06 mars 2018 (1)

J'ai laissé les commandes à la confiance. Je suis devenu passager de moi-même. Porté par la construction passée, par les briques montées, le savoir intégré. Ressort lâché en douceur et en durée, je repose mon corps sur un hamac en voyage. Fluide, léger et racé, il file à travers un temps vaporeux fait de traits de pinceaux sans angles, écriture souple, courbes élancées, traces élégantes.

Passager du temps à venir, je glisse horizontal sous le soleil traçant mon fil sur une poudreuse immaculée. Le monde est virgule, apostrophe et tilde répété à l'infini. Les mots sans arêtes sculptent l'univers et les silhouettes ondulées réveillent à la beauté. Les torrents caressent les galets et polissent la vie. L'eau claire et slalomeuse sait où elle va.
Je suis passager de moi-même.

J'ai relâché mon corps et rangé mes gaules. C'est le repos du guerrier, diraient d'autres. Peut-être. C'est un engagement nouveau, une force pacifique sans but, sans raison, sans objectif. Et pourtant si puissante et si efficace. La joie s'allonge sur son "j" sans embêter personne. Qu'elle éclaire à fleur de champs comme une aube estivale et l'horizon aura fait son oeuvre, réveiller en musique et en douceur des aigreurs pressées. Pour demain.

Se reposer enfin sans démissionner, sans fermer ses volets. Prendre le parti du retrait impliqué par petites touches pointillistes qui forment tableau éclatant en décollant ses yeux. Ouverture grand angle d'une attitude secrète qui ne paie pas de mine. Humble petit pas, petit soldat d'une armée de petits pas qui creusent les sillons de lendemains sans artifices.

J'ai posé un baluchon actif sur un fil électrique. Voisin des hirondelles, il imprime le ciel bleu de quelques notes joyeuses. Le mouvement imperceptible a des effets lointains qui font tourner la tête de la Terre sans qu'on s'en aperçoive.
Passager de moi-même, je me laisse faire.