01 juin 2018 (54)

La joie ou le bonheur qui s'exonéreraient du tragique de la vie ne seraient que foutaises, vernis éphémère et retour de bâton prévisible. La vie est tragique et belle à la fois. Et sa beauté a d'autant plus d'éclat que le tragique gronde dans ses profondeurs. C'est par contraste qu'elle a de beaux scintillements.
La conscience du réel construit des fondations sérieuses, noueuses, patinées, parfois sordides et monstrueuses. Là, face au pire, avisés, nous allumerons des feux. Des feux d'espoir, diraient les plus utopistes. Des feux de vitrine, pour les plus simplistes. Ou, pour les plus sérieux, des feux de vie, de vie malgré tout, de vie quand même, de vraie joie sur des décombres structurels.

Le malgré tout a des vertus adultes et responsables. Il est conscience et acceptation de la réalité et pas moins joie et allant, énergie et sublimation. Le malgré tout ne connaît pas de limites d'action puisque le pire est advenu. Alors vivons, cheminons vers le zénith à la merci de l'imprévisible, en confiance et sans illusions.
Le positivisme béat s'écroulera au premier orage et les niaiseries du Développement Personnel brûleront leurs ailes de papier au souffle de la première contrariété. Ces théories ne sont que coloriage et paillettes, divertissement et tuteurs artificiels destinées à rendre aveugles de gentils consentants aux pieds d'argile. Que n'épousent-ils pas des concepts plus solides, une philosophie des yeux ouverts, une globalité réaliste et pourtant joyeuse et gratifiante, vie réelle riche de toutes ses facettes et de ses paradoxes ?

La vie est tragique, disions-nous et le malgré tout la rend d'abord vivable, ce qui est déjà bien, et au-delà, éclairée et passionnante. L'acceptation de nos limites pour changer le constat de l'horrible nous donnera des ailes pour vivre vraiment, pour goûter ces nourritures terrestres à pleines dents. On en remercierait presque l'horreur. Il s'agira de prendre la vie belle plutôt que vouloir la rendre ainsi.
L'acceptation, le mot est lâché. Elle enterre les illusions mais ouvre d'autres portes sur le soleil. On en profitera pour se dépouiller un peu plus et gagner en humilité et en virginité. Lâcher ses combats, c'est aussi retourner vers l'enfant. C'est d'ailleurs vers l'enfant que le vieux sage courbe l'échine, lorsque bien fourbu par ses années de pérégrinations, il retourne à l'essentiel loin du brouhaha et des inutiles bavardages. Il sait ne rien savoir comme il se doit, mais au moins il le sait. Alors, il respire, mange et se repose. C'est déjà beaucoup. Son âge lui a offert la lucidité sans lui ôter ni son optimisme, ni son émerveillement. En connaissance de cause, il vit bien quand même. Tranquillement, il vit bien... malgré tout.