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Le détachement est une forme d'engagement. Prendre ses distances avec les mouvements de la cité a quelque chose de sacerdotal. C'est comme la mission de n'avoir plus de mission, le désengagement comme forme suprême, aboutie, de l'engagement humain.

Être utile, amplement utile sans plus être dans les affaires, influer sans bouger, distiller des ondes sans sortir de sa tanière. Se voir hors-saison dans le temps et hors-saison dans l'espace. Qu'il est doux le dessein d'être ailleurs, loin des modes et des projecteurs, du cambouis et du prosaïque ! D'autres se chargent du pratique et du terrestre, c'est leur heure. La nôtre est passée, bien ou mal peu importe, elle est passée et nos volontés ont d'autres ambitions à chatouiller, plus célestes et pourtant ancrées ici-bas.

Encore une fois, il convient de faire la différence entre la vie et la société. La première est souvent victime de la seconde, carcan et ramassis de croyances et de barrières. Déployer ses ailes hors système est un exercice périlleux, pénible et on n'y parvient jamais complètement. Les droits sont les tordus d'un monde tordu. La plupart se satisfont de la norme et se conforment aux règles, ils passent leur vie sur le tapis roulant sans effort et sans pouvoir sur sa destination. D'autres passent leur vie à dessiner des bifurcations, les unes après les autres. Et certains finissent par trouver la troisième voie, celle qui tient compte de l'environnement et de leurs desseins. Ils peuvent désormais peindre leurs rêves au milieu du chaos, filer en godille dans les embouteillages, s'éloigner en restant sur place, s'inventer la campagne à la ville et plus la ville à la campagne. Ils ont créé les conditions de leur liberté.
On ne marche pas pieds nus au milieu d'un peuple chaussé. On ne survit pas en se coupant totalement de ses gènes et de sa culture. Mais on y gagne à toujours les remettre en question. La bonne dose est source de sagesse, on préférera les roseaux aux sécateurs.
L'observateur détaché a des mouvements invisibles à l'oeil nu. Il semble statique et son expérience vous crée des tempêtes dans les neurones par une profondeur de regard. Contrairement à l'idée reçue affirmant qu'on ne sait jamais, il sait sans savoir qu'il sait, c'est sa force. Il abreuve, il distribue, il déverse, il arrose. Sa bienveillance n'est pas suspecte, elle est. La preuve, elle ne s'habille pas, ne se déguise pas, ne se met pas en scène. Au contraire, elle prend parfois la forme d'une rudesse destinée à vous caresser d'espoir et de vérité.

Vivre sa vie hors-saison, c'est tout donner sans compter, tout recevoir sans attendre, c'est caresser le quotidien de quelque horizon prometteur. C'est aussi servir de terreau à ceux qui viendront planter leur vieillesse dans vos pas et reprendront le flambeau de la transmission indicible. Décalés depuis toujours et pour toujours, les "hors-saison" sont le mur de l'Histoire et le tapis de l'avenir.

Profession ? Hors-saison.