02 février 2012 (2)

La Joie sérieuse ? Quelle idée d'associer ces deux mots ? L'imbécile y voit un oxymore et l'intelligent, un pléonasme.
Bien sûr que la joie est sérieuse. Par définition.
C'est l'emploi du mot qui souvent ne l'est pas. Comme un vulgaire papier journal, il servira à emballer, tantôt l'excitation, tantôt le plaisir immédiat. Le plus souvent un enthousiasme éphémère. On osera y ajouter un halo de "bonheur" comme pour signifier qu'on mesure et qu'on choisit son mot.

Exprimer son contentement paraitra trop fade, pas assez vendeur. Le convoyer par le mot "Joie" sera, d'un coup, plus crédible et l'enveloppera de la sincérité qu'il faut désormais prouver, tant elle apparait comme l'exception. Si je surjoue mon contentement, on va le recevoir à sa juste mesure, si je l'exprime sobrement, c'est qu'il est bien ordinaire.
Être gai, c'est trop peu. Et même mauvais genre. On pourrait soupçonner un breuvage désinhibant de nous y avoir aidé. Alors, soyons joyeux. Ou plutôt, disons que nous sommes joyeux. Plus raffiné, on se mettra en joie ou on sera en joie. Mais, cela restera galvaudage.

La Joie, la vraie, c'est autre chose. Elle relève du structurel. Elle refuse de dépendre des circonstances extérieures. Elle est, et ne parade pas. Elle est, et ne passe pas. Elle est, et ne transige pas.
Oh, elle n'empêche ni la douleur, ni la souffrance. C'est en cela qu'elle est sérieuse, car elle sait. Lucide et mature, elle accompagne sans conditions. Elle est à l'image de l'amour inconditionnel d'une mère pour son enfant.

Comment expliquer que la joie soit à la fois irrationnelle, puisqu'elle reste indifférente à toute critique, à toute objection et pourtant réaliste et sensée, puisqu'elle se suffit à elle-même ?
Nous n'avons pas affaire ici à une illumination ou à une prise de pouvoir incontrôlable. La joie n'est pas maître mais outil intégré. Elle ne contraint pas, elle libère. Elle n'occulte pas, elle entraîne.
Qu'on la dise jubilatoire, pourquoi pas ? Elle ressemble à l'inspiration de l'artiste, à la passion éternelle, à la foi de l'éclairé.
L'euphorie n'est pas de sa famille, pas plus que le plaisir. Tout au plus, ceux-là lui servent la soupe. Si le plaisir n'est pas à fuir, il reste petit joueur face à la jouissance qui touche à l'universel et au divin (sauf à jouir comme un abruti). La joie, c'est pareil, elle irradie en grand angle, au plus large. Plus marathonienne que sprinteuse, elle tient la distance, elle fait durer l'orgasme.

La joie est lucide, a-t-on dit. Elle permet, en connaissance de cause, de vivre Bien (ou mieux ou bien mieux) malgré tout. Pour faire passer la pilule du réel, certains empruntent d'autres chemins. Du déni à l'illusion, du rêve à l'espérance, du positivisme à la misanthropie ou des paradis artificiels aux fuites en avant, tout est bon. Mais celui qui choisit la joie se dote d'une puissance incomparable. C'est du sérieux ! La joie est sérieuse et le pléonasme ne sert qu'à l'explication.