01 juin 2018 (83)

J'ai rendu les clés du brouhaha, repris mes sandales jaunes et posé un haïku sur le guéridon. Il fait doux. Les obligations attendront. Rien n'est grave. Demain il fera jour ou pas, ce n'est pas le problème d'aujourd'hui. Aujourd'hui, il fait jour. Pour hier, allez frapper plus loin, je n'y suis pour personne. La cerise a rendu l'âme et le jasmin embaume. Le livre a replié ses bras, il s'impatiente de moi. J'arrive. Je bouge sans excitation. Un actif au pas lent m'a enveloppé. Et j'avance. Plus loin que vite, le pas ferme et doux, feutre assuré, muscle sec et sûr. En mouvement lent ma terre tourne. Au mieux. Du mieux possible. Toujours vers le même horizon, celui qui m'engloutira en douceur, en ultime sérénité. Sans laisser trace ou tout au plus trace de la trace pour que l'enfance nouvelle laboure à sa guise sur des terres usées mais vierges. J'attends en mouvement.

J'écris nonchalamment avec des mots usés qui, toujours, radotent les mêmes ambitions, repassent des antiennes à mes propres oreilles. Ne rien avoir à dire et le dire, c'est un emploi à plein temps.

Le jour me va. Je suis propriétaire du paysage qui s'offre et des émotions qui s'élèvent. Propriétaire jusqu'à tout à l'heure. Ce sentiment de vide et de plein, d'épure et de puissance, demeure, file l'instant, trace le trait, expire en retenue, aspire l'énergie de l'esthétique filtrée, nouvelle, supérieure. Tout est là. Rien ne peut être meilleur que ce sublime ressenti dont le mot plénitude est le plus proche et pourtant n'en dit qu'une partie. Écrire, c'est dévoiler. En plus ou en moins ? En partage qui divise ou en partage qui insuffle ? On ne sait. C'est. C'est tout. Et c'est bien. Je dirige l'instant comme on construit ses rêves. Ni marionnette ni marionnettiste, je suis le fil, seulement le fil. Je prends et je donne. Je suis ma voie. En joie.