07 septembre 2018 (21)

Je suis allongé sur un nuage. Blanc, cotonneux, éclairé par le soleil et posé sur le réel, la terre. Je bronze. Tartiné de vitamine D, je serre la main au passant et à ses soucis quotidiens. Proche de lui, j'en suis pourtant loin, en vacances. Il est sous le nuage le passant, il rame, il trime et se noie. Mon élévation pourrait avoir une certaine indécence et pourtant, je la goûte en toute légitimité. Je suis bien. Bien au-dessus du prosaïque et je garde un lien avec le bas de l'échelle d'où je viens. Je ne rends rien. Je n'ai aucune dette. Je vis comme le jour me le permet. Cadeau de l'escalade ou repos du guerrier, qu'importe, je suis bien au soleil et le matelas est souple. Suprême confort, il ne m'a pas coûté, il est venu à son heure. Modeste et sobre, il m'éclabousse de douceur. Rien d'autre que le soleil ne brille, aucun artifice. Tout est gratuit. Aux coeurs purs et valeureux, le temps sait ouvrir ses humbles palais. Il me plaît de le croire. Le présent m'offre ses joies. L'exaltation n'a pas sa place dans ce bien-être et cette plénitude. C'est, au contraire, la détente de tous les muscles, de tous les nerfs et des élucubrations du cerveau qui s'invite. Tout est pour le mieux.

Au soleil, sur un nuage. La place est bonne. L'image est belle. Dépêchons-nous de la poser sur le papier avec une plume bien large qui trace une courbe douce sur les écrans du monde. La mer d'écriture s'étire sur la plage qu'on croit infinie, qu'on s'applique à bien tirer sur les bords, au-delà des marges. L'instant présent, comme on dit, n'a pas besoin de notre volonté, il sera là demain, indéfiniment. C'est son rôle. Alors laissons faire la vague et le nuage, le soleil et l'apesanteur. Aujourd'hui la sensation a trouvé place, par des mots incertains et jamais assez fidèles, sous des yeux connus ou inconnus, résonnant sur leur propre état. Du moins, je l'espère.
Le contentement enveloppe l'espace. Le corps y trouve son compte.

Éloignés nous sommes de ces moments dopaminés d'états euphoriques qui se prenaient pour de la plénitude quand ils n'étaient qu'excitation, certes planante, mais stress quand même, positif et sournois. Les endorphines sont des particules fines qui oeuvrent en sourdine. (Même si c'est la musique des rimes qui donnent des accents de vérité). Ces temps de sentiment de voler au-dessus des nuages, de marcher au-dessus de l'eau, portaient en eux des rendez-vous moins glorieux. Même si les certitudes s'alimentaient elles-mêmes et créaient tourbillon ascendant. Plus dure sera la chute. Le factice rend les armes un jour ou l'autre. Cependant, cet élan secondait un présent plus lourd et cette élévation, fût-elle illusoire, était le temps présent de ce temps-là. Il fallut redescendre sur terre sans parachute pour, un jour, reprendre son envol, un peu moins haut, un peu moins vite, un peu plus sûr. Les collines ont des vertus quand les hauts sommets ont de l'allure et les vieux massifs sont du bois de la sagesse. Il faut que jeunesse se passe, même tard.
Sans prête-nom, je m'étire sur la vie. Elle aime ça. Moi aussi. Je m'étais cru marathonien, je n'étais qu'un sprinter de fond. Doublement orgueilleux, j'allais trop vite et trop loin. Désormais, je vais seulement bien. Dépouillé d'exigences et d'avoir, allégé d'ambitions et de devenir, allongé au soleil, sur un nuage.