26 février 2018 (2)

Sur le chemin du néant, c'est le temps du repos. Sans le chercher. Se poser. Se reposer. Ne rien attendre. Vivre. Douce gracieuseté, c'est l'heure du ballon de baudruche soufflé par le hasard. Plus de fil qui le guiderait, le contraindrait. Le ballon s'envole et se détend. L'espace est tout à lui. Les frontières de la physique ont sauté. C'est l'antichambre récompense, le sas de plénitude. Aux yeux des agités, ce temps semble vide. Et pourtant. Il est compact, plein, puissant. Il suffit juste de le poser comme un souffle d'air pose un pétale évadé sur la balustrade d'une terrasse.
Ne plus courir enfin. Même après le bonheur.
Car...

Courir après le bonheur pour ne pas courir après l'argent ou la réussite sociale, cela reste courir. Même courir après le non-courir, c'est courir.
On a voulu changer le monde, se démarquer, fuir les conformismes et la société qui nous aspirait. Et on a choisi d'autres buts. On les croyait plus nobles, décalés, modernes. On leur a donné des noms et des vertus valorisantes. On prônait l'humanisme, les valeurs avec des guillemets, la générosité et l'accomplissement. On a changé les objectifs quand il nous aurait fallu changer les outils.
Les injonctions au bonheur ou à l'Être, au dépassement et au bien-être restent des injonctions. Immatérielles certes mais une forme de pression sur soi qui n'offre pas le relâchement. Attention ! N'en profitons pas pour courir après le relâchement, nous aurions perdu d'avance.

Ne rien faire sans chercher à ne rien faire est l'ajustement le plus fin et le plus efficace qu'il nous reste.
Suspendu au temps, à sa merci, dans son cocon, on goûte la confiance qu'on donne à la vie. Rien n'est écrit. Tout s'écrit.

Léger comme une plume, on s'affale dans une piscine de balles colorées. En sécurité. Laisser le corps, souple, prendre la vague, l'épouser. Ne plus se battre ni se débattre. Faire virgule de tout. L'instant porte vers l'instant suivant. N'avoir rien à léguer, rien à laisser, rien à marquer. Libre de se laisser aller. Ne plus chercher l'adrénaline et ne plus s'exciter. Seulement goûter la pâtisserie de la vie qui vient rappeler qu'on est en vie. Parfois sentir un parfum d'enfance et s'y abandonner sans nostalgie, par accord avec le cadeau, avec le présent.

Puis regarder vers demain sans dessiner demain d'avance. Poser le pas qui va. Puis poser l'autre. S'apaiser le corps. S'apaiser sans nommer le verbe. C'est. C'est tout. Ne quitter le silence que pour dire le silence.