06 avril 2017 (2)

On habiterait une goutte d'eau climatisée. On rebondirait sur un chemin champêtre sentant bon l'enfance. On pourrait être larme sans tristesse ou poire sans soif, vecteur de souple et pluie de bien. On irait voir les pêcheurs ramener les filets et les boulistes jurer en marseillais. On tirerait des caddies à roulettes débordant de fruits d'été l'été et de fruits d'hiver l'hiver. On ferait de la ratatouille et du tiramisù à l'abri des jaloux. On s'enlacerait d'amour sans rien devoir à personne et en chipant des comptes qu'on ne rendrait jamais. On commanderait des cafés sans préciser "serrés" à des barmen italiens. On poserait nos lunettes sur des guéridons romantiques et on les oublierait. On contemplerait l'horizon pour poser des jalons sur le reste de vie. On se regarderait sans croiser nos regards et on saurait tout sans en faire de publicité. On ouvrirait nos bras aux pensées flottantes d'où qu'elles viennent. On les laverait si c'est nécessaire pour les redistribuer aux esprits éveillés.

La vie serait fraîche et moelleuse. Elle nous ferait des enfants pour jouer les prolongations. Comme des roseaux dynamiques nos vouloirs s'élèveraient vers le ciel et badigeonneraient, essuie-glaces, des paysages vierges prêts à tout. Les yeux, devenus regards, auraient des naïvetés d'enfant, sûrs que chacun est généreux.
L'intérêt personnel se suiciderait, léguant ses ossements au terreau d'un amour universel fait de vérité et d'éthique. Les résistants en mourraient pour la bonne cause.

On voyagera les doigts mêlés sur un chemin flottant loins des carcasses et des comptables, des angles droits et des tourne-en-ronds. On sèmera phonétiquement. On ira, de bon matin, déclamer la bonne parole en silence. Le corps parlera tout seul, fluide et digne. Il fera des petits sans morale et sans calendrier. On secouera nos pinceaux sur des toiles immaculées sans méthode, dans tous les sens et de toutes les couleurs. On fera des émules sans rien faire. On moquera nos idéaux et ça nous fera rire. On méprisera nos utopies et nous enfourcherons Rossinante en leur souhaitant le meilleur. On combattra des moulins à café pour en sortir des parfums d'éternité. L'absolu sera la règle sans léser personne. Le bonheur sera le minimum et les mots le diront avec humilité, sans prétention, juste pour le dire, pour poser une cerise sur le bateau volant.
On mettra des ailes au conditionnel pour qu'il se transforme en futur certain.