30 juillet 2017 (1)

Tout y était. Les preuves écrites et la médaille. Rien de plus simple. Il suffisait d'exécuter. Il suffisait de tendre un drapeau tricolore sur le cercueil. Hommage et reconnaissance de la Nation.
Mais c'était sans compter sur la médiocrité de ces abrutis des Pompes Funèbres qui débitent des cérémonies à la chaîne.
Ils ont oublié, c'est tout. De retour en arrière, il n'était plus possible.

Ils ont oublié d'honorer votre courage, celui qui vous a fait refuser de répondre à la convocation au Service du Travail Obligatoire, sinistre négociation entre l'occupant et le gouvernement de Vichy. Vous n'avez hésité qu'une minute, de peur de créer des soucis à votre père, commissaire de Police. Celui-ci vous a répondu dans l'instant : "Fais ce que tu ressens, je me débrouillerai".
Et vous voilà parti loin de la capitale. Vous étiez désormais Réfractaire au STO pour toujours. Et l'action n'était pas sans risques même si nos yeux d'aujourd'hui ont du mal à le mesurer. Direction la Nièvre. Les fermiers accueillaient de bon coeur des bras jeunes et vaillants contre le gîte et le couvert. On dit même que parmi eux, quelques pétainistes y trouvaient leur compte et se faisaient complices malgré eux. A la ferme il y a toujours à manger. Pour dormir, ce sera la grange. On aura pris soin de vous délester de votre briquet avant de vous offrir le foin.
Les mois passèrent à se sculpter les muscles et à se méfier des visites impromptues venues vérifier qu'aucun réfractaire ne se redressait l'échine en ne la ménageant point. Vous viviez sur le fil, entre labeur et danger. Mais vous viviez digne et droit. Vous respectiez le contrat passé avec les parents : aucune communication. La jeunesse faisait passer la solitude.
Toujours avide de savoir pratique, vous avez su enregistrer et garder en mémoire ce nouvel apprentissage qui vous renvoyait à vos vacances d'enfant dans les campagnes ardennaises. Vous avez expérimenté la légendaire communication entre les hommes et les chevaux. Si mes oreilles étaient plus bavardes, elles pourraient restituer cette anecdote qui vous a permis de vous faire respecter par l'équidé qui cherchait à vous coincer contre une palissade ; une astuce bien réfléchie lui montra, une bonne fois pour toutes, qui était le maître. Non mais, c'est qui qui commande !?
Les mois passèrent. Les temps s'éclaircissaient et le retour vers Paris se fit à pieds avec des godillots qui rendirent l'âme, de braves gens qui offraient la pitance et une fête mémorable dans l'Yonne ou l'engouement populaire vous fit oublier, en une fraction de seconde, la dureté des mois passés.
Lorsque vous avez poussé la porte familiale, on fut surpris de vous voir. On vous croyait mort. Votre père malade était alité dans votre chambre qui ne l'était plus. Le lendemain, vous trouviez du travail dans un restaurant et la vie recommençait.

La Nation finit par comprendre l'acte de résistance et les réfractaires au STO furent reconnus et honorés...
... sauf par ces abrutis des Pompes Funèbres à qui on devrait faire bouffer des livres d'Histoire pour leur reconnecter les fils du cerveau si tant est qu'ils ont été connectés un jour.

30 juillet 2017 (4)

Qu'importe ! A notre mesure nous avons lavé l'affront. Notre promesse du drapeau, nous l'avons tenue avec quelques jours de retard : au pied d'un arbre, là où vous reposez en cendres, nous avons planté un drapeau tricolore. Vous pouvez, avec honneur, reposer en paix... dans le petit bois de Caille.