18 septembre 2016 (4)

J'ai tressé, ma vie durant, une corde de doutes et de certitudes. Successivement. Drôle de composition : un brin de rationalité philosophique, une torsade de foi sans destinataire, un fil de curiosité psychologique. Tantôt souple et tantôt raide, elle me hissait vers des sommets ou me lâchait en plein vol. Voyageur incessant je fuyais les chapelles, les cases et les définitions. Feu follet je sautillais à la moindre velléité de me saisir, de me classer. Le spirituel en bandoulière dans une foule de rationalistes et zélé scientifique au pays des illuminés, j'ai construis une demeure de travaux en cours. Et c'est tant mieux. J'ai changé de couleurs sans en renier aucune, épousé des convictions éphémères et garder le cap en modifiant l'itinéraire.

Je traverse le temps, en équilibre sur un cordage lustré par les ans, habité par de petits noeuds séchés, animé par des joutes intérieures. Il est temps de le détendre, de s'allonger confiant sur ce filin de sagesse, aggloméré de vie. Laissons-lui les clés, il sait, il saura. Maître de l'équilibre, il veille sur mon repos.
Douce satisfaction, je sais l'avoir tressé moi-même, en avoir gagné des mains calleuses et des ampoules douloureuses, des joies passagères et des éclairs d'éternité. Tout s'est fondu et confondu pour faire cette couche fragile et certaine à la fois, précaire et solide, tranquille.

Funambule abandonné volontaire, je voyage les yeux fermés vers des couches lumineuses sans confort. C'est bon. J'ai noué mon hamac à la simplicité sans fuir les tempêtes. Expression de vie, elles saleront le vent pour animer le coeur du soldat qui sommeille. Debout couché, à l'affût détendu et vieux chêne plein de sève, je prône l'abandon éveillé. Observateur d'une détente méritée, j'aspire à la lenteur du pèlerin au long cours.

Que demain se tricote à l'écart des horloges, au bout de chaque maille, un point à l'envers et un point à l'endroit, le point suivant comme modeste objectif. Pas plus. Aspiration raisonnée de l'humble confetti d'un univers sans fin. Une touche de plus, discrète, douce et colorée.