18 mai 2017 (10)

Le soleil se lève aussi sur les esprits étroits. La nature a ses lois qui troublent nos jugements. Elle fait fi du mérite, elle offre sans tri, elle déverse sans compter. Justice solaire ou puérilité coupable, qu'importe, ce pouvoir est ailleurs, il échappe à nos sens et a un sens qui nous échappe.
Soit. Acceptons la sentence. Le soleil est à chacun, il bronze les tordus comme les saints, il éclaire les fripouilles autant que les coeurs purs.

Alors à quoi servirait de se bien conduire, de tendre une main secourable, d'aimer son prochain ? A le faire, tout simplement. Sans recherche d'avantage, sans attente de récompense. Même la satisfaction serait signe d'orgueil. Donner, offrir et recevoir les mêmes rayons que les assassins de l'humain, que les fauteurs de trouble, que les vicieux avides. Prendre la bonne position, sentir son corps à sa place, ouvrir sa main et laisser couler l'eau pour abreuver son voisin fut-il de la confrérie des esprits tordus. Ne pas chercher à savoir. Faire, point.

Les balourds font bien l'amour après tout, même mal. Leur part de bonheur est acquise sans délicatesse et sans altruisme. C'est ainsi. Aussi injuste que cela puisse paraître.
Les bas-de-plafond ont moins de prise au vent, ils cheminent sans savoir que d'autres compensent leurs méfaits, qu'ils leur déroulent aussi des tapis rouges quoi qu'il en soit, qu'ils leur font la courte échelle sans but et sans raison. Que les innocents se remplissent les mains n'émeut pas nos croyances, mais que le royaume des cieux accueille aussi les salauds, ça bouscule un peu tout de même.

L'effort de réflexion ne garantit pas la paix de l'esprit. Il pourrait même l'en empêcher. Mais celui qui s'y soumet n'en dormirait pas de ne pas réfléchir. Il n'a pas choisi, son moteur tourne rond ou carré, mais il tourne et c'est sa félicité, sa générosité et son eau au moulin de la vie. Chacun a sa place dans la machinerie. Chacun à sa place et l'entreprise fleurira.
Le soleil se lève sur les yeux ouverts et les yeux fermés. Il caresse, indifféremment, les champs de coquelicots et les décharges à l'air libre, les sommets enneigés et les taudis putrides, les esprits éclairés et les ordures notoires.