18 mai 2017 (10)

Le ciel ne fait pas de vagues. Pas plus que ne tremble la terre. Le fil du temps s'étend en horizon clair, net, certain. Reste à le laisser glisser sur soi. Parfois dessous, parfois dessus, il épouse son être tantôt support, tantôt souffle céleste.
C'est l'heure du simple et du repos, du frugal qui comble plus que tous les trésors. Le temps n'est plus divisé en sections. Ses aiguilles allongées lissent une musique sans dénivelés.

Attendre. Sentir. Ne plus compter. Ne plus espérer. Et ne plus rêver. Attendre. Goûter. Offrir la vie à la vie.
Laisser le crayon dérouler son trait horizontal et apaisé à la fin du brouhaha et des élucubrations inutiles. Le laisser tout seul décider du point final. Électrocardiogramme plat et vivant, économe et généreux, régulier et résistant.
Calmés les passions éphémères et les bouillonnements clinquants, les pieds hors-sol savent inspirer sagement. Le tumulte de la ville est loin. Il décharge ses batteries pour fanfaronner en place publique. S'en suivront quelques dépressions associées. L'immobilité voyage plus loin de peu d'encombrement, légère. On n'entend que son souffle, et encore, en tendant l'oreille.
Le calme tranquille ne regrette rien des élans passionnés. Le flamboyant n'est pas toujours où il se voit. Chaque temps a son heure. Peut-être. Et nul ne peut tirer de leçons d'instants non encore vécus. Il faudra patienter, attendre que les pendules accusent le poids des ans, ramollissent un peu les muscles, ralentissent les corps et éclairent, rafraîchissent et revigorent l'esprit, l'esprit serein, allongé sur le trait d'horizon, confiant, porté par le mouvement lent d'une intemporalité réjouissante et discrète.
Les nuages ne sont plus qu'épiphénomènes. Le vent, c'est certain, fera son oeuvre. Le fond du ciel se moque de sa surface, il est.

Ainsi, en plein automne on découvre un été apaisé, coureur de fond sensible aux douces ondulations, courbes sensuelles qui respectent l'essentiel, vaguelettes insensibles aux êtres burinés qui sentent, qui goûtent. Paisiblement. Pieds nus, ils s'évitent les cailloux dans les chaussures. Sans espoir, ils fuient les désillusions. Sans rêves, ils vivent. Plus vivants que jamais.