23 août 2017

Le sang des fraises

Les doigts tachés du sang des fraises, il les porta à sa bouche. Elle s'ouvrit en même temps que ses yeux se fermèrent. Et la machine du temps fit son oeuvre à l'envers. Il passa d'un coup de 85 à 5 ans. De Vierzon à Mougins. Des rhumatismes à l'innocence.On prendrait un plaisir sans fin à tirer sur ce fil, reprendre le chemin à rebours d'une vie, comme toutes les vies, riche et mouvementée, de surprises et d'habitudes, de rires et de larmes. Mais lui seul pourrait être aussi précis alignant des souvenirs, parfois clairs, parfois... [Lire la suite]
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19 août 2017

Par les mots

Que dire des mots qui n'ait déjà été dit ? Par les mots. Pour ceux dont c'est l'oxygène, le terrain de jeu, la raison d'être et l'outil maître, la question même est saugrenue. Dire les mots, c'est dire la vie. Le risque de tourner en rond et de croiser la niaiserie est grand. Alors, on s'abstient longtemps, puis on se lance. On se prend les pieds dans des sonorités voisines, des facilités, des associations bizarres et on se gargarise sans d'autre effet que celui de prêter le flanc à la critique. Car les amateurs de mots s'aiment... [Lire la suite]
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18 août 2017

Joie de la profondeur

Connaître la joie de la profondeur, ce mercure de miel qui élève, qui rend vraie toute sensation. Pouvoir jouir du monde en connaissance de cause. Un filet d'huile d'olive sur une tomate d'été comble les sens même si l'on sait qu'à la même heure à l'autre bout du monde on meurtrit des vies pour des causes abominables. Ne pas fuir le réel et s'en faire une couche douce et jamais complètement confortable, que l'éveil soit moteur et conscience de goûter l'instant qu'on couronne lui donnant toute sa force. Courir après l'éphémère... [Lire la suite]
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15 août 2017

Et puis, il y a l'enfance

Il y a le souffle et la langueur, l'ombre et le sein de la mère. Il y a la vie puisqu'on respire. Et puis, il y a l'enfance.Il y a la brindille sous le pied, le phare au loin et les bogues au sol. Il y a le temps qui n'existe pas.Et puis, il y a l'amour.Il y a la violette qui se fait parfum, l'émotion qui se fait larme. Il y a l'éternité de chaque instant.Et puis, il y a les arbres.Il y a l'embrun qui vous gifle d'aimer, la caresse de la mer. Il y a l'horizon à l'horizon.Et puis, il y a l'acqua.Il y a l'été sans messes, l'hiver... [Lire la suite]
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11 août 2017

Soulages dans l’œil

Il déambulait dans les salles d'un musée de province dédiées aux oeuvres de Soulages. Depuis quelques toiles l'émotion montait, il aurait voulu tout avaler, garder, emporter peut-être. Mais il aurait surtout voulu partager cette vague au plexus qui remontait par en dessous et pouvait le faire défaillir à chaque instant. Chaque nouvelle oeuvre était un danger pour sa santé. Et la visite n'était pas finie. Jusqu'où supporterait-il autant d'émoi ? Combien de vagues viendraient sans l'emporter définitivement ? Courage. Le sublime est... [Lire la suite]
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07 août 2017

Mémoire d'outre-tombe

Une sensation est venue réveiller la mémoire. L'épiderme vecteur est allé en vitesse toucher on ne sait quelle partie du cerveau pour en tirer des souvenirs, un peu vagues, nébuleux, faits autant d'images que de sons, d'odeurs et de mots, sans frontière nette entre chacun d'eux. Un matin d'été, un air un peu plus frais, un horizon plus clair, un café bien serré et un esprit serein vous transportent au château de Combourg ; un martinet au-dessus de l'eau a laissé dériver la barque de Chateaubriand. Les Mémoires d'outre-tombe... [Lire la suite]
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05 août 2017

En suspens

Parfois, on est en suspens sans être suspendu. Comme un papillon décidé à jouer l'hélicoptère avec ou sans battement d'ailes, on survole le tout. Détaché et pourtant là, on attend la scène suivante, certain qu'à tout instant on pourrait décider du mouvement parfait en fonction du spectacle extérieur. Et on peut tenir longtemps. Aucun fil qu'on ne maîtriserait pas ne peut nous contraindre ou nous retenir. Le vol suspendu est de notre seule volonté et de tout notre état intérieur. Les choses vont bouger, les évènements se succéder et... [Lire la suite]
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31 juillet 2017

Dans le petit bois de Caille

Tout y était. Les preuves écrites et la médaille. Rien de plus simple. Il suffisait d'exécuter. Il suffisait de tendre un drapeau tricolore sur le cercueil. Hommage et reconnaissance de la Nation.Mais c'était sans compter sur la médiocrité de ces abrutis des Pompes Funèbres qui débitent des cérémonies à la chaîne.Ils ont oublié, c'est tout. De retour en arrière, il n'était plus possible. Ils ont oublié d'honorer votre courage, celui qui vous a fait refuser de répondre à la convocation au Service du Travail Obligatoire, sinistre... [Lire la suite]
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21 juillet 2017

La boîte à souvenirs

J'allais lui rendre visite toutes les deux ou trois semaines. Le dimanche. La maison de retraite avait des airs d'hors-saison. Je restais une heure et demi, deux heures. Nous nous tenions compagnie. Il m'ouvrait sa boite à souvenirs. 95 ans d'anectodes s'y trouvaient. Comme quand on fait des lasagnes, une couche de joies, une couche de peines, une couche d'éclats, une couche sereine. L'échange était facile. Aucun des deux ne cherchait à combler les silences, à trouver des sujets. Tout venait naturellement, par associations d'idées... [Lire la suite]
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12 juillet 2017

La leçon de la cruche

La cruche est à sa place, à sa place de cruche. Son ombre joue l'ombre, passivement. Le temps s'écoule, immobile. L'objet donne l'exemple qui sait attendre. Le soleil le récompense. Patiente et confiante, la cruche attend l'heure. Pour son utilité, elle est constante, en mouvement ou pas. Ne rien faire, c'est aussi faire quelque chose, ne se dit-elle même pas. Elle est, donc elle fait. L'exhaltation perd les meilleurs d'entre nous qui veulent bien faire, qui croient mieux faire. Après le beau temps vient la pluie et l'activation... [Lire la suite]
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