12 mai 2018 (7)

J'ai couché un brin de Toscane sur des dunes atlantiques. L'air était frais et le soleil brûlant. Va comprendre. Au rythme des humeurs, j'ai suivi des toboggans et des graphiques en couleurs. Je m'en suis trouvé essoré et enrichi. Que la vaisselle ébréchée et les meubles patinés m'émeuvent n'est un secret pour personne dans les labyrinthes de ma tête. Mais je n'en fais pas une religion car je hais le vintage et les puériles émotions. Je reviens de voyage et en prépare un autre. Sont-ils réels ou imaginaires ? Même bien éveillé, je ne le sais. Dans les rues touristiques mes sensations se faufilent entre les passants. Personne n'a les mêmes. Alors je ne suis pas allé chez eux. Je suis allé chez moi, ailleurs. Je garde ma mémoire pour mes soirées de vieillesse et ne l'étale pas aux yeux de ceux qui s'en fichent de mes poils hérissés et mes élévations intérieures.

J'ai emmené l'Afrique au coeur de Venise. Contrebandier souterrain, je dessine le décor sous mes chairs sensibles. Je fais ce que je veux et slalome entre les cases et les forfaits tout compris. Excusez l'impudence, je ne suis qu'un berger qui fuit les moutons. Je n'aime que mon bâton de pèlerin qui voyage même sur place. Il a modelé ma main et j'ai poli son front. Debout devant le ciel, j'ouvre des ailes factices et j'embrasse le ressenti. Je m'en fais une couche dans un lit solitaire. Personne ne me connaît, pas même celui qui l'énonce. Le temps est camarade et je n'ai rien à dire.

J'ai invité mes pores sur des plages océanes. Ils ont pris du sable dans les yeux et des embruns dans le nez. J'ai repassé le crayon sur un GPS froid comme la mort qui m'a renvoyé au bercail sans rechigner et sans humer les chemins de traverse. Tant mieux. C'est son rôle. Ma besace était pleine de cet espace lointain tout serré contre moi où que mes pieds soient. L'ailleurs est ici et ici c'est partout. On enregistre ses pas pour des vols en troupeau. On se fait palper le corps pour des horizons prometteurs et on oublie qu'en soi la géographie à toutes les destinations. L'expérience est un fruit de l'interprétation du ressenti. Les souvenirs se créent par la tête. Activons la machine à traduire les émotions sur papier intégré et gardons bien au chaud cette réalité impalpable et intime d'un voyage effectué ou non. C'est exactement pareil.

J'ai versé du Chianti en plein Médoc et il était très bon... pour mes soirées d'hiver de la vie.