24 septembre 2012 (19)

Très jeune déjà, j'ai eu un intérêt pour ce que j'appelle aujourd'hui la "marche arrière géographique".
J'ai tant connu de familles d'immigrés, celles qui venaient juste quelques années, sûres et certaines de retourner au pays, après avoir mis quelque argent de côté. La plupart restait. Nous en fûmes. Mais, la vraie décision était très tardive ; des décennies étaient parfois nécessaires. Et d'autres repartaient. Ce sont ceux-là qui m'intéressent.
Parmi eux, certains craquaient vite. Ils repartaient un peu honteux d'avoir échoué. Mais, le traumatisme s'estompait. Ils en gardaient quelques anecdotes qui leur offraient la vedette en cas de nécessité : un enfant né à l'étranger, des points de retraite accumulés dans une autre langue... et la vie continuait.
Ceux qui persévéraient, mais finissaient par faire demi-tour étaient plus attendrissants. On sentait bien qu'il ne s'agissait pas de stratégie, mais bien, de manque et de nostalgie. Les sentiments freinaient l'intégration et tout devenait plus difficile. J'en connus qui firent quatre allers-retours, certains, à chaque fois, que c'était le dernier voyage. Ils avaient même laissé les enfants chez des grands-parents pendant qu'ils tentaient de gratter encore quelque chose dans le pays d'accueil. Tout le monde en fut perturbé. A jamais ? Je me demande.
Pour ceux qui repartaient, leur malheur se construisait au pays natal. L'intégration manquée ailleurs devait se faire, refaire, au retour. Alors, se mêlaient culpabilité, regrets, doutes et déception. Pour longtemps.
Reste ceux qui repartaient après avoir construit une vie ailleurs. Ceux-là, allaient passer leur retraite à l'étranger, chez eux.

Aujourd'hui, les exemples de "marche arrière géographique" qui me viennent à l'esprit sont ceux des "changements-de-vie" par changement de région ; les rêves de vivre en province, au vert, loin des grandes métropoles et du stress, voire de la délinquance et de la pollution, suivant le motif évoqué, se terminent parfois par des déceptions violentes et des retours au bercail assez lourds. Les mêmes sentiments les assaillent. L'euphorie de la préparation et du départ font place aux désillusions, aux réalités. Découverte d'une culture différente, d'habitudes parfois exotiques, ajoutée à des soucis d'adaptation en tous genres, climat, vie professionnelle, moeurs, et, on a vite fait d'aller se réchauffer à l'endroit qu'on connaît le mieux, celui d'où l'on vient, celui qu'on maîtrise. Pour peu, qu'un conjoint pousse un peu ou beaucoup à la décision, tant il se sent éloigné des "siens" et les valises se font à la vitesse grand V.

Alors, résister, s'adapter, changer, et pourquoi pas couper le chemin du retour, semblent être les bonnes solutions pour avancer sans échec et sans nostalgie. Si l'Ardèche ne convient pas au Rouennais qu'il aille en Aquitaine plutôt que retourner voir sa Normandie. Que la tomme de chèvre du Parisien du Gers ne fasse pas recette, ne doit pas le pousser à retrouver le périphérique. Persévérez ou changez, mais de grâce, ne retournez pas sur vos pas... ou alors pour en faire le dernier.