12 juin 2011 (83)

Pierre Janvier est un fringant jeune homme. Et depuis longtemps. Plus de sept décennies nous dit sa page facebook. Qui l'eut cru ?
A son âge, d'autres sucrent les fraises ou bouffent des pissenlits par les pieds. Lui, tous les matins du monde, il saute dans ses mocassins, branche sa machine à réfléchir, noue la cravate, enfile son appareil photo numérique et par-dessus tout ça, une belle écharpe bleu ciel, celle qui va bien avec ses yeux. Il sort son peigne et coiffe ses beaux cheveux, encore nombreux, avec délicatesse. Ses années Twist lui font un clin d'oeil dans le miroir et le voilà parti pour une journée de curiosité de plus. Il s'applique, comme il s'est toujours appliqué. Il a le sourire discret, le sourcil froncé et la joie de vivre retenue. Un type sérieux, quoi !
C'est que le jeune homme ne s'arrête jamais. Il scrute, il bouge, il arpente, il communique, il réfléchit. Les vieilles pierres des villages perchés, les pages International du Monde, la merveilleuse vallée berceau de sa famille, les petites et grandes histoires de sa ville, les complots politiques depuis la guerre, les noms des rues et leur origine, les performances de son nouveau numérique, tout cela (et bien d'autres choses) n'a aucun secret pour lui. Il aime la culture populaire sans quitter son look raffiné. Il a raison, ce n'est pas la cotte sale qui fait le bon ouvrier.
Son passé d'enseignant l'a enrichi, mais moins qu'il n'a enrichi les autres. Il en a gardé le sens de la transmission et quelques réflexes partisans. Il parle bien et aussi longtemps que vous le laissez faire, car, toujours, il déborde. Il écrit bien aussi et son clavier sent les pleins et les déliés.
On imagine sa descendance fière d'avoir un jeune homme aussi riche d'histoire(s) comme aïeul. Il a le sens de la famille, des racines et de l'arbre généalogique, qui lui permettent de regarder devant. La preuve, c'est souvent les bras tendus, oeil fixé sur l'écran, qu'il immortalise le présent.
Mais, Pierre Janvier ne s'appelle pas Pierre Janvier. C'est une astuce du portraitiste. Il l'a ainsi nommé en référence à un conseiller pompidolien. Car notre Pierre à nous est un fin stratège politique, homme de l'ombre et d'engagement. Parti de valeurs collectivistes bien marquées et en vogue en leur temps, il a rosi son discours comme la France mettait de l'eau dans son vin. Humaniste et républicain sincère, il préfère néanmoins l'efficacité à la fidélité à certains de ses discours. La fin justifie les moyens. Suffit de l'annoncer, et tout va bien.
Mais, c'est à l'heure des campagnes électorales que notre homme est au sommet de son art. Et, par les temps qui courent, un conseiller de l'ombre a d'autres outils. Il devient Community Manager par la force des choses. Il veille, déniche et intervient, par petites touches pour tempérer les ardeurs des amis d'hier, un tantinet fâchés des revirements des Pompidou de service. Envoyé spécial en terre digitale, pourrait-on dire de Pierre. Pendant ce temps, Monsieur et Madame Pompidou s'occupent des pétales de roses en plein jour, sans se soucier des épines.
Un jour que Pierre devisait avec le portraitiste, ce dernier imprégna sa mémoire de quelques confidences qu'il gardera pour lui, mais, qui lui permirent ces quelques traits de clavier-ci.
Souhaitons à Pierre Janvier des campagnes électorales nombreuses, sous des étiquettes différentes peut-être, mais qu'il saura justifier sans aucun effort. Soyons-en sûr.