19 avril 2017 (2)

J'ai planté du jasmin sur une histoire abstraite. Il a poussé dans le vide en renforçant des liens. Il sent plus que tout autre sans terreau palpable. Il embaume l'éternité pour les seuls nez sensibles. Les bourrins du vulgaire se tournent vers les chimies des grandes surfaces pour se donner des illusions de mai. Les coeurs purs font, d'un sentiment certain, des jardins sans efforts.
J'ai planté du jasmin un matin de printemps. Je me fous des gelées et des saints à venir, je plante quand je veux des graines de plaisir. La floraison répond à ceux qui aiment sincèrement et les mains se font vertes au pied du mur végétal.
J'ai planté du jasmin avec des mots d'amour. Qui osera me dire que cela ne suffit pas ? Je sais qu'il croît autant que moi-même j'y crois. Image mentale de synthèse réelle, mon jasmin remplit l'espace concret d'une abstraction rêvée.
J'ai planté du jasmin dans un coeur qui passait. Il a fleuri tout seul arrosé de quelques mots alignés. Il déborde de tout et le tout s'en nourrit. Il tapissera bientôt l'espace en 3D, on s'y noiera à chaque bouffée.
J'ai planté du jasmin et j'en suis satisfait. L'air en est plus doux et j'ai dix-sept ans. A l'autre bout de l'effluve s'accroche un autre coeur et le chemin est lié. Un jasmin officie à la messe des jardins. Respircommunions les uns les autres, nous nous envolerons sur des senteurs légères, des tapis odorants, des planeurs ondulants, des rivières aériennes.
J'ai construit de jasmin le reste d'une vie avec la naïveté d'un enfant et du ciment humain, émotion puérile assumée. J'ai tapi de jasmin l'horizon infini d'un être prometteur, d'un champ céleste, d'un chant universel.
J'ai offert du jasmin à tous ceux qui en veulent. Les pousses poussent sous les yeux des coeurs vrais et des âmes sincères. Je laisse le jasmin diffuser la beauté.
J'ai donné l'abstraction au jasmin inspiré. Les trains d'exhalaisons passent et fument les cheminées de locomotives champêtres sorties de dessins d'enfants. Passives et insensibles, les vaches paissent et les regardent passer.