde se gère.

Tout ceci est somme toute banal et peut apparaitre comme une lapalissade. Sauf, qu'aujourd'hui, encore, avec tous les moyens de la connaissance, de la réflexion et du savoir à portée de main, pour certains l'expérience de la vie, parfois longue, les échecs consécutifs dus aux même raisons, peu de choses changent. Les seconds sont prompts à faire la leçon aux premiers, les taxant d'angoissés et de coupeurs de cheveux en quatre, de torturés des neurones ou de tordus. Bon sang, mais c'est bien sûr, la simplicité, c'est tordu !

Ce qu'ils nous cachent, c'est que leur paresse intellectuelle les plonge dans l'inertie. Jaloux, ils s'attaquent à ceux qui font, qui construisent, qui s'engagent. Il arrive même qu'ils les accusent de les avoir plombés en "leur prenant la tête" avec leurs questions à la noix. Croyez-vous qu'ils pourraient réviser leur jugement après la lecture de ce billet ? Il y a peu de chances, ils donnent aux mots un sens qui leur est propre et les dictionnaires ne racontent que des bêtises.

Si vous osez un bon mot en forme d'oxymore annonçant que la complexité, c'est simple, vous êtes bon à enfermer. En plus d’être idiot, vous êtes fou. La structure du raisonnement leur échappe, c'est donc qu'elle est fausse.

Pourtant, tout ne se vaut pas.

La réflexion, ce n’est pas un choix ou une opinion, c’est un chemin vers la liberté.


Complexité et Simplicité par Marc Halevy  LIEN vers le site (Remerciements)

"Perfection et simplicité se répondent, se conjuguent, fusionnent et s'unissent jusqu'aux tréfonds. Tout perfectionnement est recherche de la plus grande simplicité. Sans simplisme ni simplification. Une simplicité authentique qui respecte, en la magnifiant, la grande complexité du réel. Car contrairement à ce que croient les esprits lourds ou ignorants, simplicité et complexité ne s'opposent jamais. Tout au contraire. Elles se répondent, se nourrissent réciproquement. Rien n'est à la fois aussi complexe et aussi simple que le geste du calligraphie qui, précisément, parce qu'il est à la fois simple et complexe, atteint à la perfection. La perfection, c'est la totale maîtrise de la complexité dans la simplicité. Les humains n'aiment pas la simplicité. Elle les irritent. Probablement, parce qu'ils sont incapables de l'atteindre. Alors, ils inventent la complication et ils se compliquent la vie qu'ils encombrent de tous les inutiles, de tous les futiles. C'est probablement cette propension à la complication qui est l'apanage de la modernité. Contre elle monte une nouvelle propension inédite : l'absolue simplicité dans l'intégrale complexité. Assumer - et magnifier - intégralement la complexité du réel dans la simplicité de l'acte. La vie : si complexe et si simple à la fois. Pourquoi donc les humains sont-ils ainsi si souvent allergiques à la simplicité ? Le réponse est claire : parce que la simplicité sied au projet et à l'oeuvre, mais dérange l'ego et le sujet. La simplicité diminue l'ego alors que la complication l'enfle. Enflure artificielle, évidemment, mais qui convient à cet autre artifice illusoire qu'est, précisément, le "moi". Choisir la simplicité, c'est renoncer à l'enflure du "moi". Et il faut être déjà bien un sage pour faire ce choix contre-culture. Car c'est le coeur de la philosophie occidentale, nous l'avons déjà rappelé, que d'avoir hypertrophié le sujet au détriment du projet, d'avoir opter pour l'Être contre le Devenir. CQFD. Revenons un instant au couple complexité/simplicité. Il faut bien comprendre que ce couple n'induit aucune dualité. Il n'y a aucun rapport dialectique d'opposition entre ces deux. Complexité et simplicité sont les deux faces du même réel : l'un ne va pas sans l'autre, comme le yin et le yang du taï-chi. La simplicité EST dans la complexité et la complexité EST dans la simplicité. Le complexe est simple et le simple est complexe. Il ne s'agit ni d'un paradoxe, ni d'un oxymore. Il s'agit d'une vérité conceptuelle fondamentale que les très récentes sciences de la complexité redécouvrent bien après les très anciennes traditions spirituelles et mystiques de l'Orient. Il faut ici comprendre que le compliqué naît de l'assemblage mécanique d'éléments externes, alors que la complexité/simplicité naît de l'émergence organique de processus internes. Passer de l'assemblage à l'émergence c'est donc passer du compliqué à la complexité/simplicité. C'est passer du mécanique à l'organique. C'est passer de la technique à l'art. C'est passer de l'exogène à l'endogène. C'est passer de l'extériorité à l'intériorité. C'est passer du paraître au devenir. Mutation profonde. Pour chaque homme. Pour tout notre monde au sortir de sa très contemporaine modernité moribonde.
La complexité/simplicité, c'est comme l'art de rouler à vélo. Lorsqu'on sait, c'est facile. Mais
c'est extrêmement compliqué - voire impossible - à exprimer. On n'apprend pas à rouler à vélo
dans les livres, mais bien dans le vécu, dans l'expérientiel. On peut décrire ou expliquer le
roulage à vélo, sans savoir soi-même rouler, et ce sera très compliqué. Mais rouler vraiment à
vélo, comprendre réellement le roulage à vélo, passent nécessairement par la
complexité/simplicité de l'apprentissage direct, par soi-même, au-delà des échecs, des chutes
et de éraflures.
C'est cette leçon primordiale que véhicule la nouvelle sagesse : si l'on veut dépasser le fait
d'exister et apprendre à vivre réellement, il faut abandonner les complications de l'apparence
et faire patiemment l'apprentissage, par soi-même, de la complexité/simplicité de la vie.

Simplicité.
Simple ? Minimal. Econome. Frugal. Non pas faire le plus, mais faire le mieux (complexité)
avec le moins (simplicité). Refus obstiné de toute complication. Processus intégratif et non
pas concaténation additive. Emergence (par le dedans, dans l'intériorité) et non pas
assemblage (par le dehors, depuis l'extériorité).
Partout simplicité et complexité se tressent l'un à l'autre (cum plexus, en latin, signifie "tressé
avec").
A l'inverse de la complication qui est uniquement quantitative (beaucoup d'éléments,
beaucoup de paramètres, beaucoup de règles, beaucoup d'opérations, etc …), simplicité et
complexité se rejoignent aussi dans leur forte composante qualitative. Elles donnent ensemble
raison au vieux principe du rasoir d'Occam : ce qui est superflu est faux !
Complexité va avec simplicité comme complication va avec mécanicité : le réel n'est pas,
n'est jamais mécanique.
Mécanique ? Additif par assemblage. Déterministe. Mathématisable ou comptabilisable.
Linéarisable. Analytique et analysable. Réductible à ses éléments constitutifs, sans propriétés
émergentes. Etc …
C'est parce qu'elle n'est jamais mécanique que la simplicité est toujours complexe.
Le secret du couple complexité/simplicité est dans la notion de propriété émergente (c'est le
principe holistique qui observe que le tout est plus que la somme de ses parties).
De situations initiales simples et des processus simples, surgissent, par effets de saut, par
paliers successifs, des propriétés émergentes de plus en plus complexes, c'est-à-dire
intégratives, organiques, processuelles. L'image des poupées russes est ici pertinente.
Propriété émergente ? Propriété processuelle, c'est-à-dire globale et dynamique, non
réductible aux acteurs qui y interviennent. Ces propriétés émergent des processus interactifs
entre ces acteurs ; elles expriment des structures processuelles, des invariants dynamiques qui,
quoique générant de l'espace-temps, ne se réduisent jamais ni à des structures spatiales
(architecturales), ni à des structures temporelles (procédurales). Elles ne sont conditionnées
par aucune critère de reproductibilité : elles émergent parce que leur émergence est la voie la
plus simple, hic et nunc. Cette émergence n'est pas le fruit d'une optimisation de l'état du
système (comme le serait le principe de moindre action - principe de Maupertuis ou
d'Hamilton en mécanique classique - qui extrémise le bilan énergétique), mais bien de
l'optimisation du processus actif dont le système est l'expression.
Faire le mieux avec le moins … Le bel exemple de l'art protohistorique. Les Vénus néolithiques, la lionne mésopotamienne de Guennol(é), les sculptures précolombiennes : enlever le moins de matière possible à une pierre convenablement choisie pour y inscrire la forme minimale que l'on souhaite représenter. C'est la forme intrinsèque de la pierre et la simplicité du processus de sculpture qui dictent la complexité/simplicité de la représentation"