16 juillet 2013 (59)

Une sensation est venue réveiller la mémoire. L'épiderme vecteur est allé en vitesse toucher on ne sait quelle partie du cerveau pour en tirer des souvenirs, un peu vagues, nébuleux, faits autant d'images que de sons, d'odeurs et de mots, sans frontière nette entre chacun d'eux.

Un matin d'été, un air un peu plus frais, un horizon plus clair, un café bien serré et un esprit serein vous transportent au château de Combourg ; un martinet au-dessus de l'eau a laissé dériver la barque de Chateaubriand. Les Mémoires d'outre-tombe dormaient donc dans la mienne sans plus que je sache ce que j'en ai lu. Je sais seulement qu'un romantisme adolescent s'était laissé prendre par la douceur de mots, les avait mis en musique et en cinéma et les avait stockés pour resservir un matin d'août au petit déjeuner. Surprise de l'émotion que rien ne prédisait.

Sans trop savoir qu'en faire, on la partage à deux. Puis on l'écrit pour la diffuser sans bien savoir à quoi cela sert. On sent, on le vit, on écrit, on décrit avec l'espoir sans intention de réveiller aussi au fond d'autres mémoires des pépites de madeleines pour agrémenter un petit déjeuner sur des terrasses diverses dans d'autres contrées et d'autres ressentis. Communauté des sens et fonctionnements communs à tous les sensibles. Les autres ont bien les cartes mais ils les ont enfouies, barricadées derrière du prosaïque et du mouvement énervé. Dommage.

Chateaubriand revient après les mots tapés et on se dit que l'on devrait, par souci de justesse, aller vérifier si la bibliothèque de l'original passé n'était pas en désordre avant qu'on la réveille. On a pu dire des énormités, confondre un auteur avec un autre, une oeuvre avec une construction émotionnelle qui dormait depuis cinquante ans quelque part au fond de salles internes qu'on ne saurait retrouver sans un nouveau déclencheur, conjonction de sensations diverses.
Demain sera un autre jour et qui sait ce que réserve le ciel à venir et les effluves qui se préparent. Demain, on sera fouillé sans rien décider, des visiteurs abstraits et insaisissables joueront les archéologues et nous feront du bien. Un bien global et diffus. Indéfinissable et partageable.