07 juillet 2012 (80)

Connaître la joie de la profondeur, ce mercure de miel qui élève, qui rend vraie toute sensation. Pouvoir jouir du monde en connaissance de cause. Un filet d'huile d'olive sur une tomate d'été comble les sens même si l'on sait qu'à la même heure à l'autre bout du monde on meurtrit des vies pour des causes abominables. Ne pas fuir le réel et s'en faire une couche douce et jamais complètement confortable, que l'éveil soit moteur et conscience de goûter l'instant qu'on couronne lui donnant toute sa force.

Courir après l'éphémère affublé d'oeillères et décharger ses batteries vers le divertissement pour fuir le monde cru est une autre affaire, un autre chemin qui n'apportera jamais cette joie du solide et de la vie, de l'apport à l'oeuvre du beau, de l'authentique qui ne se cache rien et vit le tout.

Aller vers le sérieux tout sourire dehors, vers le réfléchi tout rire éclatant, vers la puissance toute joie affichée. Cheminer vers demain à cheval sur la vérité et s'éclabousser d'une existence digne, colonne droite, manches retroussées, esprit vivant. Plus loin, le vernis craque au premier orage. Dommage. Fanfaronnades et artifices cuvent leur soûlographie, mollassons du plaisir.
L'optimisme lucide a les meilleures chances de tirer vers le ciel, d'atteindre le zénith.

Au diable les niaises imprécations et les autruches ensablées, les parades grotesques et les festifs qui font pschitt ! Ils transpirent le pessimisme qui se cache, le défaitisme qui se grime.
Que vienne l'heure du fonds, du sens et de la profondeur ! Fondations et terreau, ils préludent aux échafaudages et aux récoltes. Demain se construit du matériau d'aujourd'hui, travaillé, modulé, embelli. A défaut, le château de carte fait son travail de château de carte.
La recherche et le besoin de profondeur ne sont pas partagés, paraît-il. C'est étonnant.

La consistance tient la route et la distance. Austère, on la fuirait. Joyeuse, on s'en délecte. Exigeante, on s'en réjouit. Compacte et dense, elle comble et allège.