09 septembre 2018 (18)

Nous avions rêvé d'une agora nouvelle, moderne, interactive. Nous l'avons même expérimentée avec bonheur. Lieu de communication et de partage, de débats et d'humanité, "le Net" ouvrait les portes d'un possible infini. Des rencontres et des amitiés réelles dans le virtuel voyaient le jour. C'était la démocratisation de tout, le pouvoir aux petits, la destruction des barrières, la revanche des introvertis qui pouvaient avoir droit au chapitre, un simple clavier sous les doigts. Ce hall de gare planétaire où nous étions à deux pas de n'importe qui, la verticalité enfin allongée, le pouvoir de faire, les mains déliées.Nous en avions rêvé.

Des bribes demeurent mais l'essentiel a fait long feu. "Le Net" est devenu un vaste centre commercial et un parc d'attractions, une vitrine où se mirent les ego et un marché plutôt qu'une saine rencontre. Nous avons encore perdu par notre idéalisme et notre naïveté. Les crocodiles étaient à l'affût et ont su profiter de notre confiance. Comme toujours ils ont su, fins psychologues intéressés, jouer avec notre pureté. Nous avons perdu notre peu de pouvoir et nos illusions. Pions d'une toile qui nous enserrent, nous sommes désormais espionnés, phagocytés et manipulés aux seules fins mercantiles d'un appétit jamais assouvi. Adieu nos débats angéliques et nos idées accueillies et débattues en place publique. Adieu notre joie d'être du bateau et parfois au gouvernail. Terminé. Nos instincts les plus primaires sont de nouveau flattés pour faire rentrer de l'argent dans la caisse.
On ne découvre plus des talents discrets. Seuls les plus dégourdis, qui savent "se vendre" perceront la toile. Rien de neuf finalement. On a réinventé l'ancien monde, l'éternel monde avec des outils plus brillants. C'est toujours les marchands de soupe qui gagnent avec notre complicité. Notre révolte n'est que superficielle et notre résistance a de tout petits bras.

Certes quelques foyers sont encore actifs et nous soufflons de notre mieux sur ces braises pour ne pas rendre les armes tout de suite. Certes nous y trouvons notre compte parfois. Certes les pépites pourraient encore trouver leur chemin par chance ou par hasard. Mais l'essentiel de ce qui nous a portés, nouveaux soixante-huitards du nouveau millénaire, s'est envolé. Nous ne construirons pas le paradis sur terre. L'approfondissement est mort. La vitesse et le commerce sont les seuls survivants. A la marge, poussent de petites fleurs, nous devrons nous en contenter en attendant qu'un nouvel outil, un nouvel espace, un autre idéal illumine l'horizon de ses promesses.