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Nous avons oublié trop vite l'eau qui sèche sur la margelle et les mots doux de l'aïeule au sortir de l'enfance. Nous avons pris le train et nous y sommes fait prendre, ballottés par les fausses urgences et les tristes ambitions.
Il aurait suffi de si peu. Que nous gardions le goût des mûres sur le bout de la langue plus longtemps que l'été, que nous croyions à l'intuition de l'aube disant la couleur du crépuscule, que nous écoutions d'une attention plus soutenue les leçons des anciens.

Nous avons laissé passer les calendriers, les uns après les autres, sans les mastiquer jusqu'au bout. Nous avons couru plus vite et filé le paysage. Nous voulions moissonner avant que de semer.
Il était trop trop tôt pour bien agir. Nous regardions demain et nous pleurions hier, quand un sourire d'enfant nous offrait la lumière dans l'instant. Autruche ou feu d'artifice, nous étions ailleurs. Le film avalait la photo.

Nous ne nous sommes pas vus passer sur le mouvement, pressés et oppressés. Nous avons cédé du terrain de temps. Nous avons couru si vite de l'entrée au dessert que nous digérons mal. A vouloir fuir la nostalgie, nous avons agrandi les enjambées et à vouloir freiner la vitesse, nous avons fixé nos chaînes. Pendant ce temps-là, les enfants poussent et les plaisirs se suicident. Le présent se corne et s'évanouit, fripé aussitôt qu'il éclot.

A la vitesse de l'eau qui s'évapore sur la margelle brûlée par un soleil solsticial, nous avons regardé l'heure tourner sur l'horizon. Soufflés dans le dos, aspirés par l'avant, nous n'avons pas réussi à vivre sans ralentir ni accélérer. L'aiguille tient mal le zénith. Sitôt fixée par l'oeil, elle vacille. L'aimant n'a que deux fonctions et nos muscles sont fragiles.

Les immobilismes et les fulgurances ont nourri nos souvenirs. C'est triste et c'est beau. Cependant, j'entends le temps me souffler que tout est pour le mieux.