24 juillet 2015 (7)

Le pas lent sur le chemin de halage, est mouvement et patience. Le regard vers le fleuve et dans le vague se laisse griffer par l'eau salie qui descend vers une autre plus claire et salée. La boue se lave en glissant et la marche suit. Chemineau laborieux, dos légèrement courbé, il sait le temps allié. Actif, au ralenti, il fait sa part du jour. Que coule le flux, que se vide le croupi, que se lave la montagne ! Souffrance et jouissance font bon ménage. Elles savent tenir le marcheur debout et en mouvement, en équilibre de déséquilibre. C'est le prix. Celui de l'acceptation de l'eau boueuse qui passe. Car le temps de penser qu'elle passe, elle passe. La mer lui rendra sa clarté. Les orages seront expérience et mémoire. L'estuaire ouvre et s'ouvre et les descentes ne sont pas toujours enfer, elles peuvent s'avérer élévations, renouveau, renaissance. Le fleuve voyage plus vite que le promeneur. Il lui prépare le terrain du grand large. Si l'eau qui grouille paraît floue au regard fixe, c'est qu'elle file, à son rythme, tout à son oeuvre de purification.
Que le pas reste lent. C'est son salut.

Demain, tous les sentiers nettoyés, les épreuves allégées et les plaies pansées feront de belles cicatrices ou des veines en relief sur des mains tortueuses et riches. Brunies par le soleil qui toujours se lève et relève, elles façonneront le reste du parcours et caresseront l'océan pour le rendre, si possible, plus doux aux petits-enfants. Le dos plus courbé mais le regard plus franc, exploreront l'horizon, certains que demain sera beau, aussi beau que la nuit fut noire, aussi doux que le tunnel fut effrayant. Il suffira de reconquérir le monde, tout simplement, bras ouverts sur le possible, sur le bleu, sur un printemps nouveau.

Le temps aura filtré le temps. Il suffisait d'attendre sans se poser, juste ralentir le pas. Les angles érodés seront moins tranchants aux voyages à venir. L'élan aura gagné en souplesse et fluidité. Il fallait suivre le courant. C'était lui qui dictait le sens. Obéir sans subir, se soumettre sans se rendre, s'abandonner sans abandonner. Doucement. Doucement.