09 juin 2012 (3)

A force de labourer le chemin vers la vérité, à repasser sur le trait du crayon une vie durant, à en déchirer même la feuille de papier censée reproduire les années d'efforts, de réflexions, de remises en question en remises en question sans pour autant parvenir à poser un point final, pas même une respiration pour jauger son travail, pour juger son parcours, on s'éloigne de la réalité.
La vérité ennemie de la réalité ? D'autres l'ont compris et exprimé avant lui. Cependant le chercheur d'or est sourd. Sa soif d'absolu le mène à construire ses propres barbelés, barricadé de l'intérieur. Sauveur de l'humanité autoproclamé, il est sûr de sa mission. La pépite viendra. A son heure. Dût-elle être la dernière.

Pendant ce temps défile le paysage. Il n'en voit rien. Il n'en goûte rien. A regarder à l'avant de la locomotive étudiant la meilleure façon de tracer les rails de demain, il file dans l'espace. Et l'image ne s'imprime jamais assez vite dans son esprit. La photo est floue et les vaches fuyantes.
Parfois les rails font des noeuds. Que par malheur il pleuve dessus et l'entreprise de remise à plat n'en sera que plus ardue. Seul le crash est salvateur. Et encore ! Plusieurs seront parfois nécessaires pour lui ouvrir ses yeux d'illuminé. Sincère, courageux et généreux mais illuminé quand même. Vivre demain n'est pas recommandé. Mieux. C'est impossible. L'étant est. Le possible n'est que possible.
Il aura au mieux laisser une trace, des gribouillages, des pistes, du charabia. Pour rien. D'autres chats se feront fouetter ailleurs. C'est la loi du genre. L'ambition démesurée et l'orgueil auront été de la partie sous couvert de nobles intentions. Dommage. Un gâchis de potentiel aidé par une volonté de "faire" qu'on aurait mieux appliqué ailleurs.

La réalité remporte toujours la partie. Qu'elle soit belle ou laide, bonne ou mauvaise, ajustable ou pas. La vérité, elle, occupe toujours la salle d'attente et les tripes des candides valeureux. C'est son lot.
A ne vouloir construire que des cathédrales ou rien, à vouloir être Hugo ou rien, à vouloir multiplier les pains ou rien, on courbe le dos avant l'heure, sacrifié sur le mur de la réalité. Alors qu'il suffisait de se retrousser les manches au lieu de se retourner le cerveau.

Pauvre chercheur d'or dont on ne sait s'il a le choix ou pas.