Pour mon marathon de printemps, j'avais choisi Vienne. Comme souvent, l'idée d'associer un peu de tourisme au plaisir d'ajouter un nom de ville à ma liste a compté dans le choix. Après le surréaliste Marathon de Tanger, j'ai voulu partir vers des contrées à la réputation d'organisation forte. Ce fut le cas. Et contrairement aux échos du marathon de Berlin, ici tout était millimétré, parfait et souple. Comme quoi, on peut être rigoureux en douceur.
42 000 participants, c'est beaucoup. Malheureusement, comme partout aujourd'hui, c'est le nombre mis en avant pour assurer une notoriété. Les vrais marathoniens sont moins de 9 000. Les autres font un semi-marathon ou des relais.

Parti, comme cela devient habituel, avec une préparation hachée suite à quelques petites blessures, j'avais un objectif de 04h 32' assez éloigné de mon record de 04h07'21" de 2014. On m'avait présenté la course comme relativement plate, c'était donc jouable. Le parcours était plutôt "faux-plat" si je puis dire, avec quelques raidillons de moins de 10 mètres, à l'entrée des ponts, qui paraissaient des parois.
Un marathon de capitale qui reste en ville, c'est rare. Je lui ai vu des allures de Barcelone avec ses longues et larges avenues urbaines bien fournies en spectateurs, des allures de Paris avec ses longs passages en forêt, et des allures de Rome avec quelques petits pavés moins traîtres que les romains toutefois.
Vienne la touristique nous avait si bien accueillis avec des températures hivernales, une pluie battante et un vent virevoltant qu'à l'approche du jour J l'inquiétude s'invitait. Sur la ligne de départ, au-delà d'un magnifique pont sur le Danube qui prenait des allures de départ de marathon de New-York tapissé de coureurs-confettis multicolores, il a fallu compter avec l'attente par un froid polaire. 6° ressentis 4° disait l'information. L'information de mon corps ressentait un moins 40° au minimum. Et la musique classique, du Strauss m'a-t-on dit, envoyée par une sono parfaite dans le ciel de départ ne suffit pas à nous réchauffer, même virtuellement. J'ai toujours pensé qu'on devait faire des lois contre le vent et contre le froid. Et pourquoi ne pas commencer par l'Autriche ?
Nous eûmes un vent glacial et tourbillonnant s'engouffrant dans chaque artère tout au long du parcours. Cela m'obligea à garder mon coupe-vent jusqu'au bout. Même les chronos des Kenyans de tête sont restés modestes pour cette seule raison.
Pour moi, tout tournait bien jusqu'au semi-marathon que je passai en 02h 09' 04". Allure certes faible, mais qui pouvait m'emmener aux 04h 32' prévues. Dans ma tête, l'écriture de ce billet commençait à se faire et j'envisageais déjà de raconter une course sur-mesure où tout était calculé pour moi, qu'on avait oublié de me construire un "mur" au mauvais endroit, que les Autrichiens savaient accueillir les seniors venus de loin honorer leur évènement et dépenser leurs euros. Mais...

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Mais le 30ème kilomètre siffla la fin des réjouissances et le début du calvaire. Le "mur" était là, plus sournois qu'ailleurs. Comme s'il avait été placé horizontalement, il s'étala jusqu'à la ligne d'arrivée. Il faut dire qu'un aller-retour rectiligne sur une grande avenue forestière avec un vent sibérien nous a tous un peu aidés à épouser l'idée que ce Danube commençait à avoir des allures de Bérésina, et le gros du peloton, des silhouettes de grognards défaits.
Le reste de l'épopée se fit toute seule. Plus question de se motiver, remotiver ou chercher une quelconque ressource mentale pour pallier au désastre annoncé. Un pied devant l'autre et rien d'autre. De temps à autre, la pensée que le temps de penser, au moins le temps passait. Et il passait. La beauté des derniers kilomètres au passage de monuments grandioses ne recevait aucune émotion de ma part. Je n'étais pas là où j'étais.
Je finis ce marathon de Vienne en 04h 45' 56", soit mon 12ème temps sur 15 marathons. Peu importe ! C'est toujours mieux que d'abandonner comme il m'est arrivé à Tanger. Une avant-dernière excuse : les marathons lointains sont toujours plus difficiles pour les intestins, c'est mon expérience. Et chaque coureur sait que lorsqu'on est en conflit avec son intestin, c'est toujours lui qui gagne. Une dernière excuse : j'ai changé mon plan d'entraînement. Ce fut une erreur.

Par ailleurs, les quelques jours de tourisme dans la capitale autrichienne ont été, bien qu'humides et froids, très riches. Et lorsqu'on va à Vienne, on file une journée à Bratislava, de préférence via le Danube. Et là non plus, aucune déception. C'est un bon choix. (Quelques photos en lien ici)

En conclusion, je recommande le marathon de Vienne. Il est très beau et bien organisé. Pour la météo, je ne promets rien.
Je me retrouverai face à l'épreuve, à domicile, pour le Nice-Cannes le 13 novembre prochain.

(Une pensée ici pour l'ami Antoine qui a perdu, lui, face à ses "quadriceps de droite", le même jour, à Rome)