23 février 2019 (58)

Je n'aime pas le froid. Je n'aime pas la pluie. Je n'aime pas la nuit. Je n'aime que la lumière, le soleil, l'orange et le jaune.

J'aime aussi les petites vieilles qui vont à la fontaine et les petites filles qui ne savent pas encore qu'elles souffriront un jour. J'aime le gars qui a inventé le reblochon et celui qui a importé le café. J'aime celui qui croit encore que tous les hommes sont bons et je plains son réveil. J'aime les croissants aux amandes, une fois par an et Naïa, le labrador du voisin qui a un regard si doux. J'aime les endives au jambon autant que Le buffet de Rimbaud, les châteaux de la Loire au printemps et les feux de cheminée. Je n'aime pas que la physique me résiste et que les sourcils blanchissent. 

J'aime savoir que je suis de la communauté des pères et que mon fils aussi. Parfois, j'envie les simples d'esprit. J'aime marcher par ma tête sur tous les chemins. Un jour, je suis allé à Compostelle sans bouger de chez moi et j'ai pourtant tout vécu. J'aime la mer pour son offre d'horizon et la montagne pour la proposition de l'effort. J'attends mon café de dix-heures comme on attend un enfant, avec amour et excitation. Je n'aime pas l'inquiétude qui m'accompagne tous les jours et qui ne sert à rien. 

J'aime la vie qui caresse par petites touches anodines. Elle fait du Van Gogh sans le savoir. J'aime la lenteur. J'ai peur de la vitesse et la prudence est ma boussole. Tant pis si je ne suis pas un intrépide héros adulé par les foules. Quand un poème m'accroche, je ne comprends pas que cette sensation ne soit pas universelle. J'aime savoir qu'aucune rayure de zèbre n'est identique et j'envie le point de vue des girafes. Je vis un peu trop demain et je perds le goût de la bouchée de l'instant. J'écris pour écrire et je trouve, comme Cyrano, que c'est bien plus beau lorsque c'est inutile. Je sais où je mets les pieds tout en embrassant l'horizon et je ne m'emmêle que les pinceaux du cerveau. J'ai des idées nouvelles plus rapides que leur expression et je suis donc toujours en retard.

J'aime avoir le temps de ne rien faire. Cela me fait être efficace. Parfois, je fais du travail physique sans plaisir et ma récompense est la douche qui suit. Je préfère Montaigne à Rabelais et les timides aux fanfarons. Je sais qu'un jour Trintignant mourra et je suis déjà triste. J'ai goûté la campagne et les hauteurs et je m'y suis ennuyé. Je retourne à la mer et à la ville pour le meilleur ou le pire. J'ai soif de couleurs qui ne soient pas que vertes et de mouvement qui ne soit pas que vent. Je me concentre sur ma santé. C'est l'heure. Et je voudrais de nouveau embrasser ma grand-mère, sentir ses joues appétissantes comme des  beignets sous mes lèvres gourmandes et enfantines. Je revois le trottoir de la Via De Nicola, 8 où je me suis penché pour goûter son amour par son visage, une dernière fois. J'aime plus que tout les petites vieilles et les petits enfants. Et comme tout le monde, je n'aime pas les rhododendrons.