22 novembre 2018

Au soleil, sur un nuage

Je suis allongé sur un nuage. Blanc, cotonneux, éclairé par le soleil et posé sur le réel, la terre. Je bronze. Tartiné de vitamine D, je serre la main au passant et à ses soucis quotidiens. Proche de lui, j'en suis pourtant loin, en vacances. Il est sous le nuage le passant, il rame, il trime et se noie. Mon élévation pourrait avoir une certaine indécence et pourtant, je la goûte en toute légitimité. Je suis bien. Bien au-dessus du prosaïque et je garde un lien avec le bas de l'échelle d'où je viens. Je ne rends rien. Je n'ai... [Lire la suite]
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24 juillet 2018

Des forêts mélancoliques

Elle a refermé le livre lentement, comme on referme une porte. On n'y reviendra pas, alors apprécions le moment pour son poids. Mettons-y du solennel pour bien ancrer le passage, l'instant pénible et plein de sens.Elle s'en voulait un peu d'avoir été aussi bien dans 400 pages de forêts mélancoliques, de phrases traînantes et doucereuses, de mots lents. Comment avait-elle pu apprécier cette langueur et ce goût exagéré pour la nostalgie ? D'ordinaire, la nostalgie lui faisait peur, elle l'entraînait vers la vieillesse, l'inefficace et... [Lire la suite]
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11 juillet 2018

La belle saison

Le ciel ne fait pas de vagues. Pas plus que ne tremble la terre. Le fil du temps s'étend en horizon clair, net, certain. Reste à le laisser glisser sur soi. Parfois dessous, parfois dessus, il épouse son être tantôt support, tantôt souffle céleste.C'est l'heure du simple et du repos, du frugal qui comble plus que tous les trésors. Le temps n'est plus divisé en sections. Ses aiguilles allongées lissent une musique sans dénivelés. Attendre. Sentir. Ne plus compter. Ne plus espérer. Et ne plus rêver. Attendre. Goûter. Offrir la vie à... [Lire la suite]
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25 juin 2018

Le stylo-plume

J'ai rechargé le stylo-plume avec solennité. Il ne sert plus beaucoup. Quelques notes sur le côté, une signature. Pas plus. Mais chaque fois que je lui remets du carburant, il n'oublie pas de me renvoyer dans le passé. Et un passé lointain de surcroît, celui qui ne nous lâchera jamais, celui qui nous poursuit, en bien et en mal, en cachette souvent. J'ai nommé l'enfance. On aura beau tenter de la partager, on sera toujours en deçà des émotions, des souvenirs, des odeurs furtives qui s'invitent. On reste seul avec son enfance et ses... [Lire la suite]
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13 juin 2018

Ramener la couverture au petit matin

Ramener la couverture au petit matin et s'en faire des métaphores à n'en plus finir. Se mettre à l'écrire et courir après les mots qui dévalent la colline. S'en étonner puis croire au premier pas qui ouvre les portes. S'en aller par le chemin sans crapahuter, se laisser glisser sur le toboggan des lettres qui s'alignent. Ne pas revenir en arrière et laisser faire. Faire confiance. Suivre le doigt qui pianote et le croire créateur. Subir son dictat. Victime consentante, on ne tente rien qui puisse couper le fil. Laisser couler. Le... [Lire la suite]
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23 mai 2018

Pour l'hiver de la vie

J'ai couché un brin de Toscane sur des dunes atlantiques. L'air était frais et le soleil brûlant. Va comprendre. Au rythme des humeurs, j'ai suivi des toboggans et des graphiques en couleurs. Je m'en suis trouvé essoré et enrichi. Que la vaisselle ébréchée et les meubles patinés m'émeuvent n'est un secret pour personne dans les labyrinthes de ma tête. Mais je n'en fais pas une religion car je hais le vintage et les puériles émotions. Je reviens de voyage et en prépare un autre. Sont-ils réels ou imaginaires ? Même bien éveillé, je... [Lire la suite]
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25 janvier 2018

S'abandonner à vivre

Ne plus avoir peur du soirS'émerveiller devant le marché aux poissonsBabiller devant un bébé et lui chanter BrassensÉcrire avec le doigt martelant l'azertyVoir un ami pleurer, voir un ami pleurerRessentir sans penser qu'on ressentMettre un pied devant l'autreAdmirer le grand âgeS'asseoir deboutAller chercher son enfance dans la frangipaneRessembler à ses enfants ou l'inverseRegarder de plus en plus souvent la terre le dos courbéAller gratter l'hiver pour libérer les hirondellesPrendre le large en imprimant sa marqueÉcrire au stylo... [Lire la suite]
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23 août 2017

Le sang des fraises

Les doigts tachés du sang des fraises, il les porta à sa bouche. Elle s'ouvrit en même temps que ses yeux se fermèrent. Et la machine du temps fit son oeuvre à l'envers. Il passa d'un coup de 85 à 5 ans. De Vierzon à Mougins. Des rhumatismes à l'innocence.On prendrait un plaisir sans fin à tirer sur ce fil, reprendre le chemin à rebours d'une vie, comme toutes les vies, riche et mouvementée, de surprises et d'habitudes, de rires et de larmes. Mais lui seul pourrait être aussi précis alignant des souvenirs, parfois clairs, parfois... [Lire la suite]
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15 août 2017

Et puis, il y a l'enfance

Il y a le souffle et la langueur, l'ombre et le sein de la mère. Il y a la vie puisqu'on respire. Et puis, il y a l'enfance.Il y a la brindille sous le pied, le phare au loin et les bogues au sol. Il y a le temps qui n'existe pas.Et puis, il y a l'amour.Il y a la violette qui se fait parfum, l'émotion qui se fait larme. Il y a l'éternité de chaque instant.Et puis, il y a les arbres.Il y a l'embrun qui vous gifle d'aimer, la caresse de la mer. Il y a l'horizon à l'horizon.Et puis, il y a l'acqua.Il y a l'été sans messes, l'hiver... [Lire la suite]
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11 août 2017

Soulages dans l’œil

Il déambulait dans les salles d'un musée de province dédiées aux oeuvres de Soulages. Depuis quelques toiles l'émotion montait, il aurait voulu tout avaler, garder, emporter peut-être. Mais il aurait surtout voulu partager cette vague au plexus qui remontait par en dessous et pouvait le faire défaillir à chaque instant. Chaque nouvelle oeuvre était un danger pour sa santé. Et la visite n'était pas finie. Jusqu'où supporterait-il autant d'émoi ? Combien de vagues viendraient sans l'emporter définitivement ? Courage. Le sublime est... [Lire la suite]
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