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Chez les pauvres on finit son assiette. Puis, on prend des habitudes, et quand on lit un livre, on le finit. Qu'il nous plaise ou pas.

Un jour pourtant, on ne s'encombre plus et on ne voit pas pourquoi on s'obligerait à souffrir une lecture inutile. Pour l'assiette je ne crois pas que cela change et à ce jour je pense même qu'il n'est pas souhaitable que cela change à moins de risquer l'empoisonnement bien sûr.

On a pu croire qu'un livre imprimé prouvait sa qualité, qu'un éditeur ne se risquait pas à publier du médiocre. On se trompait. Mais on s'est trompé si souvent à croire parfaits une blouse blanche ou une blouse grise, un diplômé, un couronné, un vieillard même à qui on attribuait le crédit d'une expérience. Bref, la naïveté permet de laisser les portes ouvertes et l'esprit optimiste mais construit des désillusions qui elles-mêmes tannent le cuir sans, espérons-le, entamer l'âme d'enfant et la propension à faire confiance a priori quoi qu'on ait subi par le passé.

Comme on finit son assiette et on finit son livre, on va au bout de ses engagements, c'est le fruit d'une bonne éducation. Mais qu'un engagement ne nous tire pas au pied de la falaise, ce serait stupide. Rester fidèle à ses fidélités peut devenir suicidaire. Alors il faudra aller au bout du bout en guettant l'instant d'arrêter son pas, le fil qu'il ne faudra pas couper, la ligne qui ferait basculer. C'est un travail difficile, car plus on va au bout moins on a de forces et le discernement est moins efficient lorsqu'on est privé de ressources. Il faudra trouver l'instant juste, celui qui ménagera la satisfaction d'avoir mené le combat le plus loin possible et d'avoir su, par prudence, par sagesse, lâcher l'affaire avant d'être avalé tout entier par la machine à broyer.

On respecte son assiette et son auteur mais on préserve sa santé. On respecte ses engagements mais on prend soin de son être. Entre persévérance et entêtement il est des nuances qui éclairent. Il se trouvera toujours quelqu'un pour pointer notre abandon ou notre folie. C'est son métier. Le nôtre est de l'ignorer.