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Chaque chose à son heure. Chaque chose a son heure. Ralentir le geste et ralentir le pas. Penser simple, souffler fin. Aller cheminant sur la lande des villes et relever les yeux vers un ciel allongé. Reprendre un peu d'air comme on reprend du dessert, avec plaisir et parcimonie. Empoigner son bâton de pélerin pour cheminer dans le quotidien comme si la boulangerie était Saint Jacques de Compostelle. Faire méditation de chacun de ses gestes.
Dehors le tohu-bohu continue, sans soi. On l'a connu. Pas vraiment puisque que c'était de l'intérieur. On le regarde comme une incongruité.
Chaque temps prend son train. Après avoir couru vers sa fin, la voyant s'approcher on ralentit le pas pour la repousser à l'horizon. Et on a bien intérêt à le faire, les muscles et les artères commandent le mouvement. A quoi bon jouer avec la limite de l'élastique ? Coureur de tréfonds, on file le temps au rythme des quenouilles d'antan. Sans machinerie productiviste. Piano, piano.
Cela demande bien des efforts aux habitués de la performance, aux drogués de l'action. Ralentir c'est penser à chaque instant "ralentir", c'est s'intimer l'ordre intérieurement de ralentir. Effort à rebours, retenue du mouvement. Ce n'est pas de tout repos mais c'est le prix à payer pour garder les yeux ouverts sur ses petits-enfants.
Préférer les mots sans hampes et sans jambages, noms communs pour mieux glisser sur la ligne, aller sur des pentes aux dénivelés adaptés, se la couler douce sur des pistes vertes et sentir les fraises des bois sous les plis de la langue imaginant qu'autrefois on les ingurgitait comme un ogre sans raffinement. Prendre le temps de compter les arbres à la vitre de sa diligence, les mêmes qui ne faisaient qu'un trait sous l'effet d'un bolide fonçant vers l'encore plus.
Et se griser tout de même de tant d'immobile mouvant à la consistance insoupçonnée. Toucher et sentir, voir et regarder, entendre et écouter. Ce qu'il reste du tapis se déroule sous des pieds qui freinent mais son épaisseur est enfin appréciée par les coussinets des plantes des pieds certes prudents mais plus vivants que jamais.
En faire moins est plus difficile qu'en faire plus et c'est, dictée par l'extérieur, que la conversion se fait. C'est pénible et réjouissant.