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L'air du temps a des limites et s'accrocher au fil du vent finit par faire mal aux bras. On mourra dépassé, l'essentiel étant de repousser l'échéance le plus loin possible. Mais, s'accrocher pour s'accrocher, au point d'en perdre sa lucidité, relève du ridicule et du combat d'arrière-garde révélateur d'une dégénérescence ignorée, et pour cause, elle juge de son propre état.
Il faut savoir s'arrêter à temps, les albums de la sénilité sont d'un pathétique à s'immoler sur le champ, même en tant que spectateur. Aussi, il convient de respecter son public et lui offrir une image digne et conforme à la réalité. Laissons les tuteurs et le botox à ceux qui ne tiennent que par l'extérieur et le miroir.
Mais, je m'égare. Un peu. Je quitte Facebook, pour les mêmes raisons qui font que d'autres n'y sont jamais entrés. Par inadaptation à la formule et manque d'intérêt au concept. Ni passéiste, ni nostalgique, je n'ai pas trouvé mon compte dans cette histoire. Je me suis accroché longtemps (cinq ans, je crois) puis, j'ai lâché l'affaire. Je m'étais bien barricadé pourtant, en étant exigeant sur les intervenants et sur les contenus ; mais, il n'y a rien à faire, les infiltrations font ruisseaux de filets d'eau et mes neurones n'écopent plus à la même vitesse qu'antan.
Et, lorsqu'on est trahi, comme il se doit, par les siens, la coupe est pleine et le bateau prend l'eau. Ma casquette de capitaine flotte sur la photo de couverture et mes publications ont touché des fonds oubliés, à jamais. Victime de ma propre et légendaire exigence, je rends les clés et m'en retourne, en exilé volontaire sur mon blog familier.
Non, je ne veux plus qu'on "like" mes articles sans les lire. Non, je ne veux plus voir les citations les plus banales validées par des auteurs dans l'vent de l'époque. Non, je ne veux plus subir la logorrhée militante, l'inculture déprimante, ni la croisade des pro et des anti de tout et de rien. Non, je ne digère plus les tartines trop sucrées des apôtres du jour de clarté ou de l'apocalypse, de l'oecuménisme mou et des niaiseries pseudo-psychologiques, des attendrissements collectifs et des indignations moutonnières, des vérités absolues nouvelles, et de nouvelles vérités absolues le lendemain matin, des références scientifiques cautions de tout et son contraire, de blagounettes qui s'excusent d'être, d'auto-promos permanentes mal déguisées en partage, de fraternité exprimée pour se faire valoir, et, bien sûr, de chatons "craquants". Non, je ne veux plus que redescendent dans mon estime des qui truffent leurs mots de fautes d'orthographe en toute impunité. Non, je ne veux plus mettre des guillemets à amis. Non, je ne veux plus entendre avec mes yeux des lol, mdr, petite croix, je sors, ça c'est fait, j'adore, et autres exclamations, ou références générationnelles, signes d'appartenance réchauffants.
Mais, je ne manquerai à personne et, je fais bien mon cabot à vous offrir ce caca nerveux testamentaire. Peut-être. Mais, j'aime bien dire au revoir et pourquoi je m'en vais. On ne guérit pas facilement d'une bonne éducation.
Les réseaux sociaux sont aussi, comme beaucoup d'autres lieux et organisations de notre décadente époque, de la convivialité fabriquée. Et, si j'ai l'air de cracher dans la soupe, je n'en rejette pas pour autant les effets positifs. Un jour pourtant la balance change de sens. Étant d'un autre tempérament, je me sens mieux dans l'approfondissement des échanges et le monde des idées que dans l'éphémère et la surface des choses. Cela convient à d'autres ? Tant mieux.
Je quitte Facebook.
Pour les téméraires et les courageux, je retourne sur mon blog, Singulier Pluriel, où je serai, sans doute, plus fécond que ces derniers temps, et où les commentaires sont ouverts. Je chercherai, plus tard, un support pour publier mes photos. Ceux qui voudront me contacter trouveront toujours un moyen. Et puis, il est temps, pour moi, de me recentrer sur l'essentiel. Un peu de repli ne me fera pas de mal. J'ai quelques mots d'importance à associer pour semer, en silence, quelques graines de Joie Sérieuse, projet de ma vie.

Chercher la profondeur, c'est aussi prendre de la hauteur. Vous pouvez partager la formule sur votre statut. Le paradoxe fait toujours son effet. Il n'y a, bien sûr, aucune obligation à appliquer sur soi. L'important c'est le bavardage, pas la réflexion, dirait-on en smiley.

"Ami"calement
Claudio Orlando