01 juin 2018 (80)

Ramener la couverture au petit matin et s'en faire des métaphores à n'en plus finir. Se mettre à l'écrire et courir après les mots qui dévalent la colline. S'en étonner puis croire au premier pas qui ouvre les portes. S'en aller par le chemin sans crapahuter, se laisser glisser sur le toboggan des lettres qui s'alignent. Ne pas revenir en arrière et laisser faire. Faire confiance. Suivre le doigt qui pianote et le croire créateur. Subir son dictat. Victime consentante, on ne tente rien qui puisse couper le fil. Laisser couler. Le clavier dicte et les lignes s'alignent. Tout est à sa place. Les ratures ne sont pas de mise.

Ramener la couverture au petit matin et goûter la fraîcheur qu'on capuchonne. Penser à plus tard, au petit déj'-terrasse et au livre qui attend qu'on lui déploie les ailes pour retrouver les lacs scandinaves et les histoires de vie. Le temps qui vient vit déjà, les yeux fermés et les pores ouverts. Le rêve déborde et fait le lien avec le réel, le curseur fond sur la frontière. L'air est doux. La vie aussi est douce comme un cadeau du chaos passé, des barricades et des blessures cicatrisées en apparence, encore un brin brûlantes dans des circonvolutions cérébrales. Le corps a été labouré comme l'esprit. Aujourd'hui, malgré cela et parce que cela, il sait goûter le moment. Cabossé et heureux, il s'envole sans bruit et en douceur vers des matins plus vieux et apaisés.

Ramener la couverture au petit matin sans la ramener à soi. Ou si peu. Tout est image. Les doigts ont agrippé le tissu comme on s'accroche à une main salvatrice et ont tiré comme on ramène la bâche sur une terre battue par la pluie. On est bien. La nuit s'achève. Dehors le temps attend, il prépare le terrain vaporeux sur lequel nous poserons des pas légers entre terre et éther. Nous marcherons sans à-coups, nous glisserons comme les anges flottent sur les plafonds peints. Le ciel est beau, bleu et moelleux, accueillant et protecteur comme une couverture qu'on ramène au petit matin.