02 janvier 2019 (13)

Ô bien-aimées désillusions qui nous libèrent de nos certitudes. Nous vous aurions chéri plus tôt sans cette opiniâtreté à chercher une prétendue vérité. C'est notre légendaire volonté qui nous a ralenti l'épiphanie. Trop persévérants et trop solides pour se fondre dans l'évidence et le commun qui avaient fait leurs preuves sans nous, avant nous.

Les claques doivent redoubler pour convertir les plus vigoureux. Et la chute est plus longue, plus vertigineuse, plus brutale. Ce rendez-vous avec la réalité a des violences à la hauteur des calcifications des croyances ancrées. L'heure du lever de rideau tranche comme un couperet qui irait vers le haut. Et la lumière aveugle plutôt quelle éclaire. Qu'importe, nous voilà déniaisés à pas d'âge, prêts à prendre le reste du chemin avec plus de légèreté et de conscience. 

Libérés des chaînes que nous nous étions tricoté avec la plus belle des sincérités et parés des idéaux les plus purs, nous pouvons désormais, en connaissance de cause, à la lumière du jour, œuvrer pour la vie, au service de la vie.
À courir après l'authentique, nous avions glissé le mal, l'absurde et l'irrationnel sous le tapis. Ne pas les voir nous donnait le sentiment de leur inexistence. Retour de porte battante, il se rappelle à nous sans douceur. Tant mieux. Il n'est jamais trop tard pour recouvrer la vue.

Libérés et désormais libres, fardeau posé, nous allons pouvoir cheminer sans naïveté, cette naïveté dont nous étions fiers tant elle prouvait notre pureté. Fadaises, elle nous engluait, bons sentiments et belles paroles, dans une inefficacité résultat d'un tout ou rien qui frôle plus le rien que le tout.
Faisons à notre mesure, notre part, minuscule aux yeux des idéalistes que nous étions, dans l'évolution en acceptant l'imperfection du monde.

Le jour se lève sur le réel et il fait beau.