05 mars 2017 (6)

Comme le peintre a ses périodes, bleues, fauves ou surréalistes, le lecteur que je suis, a les siennes.
Depuis de nombreuses années je délaissais la littérature sans l'occulter totalement cependant. Mais les essais et les livres techniques m'occupaient largement. Encore cet irrépressible besoin d'apprendre qui m'accompagne depuis toujours, me poussait à de l'utile. J'avais un peu oublié combien j'ai appris dans le passé dans les romans, les petits et les grands auteurs, les classiques et les modernes.
Je me suis donc promené dans la psychologie et surtout la philosophie, dans la poésie et la pédagogie, dans la technique et les techniques. Riches périodes qui ressemblaient, comme toujours, au besoin de rattrapage de l'autodidacte dont le complexe ne s'efface jamais vraiment.
Me voilà, de nouveau flirtant avec la littérature et j'y trouve aujourd'hui matière à éprouver des joies insoupçonnées ou seulement oubliées ; qui sait ? Il s'agira sans doute d'un avantage de la maturité pour employer un euphémisme temporel à la mode. Encore qu'il pourrait s'agir d'un état d'esprit. Le même qui semble m'habiter depuis peu et dont je déplore qu'il ne m'ai pas visité plus tôt. Mais je partais de bien loin, dirais-je pour trouver une excuse.

Je lis donc comme j'essaie de vivre aujourd'hui : sans le souci de l'efficacité. Je lis avec plaisir sans avoir besoin de remplir ma besace de cervelle d'un savoir censé me faire évoluer et me faire tenir debout. Avec plaisir donc. Ce mot que j'avais banni de mon vocabulaire et affublé de tous les accoutrements de l'insouciance à la légèreté, de la bêtise à l'égoïsme. Il sera bien temps d'y succomber lorsqu'on aura fait son devoir, acquis tous les savoirs, pensais-je orgueilleusement.
Il convient lorsque la ligne d'arrivée, celle du départ donc, se profile à l'horizon, de revoir ses ambitions. On ne saura jamais tout et on laissera le chemin de croix à d'autres qui ont la chance de croire à un au-delà fait de récompenses pour leurs efforts terrestres.
J'étais, pour ma part, dans une contradiction féroce et mortifère. Êre athée et mener une vie de sainteté et de devoirs, de sacrifices et d'abnégation, ce n'est pas banal. C'est louable, me rétorquera-t-on. Certes, mais on vit quand ? Le paradis n'est pas en vue et la réincarnation non plus. Il me reste le grand âge pour récolter les fruits de presque six décennies de bons, loyaux et saints services. Oh je ne vais pas me transformer illico en fêtard ou en jouisseur auto-centré. Et c'est tant mieux. Je vais simplement relâcher la bride pour vivre ce qu'il reste avec un peu plus de détente, de souplesse et de sérénité. Pour le dire autrement, avec un peu plus d'indulgence envers moi-même.

Et voilà comment on bifurque en écriture ! Toujours friand de théories et de concepts à inventer, je me suis servi de mes nouvelles lectures pour en tirer, par association d'idées, un état d'esprit et peut-être un art de vivre nouveau. A moins qu'il ne s'agisse ici que des effets de quelques bourgeons de printemps qui influent sur mon humeur. L'avenir le dira.

Retour vers la littérature donc. Sans délaisser le reste. Mais il est question aussi d'un retour vers plus de lecture. C'est que je dois y trouver mon compte. Et l'appétit vient en mangeant. Mais je ne veux pas manger n'importe quoi pour autant. Je me suis surpris à dévorer des romans ou des biographies sur des sujets ou des personnages très éloignés de moi. Mais l'écriture étant belle et intelligente, la digestion en a été fluide. Et je ne parle même pas des papilles de l'instant présent, goûté comme il se doit pour une fois, au moment de la lecture. Je ne me donne plus l'obligation de tout comprendre et de tout retenir. Voilà tout.
La lecture plaisir en lieu et place de la lecture savoir. La vie sereine en lieu et place de la vie devoir.
Il m'a fallu du temps je l'avoue et si j'osais je parlerais de Mea Culpa. L'avenir est à venir, alors, Allons !