11 juin 2017 (9)

Qu'il est long ce chemin, et tortueux aussi, celui qui mène à ce répit, ce repos. Après avoir posé sa pioche et sa truelle, satisfaits du mur monté, du terrain labouré, on a construit sa Montagne Sainte-Victoire, celle qui nous permettra d'avoir son essentiel, solide, prétendument acquis. Un socle qu'on aura édifié d'un béton de labeur, d'erreurs et de réussites, une structure qui sera sa propre oeuvre, celle qui sied à son artisan, son artiste.

On ouvrira les volets un matin d'été et sa Sainte-Victoire apparaîtra comme une certitude, une évidence. C'est le premier jour d'une liberté assurée, d'une histoire assumée. Ce moment où on ne cherche plus qu'à la protéger, la préserver plutôt qu'à la construire ou la conquérir. On va pouvoir, modeste jardinier, y planter des fleurs. Fleurs qui ne seront plus que cerise sur le gâteau du massif, un cadeau supplémentaire, agréable, vivifiant sans être indispensable. L'essentiel est acquis. L'essentiel est ici.
Habiter la Montagne Sainte-Victoire et regarder passer les autoroutes sans se mêler aux flux des automobiles, c'est goûter l'heure de la maturité et du travail accompli. Une montagne solide, rassurante, immuable, terreau de tout le reste et, pour reprendre un terme dans l'air du temps, s'en faire une base permettant de "transférer la charge mentale" ailleurs.

Chacun forgera sa Sainte-Victoire du matériau qui lui convient. Pour ma part, l'alliage de la santé, de l'amour et d'une certaine tranquillité matérielle, fait bien l'affaire de cette ambition. La santé, vitrine de la vie, moteur du corps et de l'esprit, fruit d'un passé maîtrisé, l'amour parce que sans amour on n'est rien du tout, et ce minimum de confort nécessaire à son vécu et à sa culture en rapport avec son environnement et son histoire. (Le confort inutile ou luxueux éloignerait de l'essentiel et créerait du factice et de l'incertitude, la peur de manquer et donc de l'inconfort). Cette tranquillité sera le résultat de l'arbitrage final entre la liberté et la sécurité, éternel dilemme, quand on aura trouvé le bon dosage et la bonne frontière entre besoin et envie.

Mais la vie est une région sismique et rien n'est jamais acquis. Certes. Cependant, l'éventualité d'un séisme ne doit pas nous empêcher de nous mettre à l'abri des micro-secousses du quotidien. L'essentiel trône sous soi désormais. On peut vivre heureux dans une région sismique.