08 décembre 2016 (26)

Puis, viendra le temps des sagesses. Désillusions, remords et regrets auront été balayés avec responsabilité et acceptation, cette forme de fatalisme qu'on ne subit pas, un arrangement avec soi qui éclairera moins notre impuissance sur certaines choses.

Nous ne pouvions pas tout. Nous pouvions même peu au regard de tout ce qui se jouait ailleurs ou dessous. Notre vaillance nous aura au moins servi à faire avancer la charrue, de quelques modestes mètres. Et c'est déjà pas si mal. Sous notre règne, on n'aura pas reculé, il nous faut en tirer fierté. Il est certes difficile de l'admettre et frustrant de s'en contenter. Et pourtant.
On n'aura pas changé le monde et on n'aura rendu personne meilleur. On aura cru pouvoir le faire et ce fut notre erreur. On a usé nos forces et courbé le dos d'avoir eu de saines ambitions. Les plus pragmatiques, plus branchés sur le réel ont gardé des muscles et de l'énergie à s'occuper d'eux. Nous les traitions d'égoïstes, nous, les auto-proclamés généreux. Ils étaient simplement réalistes et sans doute moins prétentieux.

Gare à celui qui hérite d optimisme, d'énergie et d'altruisme. Son engagement et ses idéaux vont s'estropier l'échine à labourer des champs stériles. Et, quand la conscience lui sera venue de son inutile action, il continuera encore quelques temps, encore très longtemps, devrais-je dire, tant il aura peur de s'aigrir, de rejoindre le camp des passifs et des défaitistes. Et ce, jusqu'au jour où la vie lui portera l'estocade, lui signifiant ses marques d'usure, la date limite à partir de laquelle il est temps d'ouvrir les yeux à une réalité bien banale que ses ailes de géant l'empêchaient d'appréhender.
Croyez-vous qu'il s'exécutera pour autant ? Que nenni, il attendra le bord du précipice pour faire son mea culpa d'utopiste. Peut-être même se laissera-t-il emporté par le vide, héros pour lui tout seul, héros sacrifié sans statue et sans trace.
Ou, fatigué et incorrigible, il cherchera le juste milieu, la juste mesure, la fameuse troisième voie indéfiniment. C'est beaucoup lui demander d'apprendre aussi vite une attitude qui lui est si peu naturelle, lui qui, toujours, avança le poitrail, sûr de braver les tempêtes et de venir à bout des saisons.
Échec à transformer le monde. Échec à faire évoluer l'autre. Reste la mission de calmer ses ardeurs, d'admettre, de rendre les armes avec humilité et si possible dignité. Cependant, si éteindre les flammes n'est qu'un jeu, venir à bout des braises est une autre affaire.