15 juin 2018 (163)

L'albatros a pris l'âme du papillon. Et sa légèreté. Et sa souplesse. Et le sentiment de son éphémérité.
Il fait froid à l'étage des nuées. Et qui lui en voudrait de venir caresser les coquelicots, de se rassasier aux nourritures terrestres, de se hâler les ailes au soleil ordinaire ?

- Virevolte albatros et repose tes ambitions ! Au ras du sol, il est des parfums inconnus qui sentent autre chose que le commun. Ce n'est pas qu'une pause, qu'une récréation. Tu pourras faire planer tes exigences sur des esprits vulgaires. Qui sait, tu pourrais peut-être y semer quelques graines de divin ? Garde ton élégance et ton rang. Ton agilité nouvelle fera une ombre dansante sur les fronts bas sans qu'ils n'entâchent ta prestance. Descends les étages tous tes atouts en toi, tu goûteras des joies plus primaires qui alimenteront tes élans célestes d'un carburant non raffiné mais parfois nécessaire à ton équilibre.
Les autres y verront, à portée de leurs yeux, des possibles nouveaux et des éclairages encourageants. Peut-être. Ils recevront ce qu'ils sauront ou pourront recevoir, l'important étant ce que tu as donné. Puis, tu t'en retourneras à ton poste d'observateur, forcément déçu d'y être encore solitaire mais ragaillardi de quelques vitamines primaires qui te garderont en forme et en moral, plus apte encore à construire tes chemins de sagesse.

L'albatros-papillon a la souplesse et la liberté comme devise. Il est partout chez lui et plus personne ne peut le moquer. Il passe. Il est force et vivacité. Sa puissance n'a d'égal que sa grâce. A coups d'ailes, il peint le ciel et la terre, le spirituel et le prosaïque. Il mélange ses couleurs et marie les antagonismes. Il reste souverain de l'azur aux ailes déployées et vient frôler les herbes folles par mouvements tourbillonnants. Il a gagné la légèreté sans perdre la grandeur. Son aisance n'a plus de frontières horizontales. Il est bien ici-bas et les hommes d'équipage n'ont qu'à bien se tenir. Il est bien tout là-haut et nul ne pourra entraver son envergure. Il est partout chez lui et sans limites.
La profondeur du ciel peut flirter avec la lourdeur terrestre à condition d'y mettre de la fluidité et de la couleur. Laissons virevolter les albatros.