07 janvier 2016 (74)

Dans la foule, j'ai regardé les pas. Les pas des uns, les pas des autres, les miens. Chaque pas va vers la mort, chaque pas approche de la finitude. Même les pas des immobiles vont vers la mort. En marchant vers l'espoir, on marche aussi vers elle.

Mais nos peines comme nos joies ne sont véritable Joie qu'avec cette conscience-là. Pour bien aimer la vie, il convient de d'abord aimer la mort. Avec sérénité, avec acceptation. Et seulement nous pourrons goûter la vie. Pas en profiter, comme le dit la banalité qui voudrait qu'on la brûle en plaisirs temporels et successifs, mais la goûter dans son épaisseur, sa profondeur, sa consistance toute entière, au ralenti même.

Les pas de l'enfant comme ceux du vieillard suivent la même ligne. Ne faisons pas de ces pas une négation, mais une affirmation du plein de vie. Brique par brique, les pas montent et construisent, trait plein, une histoire. C'est la qualité du regard intérieur qui en fera du sublime et l'insouciance qui en fera du toc. Approfondir pour mieux s'élever, pour mieux sceller.
Marchons, courons, roulons, nageons, nous allons quoi qu'on fasse vers le silence. Allons-y vaillants et conscients, contents et vivants. Freiner, tenter le crabe, l'autruche ou le reculons ne fera que flétrir le chemin, rider la plage, froisser la page à écrire. Glissons sur un temps présent vers des horizons qui reculeront de nous voir si confiants, si debout, si tranquilles sur un toboggan inéluctable.

Déjà familiers avec la ligne d'arrivée, nous saurons muscler l'existant et le chemin sera plus puissant. Pas à pas, une chose après l'autre, tout va bien. Tout va bien vers l'apothéose et vers l'inexorable. Le but est défini mais le parcours se construit. Créons-le fleuri et ensoleillé plutôt que piège et barbelé. C'est chacun de nos pas qui balisera la route, qui devra choisir les ponts plutôt que les murs, les espaces plutôt que les barrières.
La mort attend. Elle est dans le scénario. Qu'elle attende ! Nous avons rendez-vous au tombé de rideau et nous jouons quand même. Nous suivons sa trace à la trace. La vie n'en est que plus belle. La conscience paisible de la fin déroule le tapis rouge au vivant.